Marillion – marillion.com

Marillion – marillion

Un an quasiment jour pour jour après la parution du très controversé « Radiation » (auquel Michael Hunter a redonné ses lettres de noblesse en 2013), Marillion revenait en trombe avec un nouvel opus de belle facture. A l’heure où le groupe jouait la carte de l’Internet à tout va, le bien nommé « marillion.com » (sans majuscule donc) tirait un trait sur les expérimentations « low-tech » de son prédécesseur, dont les partis-pris minimalistes avaient dérouté de nombreux fans. La bande de Steve Rothery, sans pour autant renier totalement ses récentes velléités pop-rock, renouait ici en grande partie avec son sens consommé du lyrisme et de la romance claire-obscure. Par ailleurs, afin de se doter d’une production au dessus de tout soupçon, le groupe s’était enfin donné les moyens de ses ambitions. Ce ne furent en effet pas moins de trois grosses pointures qui se succédèrent derrière les consoles au moment du mixage de l’album. Trevor Vallis (qui avait déjà bossé avec h à l’époque lointaine des Europeans), Nick Davies (dont le boulot sur « Seasons End » faisait toujours figure de référence) et Steven Wilson effectuèrent ainsi un travail remarquable d’efficacité et de complémentarité.

Là où le premier avait su parfaitement « habiller » les climats envoûtants et feutrés de « House », le second avait insufflé une patate d’enfer aux trois singles potentiels dont le groupe lui avait confié les rênes. « Deserve », au refrain accrocheur à la REM et au solo de sax dévastateur évoquant le Dire Straits des 90s, tout comme « Rich » (morceau totalement déjanté évoquant la rencontre des Doors et et de Kula Shaker) et « Tumble Down The Years » (superbe ballade possédant tous les atouts pour s’imposer comme un nouveau « Kayleigh ») auraient ainsi du truster les charts si les éminences grises de Castle avaient consenti à se bouger un minimum le cul. Il n’en fut, hélas, rien…

A porté de mesure de ce tiercé mélodique accrocheur, Steven Wilson, s’était, pour sa part, attelé à mixer avec maestria la partie la plus progressive de l’album, soit quarante minutes bien tassées. Le groupe y conjuguait une noirceur lyrique digne de « Afraid Of Sunlight » avec une puissance rock dévastatrice. Le magnifique morceau d’ouverture « A Legacy » donnait du reste le ton d’entrée de jeu : après une bouleversante intro claviers/voix à la « Better Dreams », les Marillion envoyaient la purée et enchainaient à fond la caisse délires psychédéliques en diable et soli de gratte telluriques (Steve Rothery renouant ici avec la puissance de feu dévastatrice de « King »), avant de ciseler un épilogue acoustique guitare/voix qui, à la manière de « Now She’ll Never Know » filait littéralement la chair de poule. « Go ! » (le meilleur titre du CD de l’avis de beaucoup), dont les cycles d’arpèges cristallins à la « 100 Nights » débouchaient sur une de ces rutilantes explosions emphatiques dont le club des cinq avait le secret, et « Enlightened », sur lequel le père Rothery se fendait d’un solo d’une rare intensité, constituaient également deux pièces de premier choix, aux atmosphères planantes à souhait.

Venait alors l’heure de la suite phare « Interior Lulu » (quinze minutes et des poussières d’étoile) qui, après une première partie enivrante, aux loops délicats et à la noirceur harmonique digne de « Out Of This World », clôturée par un solo de moog complètement déchiré de Mark Kelly, voyait le groupe s’engager par la suite, comme aux grandes heures de « Goodby To All That », dans un subtil kaléidoscope de mélodies et d’émotions fortes. Du très grand art ! Doté d’une production en acier trempé et de textes d’une rare noirceur (« House » possédait ainsi des accents quasi suicidaires), ce « marillion.com » constituait, au total, un très bon disque, tout à la fois dense, éclectique et profond. Belle preuve de constance et de vitalité de la part d’une formation qui venait de fêter ses vingt ans d’existence.

Bertrand Pourcheron (7,5/10)

http://www.marillion.com

marillion.com
Marillion
1999
Castle Communications

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