Liv Kristine – Vervain

Liv Kristine Vervain

Originaire de Norvège, la soprano Liv Kristine s’est fait très tôt remarquer de la communauté metal par un timbre angélique contrastant avec les growls lugubres de son homologue masculin au sein de la formation gothic/death metal Theatre Of Tragedy. Ce duo vocal annonçait une formule « beauty and the beast » (la belle et la bête) qui depuis a fait date. C’est cependant seulement au crépuscule du vingtième siècle, libérée alors de tout engagement vis-à-vis du groupe qui l’a accueilli à l’aube de ses vingt ans, que la belle s’oriente vers une carrière solo. Bientôt suivra également la mise en route du projet Leave’s Eyes, en partenariat avec son compagnon, Alexander Krull, par ailleurs membre du groupe de death metal Atrocity. Celui-ci participe activement aux deux projets de la chanteuse depuis qu’ils se sont dit « oui » en 2003. Pour cette cinquième concoction personnelle de la Scandinave, voyons comment elle a fait infuser sa « Vervain ».

Notre thé présente en fait un goût de metal gothique qui développe des arômes de pop au fur et à mesure qu’on le savoure. Les guitares sinistres, les claviers hantés et le chant plaintif apportent en effet la touche gothique, là où les refrains accrocheurs parent l’ensemble d’atours pop. La prestation vocale est impeccable, tour à tour implorante et enjouée. Elle atteint son apogée sur la balade endolorie « Lotus », qui se perd dans un dédale néo-romantique avec le duo piano-violoncelle, avant de rejoindre des contrées épiques quand les guitares anthémiques accompagnent un chant empreint d’amour-propre. Les vocalises de Liv, comme sur « Oblivious », sont également à couper le souffle.

Liv Kristine

Tout comme à l’époque de Theatre of Tragedy, mais avec un contraste moins saisissant, Liv se retrouve en duo sur deux morceaux. Tout d’abord avec le vaporeux « Love Decay », c’est Michelle Darkness, chanteur masculin (précision sur le genre pas si anodine si l’on se penche sur l’orthographe) du groupe de rock gothique allemand End Of Green, qui se prête au jeu des échanges vocaux. Sa voix crépusculaire, rappelant celle de Nick Holmes du temps du raffiné « Draconian Times » de Paradise Lost, sans néanmoins atteindre sa puissance, vient en contrepoint des mélopées haut-perchées de Liv. Puis, sur le tourmenté « Stronghold Of Angels », c’est cette fois-ci la voix rauque de la « Metal Queen » Doro qui assure le contraste avec le chant angélique.

Par moments, on notera une tournure « dansante » du canevas sonore, la batterie goûteuse y contribuant largement (« Vervain » et « Elucidation »). Les atmosphères contrastées doivent par ailleurs beaucoup au jeu et aux arrangements d’Alexander Krull, comme en témoigne l’entente cordiale entre les notes hantées des claviers et le chromatisme du piano dans un morceau comme « Two And A Heart ». Les guitares ne ménagent pas non plus leur versatilité, laissant échapper des riffs tour à tour agressifs et aquatiques, mais toujours mesurés. Leurs échos apportent beaucoup de charme à une chanson comme « My Wilderness ».

Ainsi, « Vervain » présente la talentueuse soprano sous son meilleur jour. La versatilité des claviers et de la guitare, ainsi que la rythmique aux petits oignons s’associent à la voix envoûtante de la norvégienne pour hisser ce nouvel opus en tête des productions de metal gothique à chant principal féminin.

Lucas Biela

http://www.livkristine.de/

Vervain
Liv Kristine
2014
Napalm Records

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *