Leprous – Malina

Leprous Malina

Malina est déjà le septième album des Norvégiens de Leprous. Depuis le premier, Aeolia en 2006, le groupe n’a fait que progresser de manière impressionnante, délivrant de superbes albums comme l’excellent Coal en 2013 qui avait atteint la quasi-perfection pour les chroniqueurs de Clair & Obscur. Et puis, un accélérateur de particules les avait récemment boostés avec les sorties successives de The Congregation (2015) et de Live At Rockfeller Music Hall (2016). The Congregation m’avait particulièrement subjugué et je l’avais même ressenti dans ma chronique pour le webzine Neoprog comme supérieur à Coal, c’est vous dire ! Le live qui avait suivi était la confirmation évidente que le groupe frappait à la porte du Ghota d’un métal progressif qui commence sérieusement à tourner en rond. Leprous avait su se débarrasser d’oripeaux par trop métalliques, enlevant notamment les growls pour se concentrer sur la qualité de ses productions. Eh bien, nous n’étions pas au bout de nos surprises, Malina déboulant entre nos oreilles comme l’album de la maturité pour le groupe.

Tout d’abord, Leprous a mis un point d’orgue à assurer la qualité de l’enregistrement afin que l’album soit le plus analogique possible, limitant les interventions postproduction en confiant l’enregistrement à David Castillo aux Ghostward Studios. Castillo, c’est ni plus ni moins que le responsable du son de Night Is The New Day (2009) de Katatonia, du Watershed (2008) d’Opeth ou, plus récemment du Lykaia (2017) de Soen. Autant vous dire que le choix s’avère payant, malgré une très légère tendance à la perte de dynamique. Pour vous la faire courte, c’est puissant mais très bien équilibré avec suffisamment de brillance. Mais surtout, les musiciens de Leprous ont encore fait évoluer leurs sens de la composition pour proposer onze titres que l’on fera difficilement rentrer dans la seule catégorie du métal progressif, loin s’en faut.

Leprous Malina Band1

Et cela s’entend dès le premier morceau, l’étrange « Bonneville » avec ses polyrythmies  puissantes, ses guitares étincelantes et surtout, surtout, la voix de plus en plus belle d’Einar Solberg ! Avec un tel chanteur, il est évident que Leprous ne peut faire que des merveilles. On se retrouve d’entrée dans un monde particulier, ce que l’on pourrait espérer d’une fusion de bien des genres, dans une sorte de post-prog peut-être. « Stuck » nous confirme l’impression d’éloignement du métal même si le titre pulse à l’envi, sorte de croisement improbable entre The Cure et Velvet Revolver ! Bien entendu, les oscillations de la basse de Simen Børven (désormais pleinement intégré au groupe) et les palpitations-pulsations de la batterie de Baard Kolstad (l’ensemble de son travail sur l’album est admirable), les breaks nombreux, les synthés d’Einar et encore les voix (bon sang, ces voix !), tout cela nous entraîne sur autant de structures finalement simples à digérer. Et si un certain avenir des musiques progressives se dessinait un peu plus au travers de ce type de morceau ? D’autant que « From The Flame » (voir la vidéo ci-dessous) nous amène vers un Leprous plus pop et rock mélodique bien senti. On avait entrevu cela sur The Congregation, mais là, le groupe s’est littéralement mis dans un format AOR et le coup pourrait être gagnant pour peu que les radios s’y intéressent…

Leprous Malina Band2

Espérant vous avoir mis l’eau à la bouche, je pourrais poursuivre la description de mes impressions titre par titre. Ce serait vous priver quelque peu de la surprise et de la délectation de la découverte, non ? D’autant qu’il reste autant de merveilles que de morceaux ! On va de surprise en surprise et d’émotion en jubilation. On retrouve tout ce qui faisait déjà la singularité de Leprous avec ses polyrythmies, son côté mélancolique et sombre, ses mélodies, sa voix, ses guitares incisives sans soli prétentieux de la part de Tor Oddmund Suhrke et Robin Ognedal (le petit nouveau), ses fluctuations dans les ambiances. Mais il y a quelque chose de plus dans la concision, dans l’aspect vivant et organique comme le déclare le groupe lui-même (allez écouter le fabuleux « Mirage » pour vous en convaincre). Sur les bases de ce qu’il savait déjà faire, le groupe de Nottoden s’est surpris lui-même à pousser sa créativité au-dessus de toute barrière possible. Il s’en dégage une puissance que nombre de groupes de heavy metal ne sauront jamais développer. Mais aussi une délicatesse, comme sur le titre éponyme ou « The Last Milestone » qui clôt l’album, tous deux quasi mystiques par leur intégration d’éléments de musiques classique et contemporaine. C’est simple, pour paraphraser Brassens, « tout est bon chez [Malina], y’a rien à jeter / Sur l’île déserte, il faut tout emporter » !

Pour un groupe né en 2001 et qui fait des albums depuis onze ans, la progression est dantesque. On peut même légitimement se demander si Leprous n’a pas atteint là son acmé… Mais comme nos lascars semblent en mesure de nous surprendre encore autant qu’ils se surprennent eux-mêmes, il faut se préparer à tout ! Si l’idée vous tente, vous pourrez même aller les voir et les entendre en France en novembre prochain (avec Agent Fresco en prime). Dans l’intervalle, vous pourrez toujours vous délecter de ce joyau que constitue Malina, un album qui figurera sans aucun doute parmi les meilleurs albums de l’année dans le genre. Mais, au fait, dans quel genre ?

Henri Vaugrand

Coup de Coeur C&Osmall

https://www.facebook.com/leprousband/

http://www.leprous.net/

Malina
Leprous
Inside Out
2017

4 commentaires

  • Excellente Chronique, Henri… tout à fait d’accord avec toi… cet album est pour moi aussi le meilleur d’un genre difficilement classable, et c’est çà qui est beau…

    • Henri Vaugrand

      Merci Eric. Leprous ne fait pas l’unanimité, surtout depuis un virage un peu moins métallique. Mais j’ai une grande affection pour eux. Il ne me reste plus qu’à les voir sur scène…

      • Personnellement, j’ai adoré leur début mais je salue leur prise de risque d’avoir pris ce virage… Effectivement, beaucoup sont déçu et trouve leur musique actuelle plus simpliste mais purée! Quand on prend la peine d’écouter et non juste entendre… c’est subtil et vraiment technique…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *