Igorrr – Spirituality And Distorsion

Spirituality And Distorsion
Igorrr
Metal Blade Records
2020
Jéré Mignon

Igorrr – Spirituality And Distorsion

Igorrr Spirituality And Distorsion

Sonnez trompettes, cuivres et orphéons !! Cette parade déglinguée qu’est Igorrr revient parmi nos fraîches têtes et les coups de soleil post-confinement. Cet ancien article permet de revenir sur le parcours omnivore et insatiable du bonhomme: http://clairetobscur.fr/igorrr-discographie/

Difficile à croire que Gautier Serre, chef d’orchestre de cette fanfare absurde qu’est Igorrr, ait réussi l’exploit de s’exporter hors de France tout en gagnant ses galons dans la scène hexagonale. Un exploit en soi quand on sait que le projet s’est fait connaître par un mélange azimuté de styles éloignés, consanguins et contre-natures. Bon en gros, quand ça mélange le death, le black metal avec le breakcore, le chiptune et la musette sous l’égide d’une muse dorénavant disparue (Patrick la poule), ça pose son œuf sur la table. Et quand ça ne dévie pas d’un poil d’aisselle, refusant de s’approcher des modes éphémères, préférant rester dans la même dynamique avant-gardiste, aussi délirante et décalée soit-elle, au risque de s’enfermer dedans, on salue l’exploit. En plus de son manque de compromis, faisant partie des rares projets français où l’humour devient un ressort dramatique, maboule et kitch certes, mais aussi une composante structuraliste (voire texturale) mais non parodique, Igorrr a réussi à percer la frontière du bon goût et à laisser son univers hors-norme s’étaler avec son précédent, et remarqué, album Savage Sinusoid. Pas toujours facile à suivre, décousu et surchargé pour certains, trop mélo-maniaque pour d’autres, Igorrr peut très bien rester cet objet curieux trouvé dans une brocante chapeautée par les éditions Fluide Glacial et par Edika, à condition de se laisser emporter dans l’univers bigarré, baroque et réellement personnel de Gautier Serre, même si être surpris n’est plus vraiment surprenant de nos jours…

Igorrr Spirituality And Distorsion Band 1

Première constatation, Gautier a recherché une sonorité plus chaude et ronde sur ce Spirituality And Distorsion, ma foi assez long. Une tonalité plus sombre et spirituelle pour une emphase moins opératique que d’avantage portée par un orientalisme senti. Oui. L’utilisation d’instruments tel que le oud ou le kanun (instrument traditionnel grecque) se déploient sur l’ensemble de l’opus. Le rendu, lui, se fait plus organique mais aussi plus aéré (bien que massif) et « simple » d’accès. Pour preuve, ce morceau d’ouverture (« Downgrade Desert »), redoutable d’efficacité avec le chant de Laure Le Prunenec, tout à fait à propos, invitant à parcourir les dunes de sable. Autre chose à pointer, la présence accrue de cette basse grassouillette chatouillant le bas ventre qui se permet quelques slaps bien sentis à la Primus, eh bien ça ne se refuse pas, ça se déguste. Mis à part ces quelques changements et un renouvellement d’approches structurelles, monsieur Serre amène et « malmène », comme à son habitude, quelques rythmiques breakcore faisant dévier son postulat de départ pour un aboutissant très Monthy Python dans l’esprit coiffé par un Terry Gilliam dans un jour pas trop dépressif et malchanceux. C’est comme imaginer John Cleese s’amuser en slip de circonstance au milieu des habitants du coin avec ce sérieux anglais imperturbable sur une adaptation de Dune (Sans Lynch ou Villeneuve).

Avec la contribution de George Fisher de Cannibal Corpse sur le bien nommé « Parpaing », on entre, là, dans le titre le plus ouvertement death metal d’Igorrr fait à ce jour, dérivant sur le même morceau vers la musique Gameboy pour un rendu sincère, peut-être trop respectueux (tellement matière à désarticuler le truc…) mais quand même bien foutraque avant de partir, à nouveau, dans une autre direction où il est question d’ambiance chaude, de ruptures incessantes, de musette mutante et frénétique (« Musette Maximum »), d’orchestrations de clavecins, violons ou de chèvre pratiquant le kung-fu à la Donnie Yen au milieu de chants polyphoniques entre le Corse, le tzigane et un bordel digne de Terre Sans Frontières. Certains pointeront le manque de drop-bass hargneuses qui était une marque de fabrique de Serre mais comme ce dernier n’y voyait pas l’intérêt sur cet album, il les a mis au placard, ce qui, perso, ne me déplaît guère, n’y voyant que peu de crédit sur l’ambiance de cet opus lorgnant plus sur la planète Arakis mélangée La Vie De Brian dans le Paris fantasmé d’Amélie Poulain. Donc bon…si ça sonne pas Igorrr ça !!

Igorrr Spirituality And Distorsion Band 2

Ce qui en résulte c’est la pleine possession des moyens d’un Gautier Serre, bien entouré, et toujours avide de nouvelles sonorités, doublé d’un perfectionnisme de plus en plus présent. Spirituality And Distorsion est une ode au voyage cachée dans une petite boite de clown dont l’ouverture amène autant la surprise que la déconvenue qu’un certain plaisir d’écoute respectable et par moments carrément jouissif.

PS : Impossible de ne pas revenir dessus mais les amateurs pourront se délecter de la pochette (concoctée par le duo Fortifem) où l’observateur persévérant trouvera des détails complètement débiles. En vrac, on trouvera un sage portant un t-shirt Cannibal Corpse, une main tenant un portable et filmant la scène et Patrick, la poule, se prenant un éclair dans le cul de la part de ce monolithe.

https://igorrr.bandcamp.com/album/spirituality-and-distortion

 

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