Irfan – Seraphim

Irfan – Seraphim

Irfan est une talentueuse formation bulgare révélée au public en 2002, avec un premier album éponyme publié chez Prikosnovénie. Rappelons que ce prolifique label indépendant made in France est, entre autres, spécialisé dans les musiques du monde dites « imaginaires », et dans un genre qu’il définit lui même comme de la « pop féerique ». Pour vous donner une idée de ce style à l’appellation quelque peu mystérieuse, disons que ses principaux fers de lance pourraient se dénommer Loreena Mc Kennitt où Lisa Gerrard. En clair, il s’agit de ces musiques oniriques nées d’un savant mélange d’effluves celtiques et orientales, aux relents de mysticisme et d’épopées légendaires. Parmi ces nombreux groupes nés dans le sillage de l’incontournable et précurseur Dead Can Dance, on peut citer quelques-uns des plus talentueux, tels que Vas, Artesia, Rajna ou Irfan, dont les créations métissées et cinématiques à souhait font le bonheur des fans de Tolkien et autres mondes liés à la fantasy. Irfan est sûrement l’un des plus beaux fleurons du genre, avec un univers musical riche et inspiré qui puise largement dans ses propres racines balkaniques, quand il ne fait pas référence au soufisme ou au Moyen-Âge occidental.

Après la parution d’un premier album plutôt convaincant, Irfan nous offre cinq ans plus tard avec « Seraphim » un second essai qui surpasse en tout point son prédécesseur. Ce petit joyau musical superbement produit compte neuf nouvelles compositions qui s’enchaînent pour un (trop court !) voyage hors du temps et de la réalité. On y retrouve ce riche et irrésistible mélange de voix bulgares, de musiques sacrées et traditionnelles des pays de l’est, de sonorités moyen-orientales et médiévales, le tout servi par un groupe de musiciens privilégiant chaque instant la musicalité à la virtuosité. Leur palette sonore est plus que jamais d’une très grande richesse texturale, avec à l’appui une large panoplie où l’on trouve pêle-mêle le oud, le grand daf iranien, le bendir, le darbouka, le doudouk d’Arménie,  la viole de gambe, le zarb, le santour et bien d’autres choses encore, avec juste qu’il faut de nappes synthétiques et programmations électroniques. Mais l’instrument principal de ce dépaysant et ensorcelant « Seraphim » reste sans conteste la voix, avec en leader absolu celle de l’éblouissante Denitza Seraphimova, qui impressionne de par son éclat, sa puissance et sa pureté cristalline. La jeune bulgare ne manque pas d’explorer plusieurs registres d’expression avec son chant toujours sublime et parfaitement maîtrisé. Accompagné de magnifiques chœurs tantôt masculins et tantôt féminins, la voix en apesanteur de Denitza concède à ce disque une ambiance quasi-ésotérique.

Entre méditation religieuse, exaltations incantatoires et pulsations hypnotiques, « Seraphim » s’impose comme un premier chef d’œuvre pour Irfan. Un disque indispensable pour qui aura vibré durant les grandes heures de Dead Can Dance, et pour tout amateur de musiques profondes et généreuses, qui puisent leur essence dans les racines de l’histoire et des mythes anciens. Envoûtant !

Philippe Vallin (8/10)
Seraphim
Irfan
2007
Prikosnovénie

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