Lazuli – Saison 8

Lazuli – Saison 8

Lazuli Saison 8

Quel chemin parcouru depuis le nouveau millénaire pour les Français de Lazuli. Presque vingt ans plus tard, les faits sont indiscutables : la bande des frères Leonetti se positionne comme le seul groupe progressif francophone capable de séduire un public européen massif. Leurs concerts passés en Allemagne et au Royaume-Uni le prouvent. La musique – totalement unique – que propose le quintette niché dans les beautés de la région Occitanie, offre une voie d’accès joyeuse aux plaisirs des sonorités modernes de qualité. Voilà peut-être où réside le secret de la fraîcheur éternelle de leurs compositions : le climat du sud de la France ! On est en effet bien loin des brumes londoniennes, terreau fertile originel des musiques progressives. Même si l’auditeur sérieux reconnaîtra çà et là des ambiances que n’auraient pas reniées les maîtres du genre que sont Peter Gabriel, Fish ou King Crimson, force est d’avouer que rien ne ressemble à Lazuli et Lazuli ne ressemble à personne. La formation gardoise a su digérer ses influences pour en extraire une essence à partir de laquelle elle bâtira ses propres cathédrales sonores.

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Avec huit disques au compteur, il est normal que le style se soit affirmé. Le risque semble être, aujourd’hui, l’autoréflexivité davantage que l’imitation. En effet, quel groupe peut se targuer d’avoir su développer tant de signes distinctifs que Lazuli ? On récapitule : une voix haut perchée cristalline et parfaitement maîtrisée, un guitariste virtuose, lyrique et mélodique, un sens rythmique absolument hallucinant, des textes poétiques et engagés, une prise de son digne d’un Marillion et des illustrations de pochettes qui sont autant d’œuvres d’art  (à noter, à cet égard, que le « design » global de ce huitième ouvrage fait bien penser au mythique Vae Victis des Helvètes magnifiques de Galaad. La musique, la voix et les textes aussi du reste. Il est vrai que les grandes œuvres communiquent souvent entre elles, même de manière inconsciente). Tiens, on n’a même pas encore parlé de la Léode, cet instrument envoûtant créé par Claude. C’est vous dire à quel point Lazuli a su forger son art puisqu’on ne se concentre plus que sur la création et non plus sur leur genèse.

Cette huitième saison de la geste lazulienne confirme l’imposante stature de la bande, dans le monde du rock francophone exigeant actuel. Dans ce créneau, on comptera également sur Galaad (justement), Nemo ou les indéboulonnables Ange (dont le dernier album est une pure merveille). À signaler que si le chant de Lazuli est assuré dans la langue de Molière, la production reflète davantage des partis pris texturaux anglo-saxons. À ce titre, cette musique doit davantage à celle des grands noms anglais cités dans le premier paragraphe qu’à la musique française de qualité (Bashung, Thiéfaine, Murat, Sheller, etc.).

Le socle sur lequel est posée la pierre lazulienne est si solide qu’elle peut accepter la critique sans tête baissée ni glaive levé. Ainsi, le connaisseur regrettera peut-être une ambiance générale très (trop ?) proche des dernières sorties que furent Tant Que L’Herbe Est Grasse (2014) et Nos Âmes Saoules (2016).

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Il est vrai que la formation n’a jamais révolutionné son style d’un disque à l’autre. Elle se contente de polir sa roche métamorphique (lapis-lazuli). Ce qui n’est déjà pas si mal. Si le polissage n’est pas lissage, gare à la redite, attention aux citations. Les plus grands s’y sont frottés. Que l’on pense au dernier album de Marillion (Fuck Everyone And Run, 2016), superbe de bout en bout mais trop marillionesque. Cette Saison 8 apparaît ainsi comme trop lazulienne. C’est un moindre méfait, il faut bien le constater. Mais le titre de l’album agit comme un indice révélateur : Lazuli a posé les personnages, peint les climats, assuré l’audimat. C’est bien maintenant que le tour n’est pas encore tout à fait joué. Le rêve reste à rêver, comme le dirait (presque) Christian Décamps (Ange).

Christophe Gigon

https://lazuli-music.com/

https://www.facebook.com/Groupe.LAZULI/


Lazuli, c’est reparti pour la Saison 8 !

En pleine tournée en Allemagne et en Suisse, Dominique Leonetti, le chanteur de Lazuli, a pris le temps de répondre, clairement et sans prendre ombrage, aux questions impertinentes de Clair & Obscur. Entretien-vérité pour un groupe engagé.

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C&O : Saison 8 porte un titre clair : c’est déjà le huitième album de Lazuli. Cela fait environ vingt ans que votre formation propose des albums originaux et uniques dans le paysage musical francophone. N’êtes-vous pas frustrés par le fait que les médias de votre pays ne vous rendent guère justice ?

Nous pourrions l’être mais l’amour que nous recevons du public efface toutes les déconvenues de la presse de notre pays. Il est certain que le désintérêt des médias a une incidence très négative en terme d’audience pour des groupes comme le nôtre mais il est salutaire pour l’estomac de laisser nos rancœurs de côté. Je préfère saluer toute la « petite » presse « prog » de notre pays qui, elle, est toujours présente. Et, à vrai dire, notre ego est flatté malgré tout car les médias d’autres pays nous offrent régulièrement des places de choix !

C&O : L’Allemagne et le Royaume-Uni, entre autres, vous réservent toujours des accueils triomphaux. Comment expliquez-vous ce phénomène, rare pour des musiciens français ?

Je ne me l’explique pas vraiment si ce n’est que ces pays sont peut-être plus ouverts musicalement, prêts à la découverte hors du dictat des gros médias (on y revient). Il est vrai que nous y croisons rarement d’autres groupes français. Il est toujours étrange de voir face à nous les lèvres articuler nos paroles dans tous ces pays non francophones, c’est un bonheur et une surprise à chaque fois !

C&O : Tourner avec Fish (ex-chanteur de Marillion) vous a-t-il permis de conquérir une partie de son public ?

Oui, quel immense cadeau il nous a fait en nous offrant l’ouverture de ses concerts pendant tant de temps. Il ne se passe pas un concert sans qu’on vienne nous dire : « Je vous ai découverts en 2015 avec Fish ! »  Il y a indubitablement un avant et un après Fish pour la carrière de Lazuli.

C&O : À quand une tournée en première partie de Peter Gabriel, histoire de voir encore plus grand ?

Mon Dieu,  mais tu lis dans nos rêves ??? Je n’ose même pas imaginer cela possible… Que ce serait fabuleux ! Nous avons eu la chance de visiter ses studios à Bath, en Angleterre (les fameux Real World Studios), il y a deux ans. Nous étions comme des gosses devant le sapin ! Malheureusement, Peter Gabriel n’était pas là, je doute même qu’il connaisse notre existence. Nous avons croisé tant de musiciens incroyables ces dernières années que je me dis : « Pourquoi pas, un jour, croiser un ange Gabriel ? »

Lazuli Saison 8 band4

C&O : Vous sentez-vous faire partie de la même famille que les autres groupes progressifs francophones (Ange, Nemo, Motis, Galaad) ?

Oui, malgré les grandes différences qui nous caractérisent les uns et les autres. Mais c’est bien l’avantage de cette grande famille, elle est très éclectique. Nous connaissons bien les groupes que tu as cités, nous entretenons même des relations d’amitié. Nous partageons de temps en temps les mêmes scènes.

C&O : Parvenez-vous à vivre uniquement de votre art ? Comment le marché actuel de la musique permet-il à une structure comme la vôtre de s’en sortir et d’évoluer ?

Par moments, il serait plus juste de dire « survivre de sa musique », plutôt que « vivre ». Mais au prix d’un énorme travail et d’une grande indépendance, en déléguant un minimum de choses, en empruntant les chemins de traverse, nous avons franchi les étapes au fil du temps. Un travail de longue haleine, presque de l’artisanat par instants, mais aujourd’hui, c’est une histoire qui avance. Toutefois, je pense qu’il n’y aura jamais de sérénité, car chaque année, chaque nouvel album est une histoire qui recommence, dépendante du nombre de concerts et des ventes de disques.

C&O : Du fait que votre chant soit assuré en français, et que les textes sont très poétiques, une partie du public, autre que celle issue du milieu progressif, pourrait accrocher à votre projet. Avez-vous, dans votre public, des amoureux de chanson française de qualité ?

C’est le cas effectivement, nous avons cette grande chance de réunir ceux qui ne s’attachent qu’aux mots, ceux qui ne s’attachent qu’à la musique et ceux pour qui les deux sont indissociables. Notre public est très varié. Il n’y a pas un profil type pour écouter notre musique et j’aime ça !

C&O : Le style de Lazuli est absolument unique. C’est naturellement un atout. Mais ne craignez-vous pas de vous enfermer vous-mêmes dans ce style, de peur de vous mettre à ressembler à quelqu’un d’autre ?

On a la tête qu’on a, on a la musique qu’on a !!! Un album est un miroir. Nous n’avons ni peur de ressembler à quelqu’un d’autre, ni peur de nous enfermer dans du Lazuli, tout simplement parce que c’est une question que nous ne nous posons pas. Se la poser serait un frein à la spontanéité. Mais il ne faut pas se méprendre, malgré ma réponse nette, je reste pétri de doutes face à mon reflet mais n’ai d’autre choix que de l’accepter.

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C&O : Votre dernier album, magnifique comme toujours, n’ouvre pourtant aucune nouvelle piste sonore. Si on vous disait que Lazuli fait toujours du Lazuli. Certes, il le fait très bien. Comment accueilleriez-vous cette critique ?

Je préférerais cette critique à celle qui nous dirait que le groupe a perdu son âme.

Pour être totalement franc, c’est une critique qui m’a déjà été rapportée et j’ai du mal à la comprendre dans le sens où ce qui fait un groupe, c’est son identité. Si AC/DC ne faisait plus du AC/DC,  ce ne serait plus AC/DC ! On le leur reprocherait d’ailleurs !!!

Les groupes qui proposent des contrepieds s’embourbent souvent dans l’exercice de style pour proposer une fausse nouveauté. Vouloir surprendre pour surprendre n’est pas une fin en soi. Il me semble pourtant que chacun de nos albums est différent, mais peut-être est-ce plus nuancé que flagrant au premier abord. Je peux t’assurer que dès que nous sentons une redite, nous passons notre chemin. Mais je ne cherche pas à nous justifier, si critique il y a, c’est que certains le ressentent. Devrions-nous l’entendre, je ne crois pas, pas plus que ceux qui disaient de nous, il y a vingt ans, qu’il n’y aurait pas de public pour notre musique. Tant que nous n’aurons pas l’impression de tourner en rond et tant que nos émotions seront intactes, nous continuerons à ne pas nous servir de notre cerveau et à laisser parler nos cœurs. Si le prochain album venait à être surprenant, c’est qu’il le serait naturellement.

C&O : Le chant en anglais, ce n’est pas pour demain ?

On voit bien que tu ne m’as jamais entendu chanter en anglais (rires) ! Une histoire d’identité,  encore, le français est aussi notre signature. Le nombre de fois incalculables où on nous a dit qu’il serait préférable de chanter dans la langue de Shakespeare pour nous exporter… Il semblerait qu’au final ce ne soit pas un frein pour nous. Et puis je ne serais pas capable d’exprimer les mêmes choses dans une autre langue que ma langue maternelle.

C&O : A quand un concept album ?

Il m’arrive d’y penser… mais seulement d’y penser… pour l’instant. Bien que par le passé, avec notre premier groupe, Claude et moi en avons déjà fait un.  Mais il est inutile de chercher cet album, il fut tiré seulement à mille exemplaires et il est totalement introuvable aujourd’hui.

 C&O : Pourrait-on vous voir davantage tourner en France, en Suisse et en Belgique à l’avenir ?

C’est notre vœu le plus cher. Il faudrait juste que ce soit le vœu des programmateurs également !

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C&O : Quel artiste, selon vous, a produit l’album parfait ?

Sans hésitation aucune, les Beatles avec  Sgt. Pepper. C’est aussi l’enfant de dix ans qui parle ; quand j’ai glissé cet album dans mon walkman, à l’époque, j’ai fait le plus grand voyage que l’on puisse faire.

C&O : Lazuli a-t-il déjà produit son album parfait ?

J’espère bien que non. Il serait frustrant de l’avoir déjà fait et de perdre la perspective d’y arriver un jour…

C&O : Le style de guitare de Gédéric Byar est redoutable et original. Il doit pourtant bien avoir des influences. Lesquelles sont-elles ?

Il a vraiment su élaborer sa propre approche de la guitare. Bien qu’il soit un érudit en la matière, il connaît même des guitaristes dont je n’ai jamais entendu la moindre note, à mon avis il puise d’avantage son inspiration dans ses ressentis plus que dans les autres musiciens. Il serait donc difficile de citer ses influences mais je peux dire que Jeff Beck a dû pas mal l’influencer dans sa jeunesse.

C&O : Vous êtes venus plusieurs fois jouer dans la célèbre Z7 Konzertfabrik à Pratteln, à côté de Bâle, en Suisse. Quels souvenirs gardez-vous de ces passages et qu’est-ce qui fait, selon vous, que cette salle de banlieue soit devenue un des lieux de rencontre mythiques pour le rock progressif en Europe (Fish, Marillion, Saga, Threshold, Arena, IQ, Steven Wilson, etc.) ?

Parce qu’on y mange très bien (rires) ! À l’évidence, ce lieu est à la pointe en termes d’accueil, de structure et de matériel. Nous n’y avions joué jusqu’à présent, qu’en première partie (Fish, Riverside) et lors de festivals, il nous restait à appréhender le lieu tout seuls… C’est chose faite depuis quelques jours et ce fut un bonheur ! Nous y reviendrons (on nous l’a dit !). Si ce lieu est devenu incontournable pour le rock progressif, c’est aussi parce que, contrairement à beaucoup d’autres programmateurs, ceux du Z7 semblent sensibles à cette musique.

Lazuli Saison 8 band7

C&O : Vous sentez-vous connectés aux groupes cités dans la question précédente ?

Oui évidemment, nous avons écouté la plupart de ces groupes à l’adolescence et aujourd’hui nous nous croisons en coulisses ; c’est assez déconcertant !

C&O : Quel est le futur proche, et lointain, pour Lazuli ?

Pour le futur proche, nous nous attelons à faire vivre toutes nos nouvelles chansons sur scène. L’année qui vient sera faite de voyages en Europe. 2019 se dessine aussi. Et, bien évidemment, j’écrirai dès que j’en aurai le temps, cela me démange déjà !

Quant au futur lointain, j’évite d’y penser car cela empêche de vivre le présent. Nous n’avons jamais eu de plan de carrière, ni fait de concessions, peut-être est-ce pour cela que la route est si chaotique mais nous l’assumons.

C&O : À quand la saison 9 et le coffret récapitulatif contenant toutes la geste lazulienne depuis 1999 ?

Au même titre que le futur, j’ai du mal à regarder dans le rétroviseur. Mais il faudra sans doute y penser, tu as raison. À moins que la Saison 9 ne vienne emplir l’espace sans que nous l’ayons vue venir ; à ce compte-là, le présent prendra ses droits.

C&O : Un dernier mot pour nos lecteurs de Clair & Obscur ?

Êtes-vous encore là à me lire ? Vous avez du courage car j’ai été un peu bavard !!! Oui vous êtes là ? Alors merci à vous et merci d’aimer la musique ; nous n’existons que grâce aux passionnés, à ceux qui n’attendent pas que la télé leur donne le la. Merci également à toute l’équipe du magazine d’éClairer ceux qui, comme Lazuli, sont souvent dans l’Obscurité.

 

Merci Lazuli pour cet entretien et, surtout, pour le plaisir que procure l’écoute de votre indicible et magnifique musique !

Propos recueillis par Christophe Gigon, mars 2018

Saison 8
Lazuli
L'Abeille Rôde
2018

Un commentaire

  • Thierry FOLCHER

    Belle chronique Christophe et nécessaire pour la reconnaissance de l’immense talent de nos amis cévenols. J’enrage à chaque fois contre les médias nationaux et le peu d’intérêt qu’ils portent à certains de nos artistes sous prétexte de ne pas attirer le « grand » public. A présenter des choses tièdes, c’est vrai on ne prend pas beaucoup de risque, mais quelque fois il faut se bruler un petit peu pour sortir de la torpeur. Voilà c’est dit, ça fait toujours du bien.

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