Marillion – The Glow Must Go On

Marillion – The Glow Must Go On

Avec ce double album live, le groupe d’Aylesbury boucle sa trilogie digitale consacrée au « Marillion Weekend At Centreparks 2011 » en Hollande, faisant ainsi suite au très bon « Holidays In Eden Live » et au plus mitigé « A-Z live« , également chroniqués dans ces pages. La désormais traditionnelle convention annuelle qui s’étend sur la bagatelle de trois jours (avec trois concerts aux set-lists bien distinctes) est, on s’en doute, un moment particulièrement généreux et chaleureux, très attendu par le public des fidèles. C’est pourquoi Steve Rothery et sa bande s’appliquent à éditer et immortaliser l’intégrale de ces prestations live en les déclinant sur plusieurs supports, afin de faire profiter un tant soit peu de ces soirées privilégiées au reste de leurs fans à travers le monde. Pour cette soirée du dimanche, Marillion propose comme à son habitude une nouvelle formule interactive de spectacle en soumettant des titres de son répertoire au vote du public. L’audience a ainsi le choix entre deux morceaux choisis et annoncés à haute voix par le groupe au fil d’un concert participatif (le jeu étant animé par le trio Hogarth/Trevawas/Kelly, les deux autres membres du club des cinq restant comme toujours un peu en retrait), et le gagnant est sélectionné en fonction d’un très approximatif applaudimètre, au bon vouloir du « jury ». En effet, le public s’étaient pourtant bien davantage égosillé pour entendre « Estonia », rejeté au profit d' »Out Of This World », magnifique pièce dans la même veine atmosphérique avec laquelle il n’aura, heureusement, rien perdu au change.

Le choix s’avère par contre indiscutable entre « Most Toys » (pour beaucoup une provocation, voir une hérésie de Marillion !) et « Between You And Me », qui, et c’est bien dommage, ne retrouve pas ici la fougue habituelle, sans compter que Mark Kelly se vautre lamentablement sur ses claviers durant le « pont », juste avant la reprise et le fabuleux climax final. Bref, on aura entendu bien meilleure version de cet énergique morceau rock typé U2, on ne peut plus taillé pour l’exercice de la scène ! Le jeu tourne également à la grosse farce quand sont proposés aux suffrages « Neverland » Vs « Hope For The Future », soit l’un des plus puissants classiques du groupe confronté à son morceau le plus décrié, avec son exotisme de pacotille, entre mauvaise parodie du fantastique « In Your Eyes » de Peter Gabriel et ritournelle de l’immonde « Teakbois » commis par Anderson Bruford Wakeman Howe dans leur album unique et éponyme. Je vous laisse deviner lequel des deux est le grand gagnant.

Tout le concert ou presque est soumis à ce règlement, à quelques exceptions près, comme « Beautiful », annoncé par H comme « not open for debat or discussion« , une gentille dédicace offerte pour les 18 ans de son neveu, présent dans la salle au moment des faits. Le pauvre n’aura pas eu droit à la meilleure version de cette jolie ballade sucrée, interprétée honorablement, mais sans plus. Il faut malheureusement avouer aussi que, dans son ensemble, le concert donné cette soirée de dimanche ne brille pas par son intensité et son excellence. Le groupe nous a en effet habitués à bien meilleur ! Le manque de conviction et de concentration est palpable, conséquence peut-être de la formule choisie, ou de la fatigue accumulée par les musiciens ? Seuls Ian Mosley et Steve Rothery évitent ici les « pains », et l’absence totale d’overdubs sur ces enregistrements de live authentique et spontané ne pardonne pas, surtout dans le contexte d’une écoute attentive sur CD. Les nombreux écueils de l’ouvrage doivent largement mieux passer en visionnant DVD ou Blurays, plus convivial, avec un ressenti un peu plus « comme si on y était ».

Côté chant, Steve Hogarth semble avoir tout donné sur la première soirée (brillante), et on le sent parfois ici un peu plus poussif qu’à son habitude, quand il ne cherche pas tout simplement l’économie en évitant justement de hisser sa voix trop haut, ceci impactant forcément sur l’émotion (en témoignent les passables interprétations d’ »Afraid Of Sunlight », « Beautiful », « Easter » ou « The Great Escape »). A la fin de « This Strange Engine », extraordinaire composition à tiroirs qui met la barre très haute côté exigeance et donc performance vocale, on sent le chanteur en bout de course, complètement épuisé, la voix cassée après avoir franchi le point de rupture. Il reviendra pourtant sur scène délivrer une prestation tout à fait honorable de l’hymne optimiste « Happiness Is The Road ». Mais on sent bien qu’il n’aurait pas fallu ne serait-ce qu’un petit rappel à l’issue !

Sur le plan des réussites, on notera au menu de belles prestations de « One Fine Day », « The Other Half « , « Go! », une version poignante de « Beyond You » (rarement interprétée en live, alors qu’il s’agit quand même là d’une des plus belles chansons du groupe), et surtout une section entière consacrée à « Brave », qui nous rappelle à quel point l’atmosphère de ce chef-d’œuvre reste magique et immortelle. Si musicalement parlant, ce concert de Marillion est loin d’être convaincant à l’arrivée, niveau technique en revanche, c’est toujours aussi parfait, avec une prise de son exceptionnelle, qui malheureusement n’évite pas de quelques petites saturations sur le final du grandiose « Neverland ».

Un album live totalement dispensable donc, sauf si vous êtes collectionneur invétéré. Et quitte à vouloir garder à tout prix un souvenir de cette convention 2011, un bon conseil : privilégiez l’achat du bluray !

Philippe Vallin (5,5/10)

http://www.marillion.com

The Glow Must Go On
Marillion
2012
Racket Records

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