Flyingdeadman – 56 Seasons

Flyingdeadman - 56 reasons

Quand une musique vous tient et ne vous lâche plus jusqu’au bout, c’est toujours bon signe. Et c’est le cas dès la première note du 3e EP de Flyingdeadman, 56 Seasons. Enfin, EP, c’est eux qui le disent. Parce que l’ensemble dure quand même 40 minutes ! Pour ma part, les trois opus des français sont de vrais albums. Ce n’est pas parce qu’ils sont faits avec des moyens limités (et sans batteur ! Je vous défie de vous rendre compte que ce n’est pas une personne qui bat la mesure !) qu’il faut pour autant dénaturer l’œuvre de ce groupe. Je vous assure qu’il s’agit, tant sur le fond que sur la forme, d’un travail abouti, qui, certes, est toujours perfectible, mais qui, à mes oreilles, tout comme à celles d’autres personnes à qui j’ai fait découvrir l’album, est très bien comme il est.

Flyingdeadman est un duo originaire des Deux-Sèvres proposant un post-rock racé, aux influences certes illustres mais bien digérées. Fabien et Aurélien officient tous deux aux guitares, Aurélien s’occupant en plus de la partie programmation. Oscillant entre post dynamique et rock cinématographique, ce duo assez mystérieux (peu d’information disponible sur le net) fait indéniablement penser aux grands Explosions In The Sky, God Is An Astronaut, ou Mogwaï.

Flyingdeadman - Band

« Abrasive Skins » ouvre les hostilités et nous embarque immédiatement avec fougue, puis les multiples notes en réverbs invitent à se plonger dans une bulle onirique, hors du temps, rassurante, cocoonesque, avant d’exploser et de nous ramener à un paysage plus menaçant. Une légèreté apaisante qui tourne à l’angoisse au détour d’une ruelle en clair-obscur, le début d’une histoire dont on ne sait si elle sera remplie de joie ou de peur. Le mystère s’installe avec « Kathlyn », une progression tapissée de voix tirées de vieux films américains, amenant à un point où culmine la tension. Godspeed You! Black Emperor n’est pas loin. Et l’on s’implique, happé par le mouvement, jusqu’à la fin. « 56 Seasons Between Our Lives » apaise, laisse passer des traits de lumière façon Sigur Rós, et s’envole. Et nous avec. On ne peut qu’être admiratif du savoir-faire opéré ici, tant les guitares sont lumineuses et s’appliquent à nous envelopper et nous guider. Un lâcher-prise musical et émotionnel de 10 minutes dont on ressort heureux.

« A Strange Feeling Last Night » devient bande originale, les voix extraites d’un vieux film prenant le lead. La batterie intervient pour relancer le morceau qui s’ambientait, avant que la dynamique s’amplifie vers des sommets, étouffant progressivement les voix. « Rewind Till We Can Start Again » prend un autre angle, plus posé, plus simple, avant une envolée vers les étoiles, construisant un joli mur de son. Les notes de piano parsèment le morceau telles des gouttes de pluie, contrastant avec le tempo de la seconde partie. Une construction intelligente, une belle utilisation de la batterie, bref, une réussite. Avec « Your Line », retour des voix américaines, ici aux tonalités dramatiques, insufflant une urgence, un certain chaos, et un son plus « sale ». Une fin abrupte et surprenante.

56 Seasons possède toutes les qualités pour retenir l’attention des amateurs de post-rock instrumental cinématographique. Pas de révolution dans l’exécution des morceaux, mais un travail abouti, très efficace, et qui répond au cahier des charges. Des trouvailles, de la simplicité, des couches superposées de sons, une recherche mélodique indéniable, une démarche sincère et authentique. Et quand on sait que le duo officie également dans le groupe Dacurse, plus orienté hip hop (mais avec de belles guitares post heavy, voir les morceaux « Les Gens » ou bien « Cadenassé »), on admire leur capacité d’adaptation musicale. Il faut donc découvrir 56 Seasons et les EP précédents pour enfin admettre que le post-rock peut également être éclatant en France. Du grand art.

Fred Natuzzi

https://flyingdeadman.bandcamp.com/

56 Seasons
Flyingdeadman
Autoproduction
2017

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