IQ : The Progest Hour – Entretien avec Mike Holmes

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IQ : The Progest Hour – Entretien avec Mike Holmes
Propos recueillis par Bertrand Pourcheron le 11 mai 2014

IQ jouit, depuis ses débuts en 1982, d’un capital sympathie sans équivalent auprès des amateurs de rock progressif. Après une difficile traversée du désert à la fin des eighties, le groupe a en effet aligné les classiques depuis les early nineties (du ténébreux « Ever », album de la résurrection publié en 1993, jusqu’au superbe et tout récent « The Road Of Bones« , son dixième disque studio ayant vu le jour depuis « Tales From The Lush Attic »). Sincère, sympathique et déconneur, Mike Holmes, le guitariste, leader et producteur exécutif du Quotient Intellectuel, a profité de la sortie du nouvel opus du combo pour faire le point avec nous sur trente années de « prog nonsense ». Morceaux choisis.

C&O : Lors de votre grand retour sur le devant de la scène rock avec le magistral « Ever » en 1993, vous avez décidé de créer votre propre structure discographique, GEP Records. Vingt et un ans plus tard, peux-tu s’il te plait faire un point sur l’activité du label et sur les combos en faisant partie ?

MH : GEP a été créé à l’origine pour promouvoir « Ever » car notre expérience avec Polygram à l’occasion de la publication de « Nomzamo » en 1987 et de « Are You Sitting Confortably ? » en 1989 nous avait dégoûtés à tout jamais de l’univers des majors. Peu à peu, nous avons été rejoints par des artistes du calibre de Spock’s Beard, Threshold, John Wetton, Renaissance, Jadis, Steve Thorne et, bien évidemment, par d’autres branches de l’entité IQ, à savoir The Lens, Martin Orford en solo et Niadem’s Ghost (NDLR : formation créée par le chanteur Peter Nicholls au lendemain de son départ d’IQ, fin 1985). Plus récemment, nous avons enrôlé l’excellent groupe de « nu prog » Synaesthesia dont le premier CD éponyme a rencontré un succès assez colossal. Nous sommes, de ce fait, en tractation avec eux pour la publication de leur second album.

C&O : Venons-en maintenant à « The Road Of Bones » et à sa version double CD. De nombreux fans considèrent qu’il s’agit là de l’opus le plus sombre et le plus puissant de votre carrière. Quel regard portes-tu sur cet album ?

MH: Je partage ton point de vue, à savoir qu’il s’agit là de l’œuvre la plus ténébreuse dont nous ayons accouché à ce jour. Toutefois, nous n’avons pas choisi délibérément de donner naissance au disque le plus « suicidaire » possible. C’est juste le résultat de notre état d’esprit à l’époque de sa genèse. Personnellement, quand j’écris de la musique, j’essaie de le faire de la manière la plus honnête possible : nos compositions doivent refléter nos sentiments du moment. Je déteste toute forme de pression nous obligeant à composer dans un style particulier. C’est sans doute la raison pour laquelle notre collaboration avec l’écurie Polygram entre 1987 et 1989 m’a laissé un aussi mauvais souvenir. La musique doit venir du cœur et ne pas être dictée par des ukases extérieurs.

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C&O : Peux-tu s’il te plait nous en dire plus sur la conception de ce dixième album magistral ?

MH : Cela nous a pris pas mal de temps pour mettre au monde « The Road Of Bones ». On a été confrontés, en effet, à pas mal de changements de line-up depuis la sortie de « Frequency » en 2009 et, dans l’intervalle, nous avons été très occupés à bosser sur des projets parallèles : la mouture 25ème anniversaire de « The Wake », déclinée en format quatre albums, la version remixée 30ème anniversaire de « Tales From The Lush Attic », sans oublier les cérémonies de commémoration du 30ème anniversaire du combo. Finalement, nous avons mis en route l’écriture de « The Road Of Bones » en 2012 et cela nous a pris plus de dix huit mois pour boucler son écriture, son enregistrement et son mixage. Paradoxalement, les premiers titres que nous ayons terminés se sont retrouvés sur le second volet de ce double album.

C&O : Les lyrics de « The Road Of Bones » sont particulièrement torturées (ce qui est une habitude chez IQ). Peux-tu s’il te plait nous en dire plus à ce sujet ?

MH : Peter Nicholls, leur auteur, serait bien mieux placé que moi pour en parler mais je vais cependant te donner quelques exemples, piochés au hasard. “Knuckehead”, le titre d’ouverture du CD bonus, parle de la schizophrénie. Sur le premier volet, « From The Outside In » est une chanson sur les vampires et « The Road Of Bones », le morceau éponyme, développe l’histoire d’un serial killer semant la terreur dans une petite ville de province.

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C&O : « The Road Of Bones » est un album incroyablement complexe au niveau rythmique. Comment se sont déroulées les retrouvailles entre Tim Esau à la basse et Paul Cook à la batterie après vingt cinq ans de séparation ?

MH : C’est comme s’ils ne s’étaient jamais quittés. Nous avons toujours été si proches les uns des autres par le passé que nous formons une vraie famille, aussi bien humainement que musicalement. Leur complexité est donc la même qu’à l’époque de « Are You Sitting Confortably ? » et c’est absolument incroyable. Plus généralement, il y a un feeling assez incroyable au sein du groupe en ce moment dans la mesure où, excepté Neil Durant aux synthétiseurs, notre line up actuel est le même que celui de nos débuts.

C&O : En tant que guitariste, quelles sont tes influences majeures ?

MH : Pour être honnête, je n’ai jamais vraiment su de quelle manière répondre à cette question. Je joue de la six cordes dans IQ parce qu’il fallait bien que quelqu’un se dévoue pour le faire et que c’est tombé sur moi (rires). Mais quand je compose, je me sers bien davantage de l’informatique et des claviers que de la gratte. Pour en revenir à ton interrogation, mon guitariste favori est sans doute Neil Young. Il ne joue pas particulièrement de manière virtuose et flashy mais toutes ses parties proviennent du plus profond de son cœur. Sinon, comme compositeur, j’adore en priorité les productions cinématiques et les bandes originales de film. Ca me fait vraiment tripper.

C&O : Ta six-cordes est un peu sous mixée sur « The Road Of Bones », ce qui a déconcerté de prime abord certains fans. S’agit-il d’un choix délibéré et peux-tu s’il te plait nous en expliquer les raisons ?

MH : Oui, pas mal de gens m’en ont fait la remarque mais, à vrai dire, je n’ai pas mixé la guitare davantage au fond du spectre sonore que sur nos autres albums. En fait, « The Road Of Bones » est le disque sur lequel j’ai le plus bossé les sons et les effets de six-cordes depuis nos débuts. C’est vrai qu’il y a peut être moins de soli que par le passé sur ce CD mais c’est tout simplement parce que nos nouveaux morceaux, étant extrêmement sombres et atmosphériques, avaient à mon goût davantage besoin de grandes nappes de claviers que d’envolées de six-cordes.

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C&O : Avez-vous déjà envisagé de collaborer avec un orchestre symphonique afin de renforcer l’aspect à la fois emphatique, inquiétant et émouvant de vos compositions ?

MH : Ce serait une chouette idée mais nous ne disposons hélas pas du budget nécessaire pour la mener à bien. Ceci étant, Neil Durant et moi avons utilisé beaucoup de samples orchestraux sur ce nouveau disque et nous sommes tous très satisfaits du résultat obtenu.

C&O : Parmi les groupes actuels, quels sont ceux que tu préfères ?

MH : Pour être franc, j’ai un emploi du temps tellement démentiel que je suis en grande partie déconnecté de l’actualité discographique actuelle. Les artistes qui tournent en boucle sur mon IPod sont Steely Dan, Vaughan Williams (j’adore son « The Lark Ascending ») et surtout le « Beyond The Missouri Sky » signé par Charlie Haden et Pat Metheny.

C&O : Quels sont vos meilleurs et vos pires souvenirs depuis 1982 ?

MH : Le moment le plus intense est, sans doute, le concert que nous avons donné devant plus de 12.000 personnes en Allemagne lors de nos années chez Polydor. J’adore aussi l’incroyable complicité qui nous lie à nos fans. Le pire événement a été, comme tu dois t’en douter, le décès de notre ami et bassiste Les « Ledge » Marshall au début des nineties. Je ne m’en suis jamais remis

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http://www.iq-hq.co.uk/

Chronique « The Road Of Bones » dans C&O :

http://www.clairetobscur.com/article-iq-the-road-of-bones-123544408.html

 

Un grand Merci à Mike Holmes pour cette interview ainsi que les photos !

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