Lee Abraham – The Seasons Turn

Lee Abraham – The Seasons Turn

Lee Abraham The Seasons Turn

Lee Abraham, bassiste de Galahad dans une autre vie ayant récemment rejoint le groupe en tant que guitariste, a comme bien d’autres musiciens du prog (ne serait-ce que les membres du Pink) commis des albums solo de bonne facture, à classer entre le néo-prog classique et un metal prog à la Dream Theater. The Seasons Turn entrerait plutôt dans la première catégorie, assez proche de Spock’s Beard pour la tonalité globale de l’album et son organisation. Comme Spock’s Beard et d’autres (dont Yes et son Close To The Edge), les morceaux varient entre un format « raisonnable » (pour du prog…) et deux superbe épics, dont l’un de 24 minutes donnant son titre à l’album.

Du néo-prog donc et comme Spock’s Beard encore, assez « classique » et ne s’écartant pas d’une voie ouverte depuis longtemps – en fait, depuis que le prog existe ? On avait fait l’an dernier le même (léger) reproche à Andy Jackson, tout en admettant que son album (les deux, en réalité) comblerait les fans d’un rock progressif sans surprises, porté par la qualité formelle d’un album bien fichu, entre talent et virtuosité instrumentale du groupe, et un « bel organe » par-dessus tout cela assurant les parties vocales.

Lee Abraham The Seasons Turn Band1

Avec ce The Seasons Turn, c’est aussi le cas, et personne ne s’en plaindra. Sans doute moins clone d’un Pink Floyd « Grande Époque » qu’Andy Jackson, on trouvera ici bien d’autres comparaisons pertinentes (par exemple avec le trio Rocket Scientists ?), mais chacun pourra se faire sa propre idée sur la question, ou écouter pour le plaisir sans s’occuper des références. Rien d’original ni de surprenant en somme, mais le plaisir est là, et le punch aussi solide que l’un des (déjà…) anciens albums de Dream Theater que tout fan de prog possède forcément dans sa collection : Octavarium, Awake, Systematic Chaos

Album solo alors ? Oui pour les lyrics et la musique, tous signés Abraham mais avec un pool conséquent de sidemen ou d’invités (on passera la liste, je ne les connais pas), et jusqu’à quatre chanteurs sollicités, pour cinq titres au compteur ; voilà qui rappellerait un certain Alan Parsons Project, même si la diversité des voix est ici le seul point commun ?

Le CD débute par « The Seasons Turn », épic de 24 minutes donnant son titre au CD. Longs instrumentaux avant puis entre les parties vocales, avec une part belle faite à l’acoustique (intro au piano, soli de flûte traversière signés par Martin Orford). Si on ose une critique, c’est de ne pas tout à fait respecter une « Règle d’Or » du prog (certes non écrite…) qui voudrait qu’un épic (ça se discute sur les titres plus courts) présente une « progression continue », et non pas une variante étirée du schéma AB couplet/refrain de la pop. Alors que c’est un peu le cas ici, dans une formule certes étalée sur la durée assez conséquente. Ça ne gâche pas le plaisir d’écoute, mais ça dérange quand même un peu sur la notion absolue de prog, même si, on le sait, « Echoes » (et bien d’autres épics historiques) offraient eux aussi une voire plusieurs reprises des soli comme du thème vocal initial.

« Live For Today », plutôt métal prog avec son mur de guitare saturée, a un petit arrière-goût du Scorpions des années 80 (y compris la voix de Dee Burker), quand « Harbour Lights » et la voix plus suave de Mark Atkinson, proche de celle de Peter Nicholls, rappelleront IQ (tiens donc, Martin Orford, ex-IQ, était crédité à la flûte sur « The Seasons Turn » !). « Say Your Name Aloud », comme son titre et sa durée le laissent entendre, est plus brutal et dispensable, un pur titre pop/rock sans progressivité notable. Mais on aurait tort de ne pas patienter cinq minutes car « The Unknown », superbe épic final, est aussi bon voire meilleur (et aussi prog, à tous les sens du terme) que l’épic initial, se concluant même, après douze minutes de bonheur et de soli de guitare époustouflants dignes de David Gilmour, sur une longue note filée subtile – un drone, en réalité – qui se dilue peu à peu dans le silence sur près de trois minutes. Un épic qui fait aussi la part belle aux très longues séquences instrumentales (tout comme le célèbre « Echoes » déjà cité).

Lee Abraham The Seasons Turn Band2

Ces épics, meilleurs atouts de cet album, peuvent rappeler le IQ de Dark Matter, mais plus « axé » guitares (aux sons superbement travaillés) quand IQ faisait la part belle aux claviers, tel un hommage au Genesis mid-seventies – celui du génial Wind And Wuthering. À ce titre, et comme le Distant Days de 2014 un peu plus percutant, The Seasons Turn sonne parfois un peu plus métal prog (dont le banal « Say Your Name Aloud »). Mais peu importe l’étiquette, les solos de clavier (plus que les nappes) y sont aussi présents et splendides.

Alors que conclure ? The Seasons Turn ne réinvente ni ne renouvelle sans doute le prog mais l’amour du travail bien fait laisse une excellente impression (de déjà vu agréable…), et la musique coule et s’écoute aussi bien qu’un album de Spock’s Beard ou de son leader Neal Morse et autres formations de néo-prog classique… Et ça n’est déjà pas si mal, tout compte fait.

Notre ami Phil trop tôt disparu avait sélectionné cet album l’an dernier. Il n’a hélas pas eu le temps de le chroniquer et je prends simplement sa place, pour que ses coups de cœur ne restent pas vains ni ignorés. C’est donc un hommage à l’un de ses choix, après le Rosetta de Vangelis chroniqué récemment avec cette même intention d’hommage à ses goûts. Phil, si tu nous entends, cette chronique n’est qu’une part infime de l’héritage que tu nous as laissé faute de mieux. Et on aurait tant préféré que tu sois encore là pour le signer toi-même.

Jean-Michel Calvez

http://www.leeabraham.co.uk/

https://www.facebook.com/leeabraham

The Seasons Turn
Lee Abraham
Festival Records
2016

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *