Father John Misty – God’s Favorite Customer

God's Favorite Customer
Father John Misty
Bella Union
2018
Father Fred Smoky Natuzzi

Father John Misty – God’s Favorite Customer

Father John Misty - God's Favorite Customer

Si on s’attarde sur la tronche que tire Josh Tillman sur la pochette de son quatrième opus, God’s Favorite Customer, on peut se dire plusieurs choses. Réponse a/ il a la gueule de bois ; b/ il a passé une sale journée et il a besoin d’un cachet d’aspirine ; c/ il a réécouté son précédent album Pure Comedy ; d/ il sort d’une mauvaise passe dans sa vie perso. Réponse subsidiaire, c’est ma tête quand j’ai réécouté plusieurs fois Pure Comedy pour en écrire la chronique… Bon, la réponse correcte est la réponse d. Il ne respire pas la joie notre bon Father John Misty, mais ça ne l’empêche pas d’avoir quand même ses traits d’humour et son ironie mordante dans ses chansons. A croire qu’il l’a lue, cette fameuse chronique, car il m’a écouté en tout point : moins d’ego (si, c’est possible malgré le fait qu’il se raconte encore dans les morceaux !), moins de texte, moins d’emphase philosophique. Résultat ? Un album qui revient aux fondamentaux, court (38 minutes) et sans rien à jeter. Comme I Love You, Honeybear quoi ! Mélodies enivrantes, voix chaude, saynettes amusantes ou tristes, Josh Tillman est toujours coincé quelque part dans les 70’s mais c’est pour notre plus grand bonheur. Il remercie d’ailleurs dans le livret un certain Frank Sinatra, ce n’est certainement pas pour rien. Jonathan Wilson est toujours de la partie à la production (même s’il la partage), joue sur quelques morceaux et c’est un gage de qualité.

« Hangout At The Gallows » démarre très fort et nous embarque dans un trip 70’s très réussi. Tout est parfait dans ce morceau, du riff de guitare électrique aux apparitions du piano, de la batterie omniprésente à la basse en communion. Un gros travail sur ce titre qui s’entend, au-delà même de la qualité de la compo. « Mr Tillman » renoue avec la veine de la chanson marrante car elle narre un épisode qui semble peu glorieux dans la vie de Tillman : un concierge d’un hôtel (il y a vécu pendant deux mois suite à sa dépression et il y a conçu cet album) qui échange avec lui sur son drôle de « comportement »… Absolument réjouissant et fun, avec une mélodie vocale à tomber. « Just Dumb Enough To Try » est une ballade sur la fin d’un amour et impressionne musicalement car elle est finalement assez sombre et aérienne à la fois, marquant une mélancolie poignante. Comme un grand conteur d’histoires, Father John Misty envoûte et charme par son charisme vocal. Et la batterie est purement divine. « Date Night » pourrait faire penser à du Rolling Stones par son feeling ouvertement swinging 60’s et enjoué tandis que « Please Don’t Die » retrouve le thème de la dépression après la rupture. On pourrait se dire qu’il en fait trop sur cette chanson écrite du point de vue de sa femme, trop d’instruments, trop de grandiloquence. Mais c’est ça Father John Misty, ce risque permanent de sombrer dans le too much !

Father John Misty  God's Favorite Customer Band 1

« The Palace » se passe dans la tête de Josh Tillman, pendant son séjour à l’hôtel. Le piano solitaire qui l’accompagne montre bien la noirceur de cette période de doute. « Disappointing Diamonds Are The Rarest Of Them All » (sacré titre!) va très vite (2min20) mais est un exemple de chanson réussie par sa mélodie et son instrumentation très travaillée. « God’s Favorite Customer » est une ballade comme Tillman en a le secret, accompagnée par la très belle voix de Weyes Blood. Le titre est ironique car, quelques années plus tôt, Father John Misty avait voulu devenir prêtre chez les Pentecôtistes, et pour cela avait respecté les enseignements et les obligations de sa religion à la lettre. Mais peu après, il s’était détourné de cela et avait été rejeté par sa communauté. Dans « The Songwriter », Misty culpabilise un peu de parler de sa relation avec sa femme dans ses chansons et l’exprime ici avec un piano peu loquace et une mélodie introspective. Sincère ou non, on peut se le demander, mais la démarche est louable. Enfin, « We’re Only People (And There’s Not Much Anyone Can Do About That) » retrouve toute la verve musicale de Father John Misty avec quelques échos de John Lennon pas désagréables. Un titre en forme de calumet de la paix, d’apaisement qui clôture le disque en beauté.

Father John Misty  God's Favorite Customer Band 2

Ce quatrième effort de Father John Misty est une plongée dans une sorte de thérapie, d’exorcisme de ce qu’a pu générer une rupture. Des instants peu glorieux, des réflexions sur les relations, des espoirs et des désespoirs. Une mise en abyme des sentiments mais qui semble mûrement réfléchie. Ce n’est pas un cri de détresse mais une présentation factuelle. C’est un peu ce que l’on pourrait reprocher à Tillman : son attitude est tellement franche qu’elle en paraît calculée. L’égo qui crie plus fort que l’artiste lui-même en fin de compte. Son approche qui semble d’intellectualiser tout cela peut desservir son propos. Mais ne faisons pas la fine bouche, n’intellectualisons pas nous-mêmes l’interprétation que l’on peut en faire, et apprécions cet album quasi parfait à sa juste valeur.

https://fatherjohnmisty.com/

 

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