Jean-Louis Murat – Il Francese

Il Francese
Jean-Louis Murat
PIAS
2018
Christophe Gigon

Jean-Louis Murat – Il Francese

Jean-Louis Murat Il Francese
En 2017, Jean-Louis Murat avait effrayé une partie de son public en proposant un album ardu, synthétique et volontairement déstructuré, malicieusement titré Travaux sur la N89. Même si les critiques n’ont pas manqué de saluer l’audace indiscutable de ce disque glacial, le choc a tout de même été rude pour les amoureux d’un Murat plus « folk » et terrestre. Mais il fallait passer par là, franchir cette étape pour proposer une œuvre aussi aboutie qu’Il Francese.
On pourrait faire simple en affirmant que cette dernière production du poète auvergnat se situerait à l’exact point médian, entre Toboggan (2013) et Travaux sur la N89. Le premier, chef-d’œuvre insurpassable d’épure acoustique et de verbe « terrien », le second, essai sidérant de décloisonnement électronique et tonitruant. Ainsi, Il Francese, loin de faire figure d’entité abâtardie, fruit de deux expérimentations contraires, se pose comme une réussite indéniable, équilibrée et, enfin, apaisée. Le meilleur des deux mondes en quelque sorte.

Jean-Louis Murat Il Francese band 2

On salue le retour des mélodies et des passages « agréables » à écouter. Fait étonnant : les moments les plus électro s’intègrent parfaitement au format chanson décidé pour chaque titre. La première piste, « Achtung », prouve que Murat a réussi son coup : sous un maquillage assez synthétique et des effets typés sur les voix, la chanson folk, « à la Neil Young » (grand mentor de Murat) se sublime. L’électronique et les phrasés hip-hop se mêlent harmonieusement à des structures plus classiques. Comme si Bob Dylan croisait le fer avec Daft Punk ou Archive…mais en français !

Jean-Louis Murat Il Francese band 1
Car la culture française – ainsi que son histoire – est longuement discutée tout au long d’Il Francese. Le cœur de Murat a toujours basculé entre la sensualité italienne (Taormina, en 2006), les grands espaces mythiques de l’Amérique (Le Cours Ordinaire Des Choses, 2009) ou le terroir auvergnat dont le chanteur est si fier : le parfait Babel, en 2014. L’artiste, finalement, reste le poète de l’essentiel, de l’universel et de la beauté. Peu importe le lieu, l’espace, le temps ou même l’habillage sonore. En vrai platonicien, l’homme croit aux « choses en soi », évoluant dans le monde des idées. Sauf que ce monde se trouve bien hic et nunc. A nous de le percevoir. Même si cette dix-neuvième (!) galette ne constitue pas le sommet de la geste muratienne, elle en constitue une étape intermédiaire obligatoire.

http://www.jlmurat.com/

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