Hubert-Félix Thiéfaine – Vixi Tour XVII

Vixi Tour XVII
Hubert-Félix Thiéfaine
Pop, Rock, Alternative & Indie
Sony Music
2016

Hubert-Félix Thiéfaine – Vixi Tour XVII

Thiéfaine Vixi Tour XVII

Depuis les sorties de scène de Bashung et d’Higelin, qui reste-t-il en France, pour porter haut le rock esthétique exigeant et populaire ? Murat ? Trop sauvage. Ange ? Trop marginal. Daho ? Trop pop. On ne voit donc que l’infatigable ménestrel jurassien capable de pourvoir le poste laissé en déshérence. Certes, on ne trouvera chez Thiéfaine ni la richesse poétique d’un Bashung, ni la folie décomplexée d’un Higelin. Mais il reste une quantité de qualités nécessaires et suffisantes chez notre noir corbeau qui feront l’affaire : une grande recherche lexicale, une voix typée et intacte, une posture élégante, un rock simple et efficace mais toujours mélodique et, touche finale obligatoire, aucun copinage avec la variété française de mauvais aloi dans laquelle se vautrent à satiété toute une série de produits dénués de nom de famille et de voie. Ainsi, c’est avec plaisir et un grand sentiment de gratitude pour services rendus à la chanson française d’obédience rock que l’on attribuera le titre de « Dernier des Grands » au bel Hubert gaulois.

Vixi Tour XVII contient deux disques compacts et un disque digital versatile (DVD) proposant des traces de la longue tournée visant alors à promouvoir le dernier album en date du bonhomme, Stratégie De L’Inespoir, paru en 2014 et discuté sur ce site en son temps. La captation vidéo a été prise au Palais des sports de Paris le 17 octobre 2015. Goûter Thiéfaine en concert reste une expérience de qualité. Les musiciens qui l’accompagnent sont loin d’être des manches et la discographie du natif de Dole (Jura français) semble inépuisable. Ajoutons à cela que le chanteur tient toujours une forme olympique et qu’il n’est jamais ridicule, même moulé dans des habits de cuir, ce qui est digne d’être relevé.

Thiéfaine Vixi Tour XVII band2

Avec le temps, le style de l’artiste s’est affiné. Davantage de concision et de lignes mélodiques fortes, moins de vaines logorrhées énumératives ni de transes estudiantines. Bref, plus de Ferré, moins de Starshooter. A l’instar d’Alain Bashung (que de chemin parcouru entre Passé Le Rio Grande et Fantaisie Militaire), l’âge a fait du bien à l’artiste. Le sens de l’œuvre se dessine nettement plus distinctement à chaque disque, même s’il a bien fallu passer par des titres plus anecdotiques. Le travail sur les arrangements, proposé dans ce double album live, manifeste cet état de fait : les vingt-cinq pistes semblent avoir été toutes extraites d’une même époque, ce qui n’est naturellement pas le cas, loin s’en faut.

Thiéfaine Vixi Tour XVII band1

A l’instar du mythique Palais des sports 84 de Daniel Balavoine, le tout apparaît comme incroyablement homogène, grâce à un travail sur le son qui a tendu à gommer l’espace et le temps qui séparaient les chansons les plus vieillies comme « La Fille Du Coupeur De Joints » jusqu’aux morceaux les plus représentatifs du Thiéfaine nouveau comme « En Remontant Le Fleuve », qu’auraient pu s’approprier les grands Ferré ou Bashung.

Le dernier des Mohicans travaille à rester éblouissant. Il prépare probablement une nouvelle galette des rois. Il est vrai que le corbeau déçoit moins que le phénix, moins inconstant, plus consistant et toujours présent. Toujours vraiment debout.

                                                                                                                        Christophe Gigon

http://www.thiefaine.com/

2 commentaires

  • Belet

    Sacré Père Gig,
    Ta prose musicale est toujours appréciée tant sur le fond que sur la forme ( ce qui devient rare )
    Merci pour cette tranche jurassienne musicale ce midi !
    Vébé

  • Hubert Félix Thiéfaine traverse à merveille ,comme vous le dites ,les années. Plus de 40 ans de carrière sans compromission et , même si je l’ai un peu décroché avec ses albums après le diptyque « la tentation du bonheur »/ »le bonheur de la tentation » (excellant !!) , je le retrouve avec une joie certaine grâce à son dernier album studio aux chansons exigeantes et ciselées et en effet, un peu moins barrées qu’à ses débuts et plus profondes. j’ai l’impression qu’avec les années Thiéfaine enlève son masque de clown (comme sur la pochette de l’album « De l’amour , de l’art ou du cochon » en 1980 ) pour se mettre à nu au propre comme au figuré comme sur la pochette (et surtout à l’intérieur même ! ) de l’album « Suppléments de mensonge » ou le Jurassien tricard des plateaux télévisés se livre sans fard et livre une merveille discographique. le Live dont vous parlez est une belle trace de sa dernière tournée.

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