Father John Misty – Chloë And The Next 20th Century

Chloë And The Next 20th Century
Father John Misty
Bella Union
2022
Father Fred Funky Natuzzi

Father John Misty – Chloë And The Next 20th Century

Father John Misty Chloë And The Next 20th Century

On ne peut que reconnaître l’éclectisme musical de Josh Tillman, alias Father John Misty. On pensait savoir à quoi s’attendre avec lui : des morceaux pop folk très seventies, avec une analyse acérée de la société américaine de nos jours alliée à un sarcasme intrigant et un regard sur lui-même assez narcissique mais contrebalancé par un humour ravageur. Ce cinquième album, Chloë And The Next 20th Century prend le contre pied. Quatre ans après l’excellent God’s Favorite Customer, Father John Misty nous délivre un album qui… ne parle pas de lui ! Une collection de vignettes cinématographiques qui font penser à l’âge d’or du cinéma hollywoodien. Entendez par là que la musique swingue comme dans les années 50, qu’on y trouve aussi de la bossa nova, et que finalement, le style qu’avait imposé Tillman pendant quatre albums a disparu. Pourtant, la patte de Father John Misty reste inimitable. Il se transforme ici ou là en crooner, se réinventant tout en mettant en perspective notre époque. Pour ce faire, il a fait appel une nouvelle fois au producteur arranger compositeur Jonathan Wilson, a réuni un grand orchestre et nous présente le tout dans un grand écrin luxueux. Father John Misty ne fait pas les choses à moitié.

Dès le premier morceau, « Chloë », l’auditeur est projeté dans les années 40 à grands coups de piano et de cordes, comme une vieille comédie musicale qu’on aurait déterrée. À ce jeu de remise au goût du jour, je dois dire que je préfère largement la folk de Lord Huron qui réhabilite la folk country avec un brio exceptionnel dans leur dernier album Long Lost. La voix de Father John Misty est cristalline, toujours aussi charismatique, au service de ses personnages (pour une fois !). L’arrangement grand orchestre surprend, n’est pas désagréable, mais tranche avec les efforts précédents.  La folk réapparaît avec « Goodbye Mr Blue », trop proche d’un « Everybody’s Talkin’ » d’Harry Nilsson, et pourtant si agréable. Le changement d’époque est soudain, alors la cohérence musicale en prend un coup. Mais c’est là où personnellement j’aime Father John Misty. Du coup, j’aurai peu d’occasion de vraiment aimer cet album. « Kiss Me (I Loved You) » retrouve un arrangement d’orchestre crooner jazzy, qui fait penser à « I Love You Honeybear » du second album du même nom. « (Everything But) Her Love » est un peu surchargé à mon goût pour convaincre et on perd relativement la voix de Tillman dans cette vignette. « Buddy’s Rendezvous » commence comme « If You Don’t Know Me By Now » d’Harold Melvin & The Blue Notes, reprise avec brio par Simply Red. Un peu de saxophone saupoudre le titre, ambiance jazz désenchantée, avec un Father John Misty en état de grâce. Ce titre peut être l’exemple de ce qui aurait donné un grand album si l’ensemble avait suivi.

Father John Misty Chloë And The Next 20th Century Band 1

« Q4 » s’embarque dans une pop baroque au clavecin, comme une bande originale des années 60. L’arrangement est soigné, se permet même un interlude digne de George Martin, et plein de fantaisie. Finalement, le timbre de Father John Misty gomme ses accents Elton Johnesque et révèle mieux sa palette vocale personnelle. Puis vient… une bossa nova. Il ne se refuse décidément rien et il n’a surtout peur de rien. « Olvidado (Otro Momento) » nous demande d’enfiler notre smoking dans un arrangement classieux, un brin stéréotypé et chanté en partie en espagnol. On retrouve la comédie musicale avec « Funny Girl » (rien à voir avec Barbra Streisand), pour une ballade jazzy surannée et qui peut ennuyer. « Only A Fool » enchaîne avec un arrangement qui mixe la country avec le grand orchestre. Le résultat peine à retenir l’attention. Le début de « We Could Be Strangers » est peu engageant, mais le traitement de la voix de Father John Misty éveille la curiosité. L’ampleur de l’arrangement rappelle aussi le dernier album de Other Lives, For Their Love, ce qui rejoint la folk, une très bonne chose. Enfin, les sept minutes de « The Next 20th Century » nous ramène à ce qui fait l’essence de Father John Misty : une narration exceptionnelle mêlant ici les nazis et Val Kilmer ainsi qu’une orchestration surprenante dont un passage avec castagnettes et le retour d’une guitare électrique. On ne sait pas où l’on va et c’est peut-être mieux comme ça. Tout l’album est un gigantesque rêve avec sa propre logique. Ce dernier titre est une errance et tranche ainsi avec le reste.

Father John Misty Chloë And The Next 20th Century Band 2

Chloë And The Next 20th Century n’est pas un album facile. On balance de vignette en vignette sans avoir une idée d’une trame, sans repères. On se réveille dans les années 40 avec un grand orchestre, puis c’est la comédie musicale, puis encore une folk référencée, avec pour seule ligne de vie la voix de Father John Misty qui se déguise en crooner pour mieux nous perdre dans ses sauts dans le temps. Un album qui divisera, qui n’est pas pour tout le monde, y compris les fans du chanteur brumeux. Mais il force le respect en étant un artiste libre, seul maître de son univers à la fois baroque et pop où il se promène délibérément sans attaches. Le suit qui veut bien se perdre avec lui dans ses voyages à remonter le temps, histoire de se dire que notre vingt et unième siècle est le même que le précédent et que finalement, rien ne change.

https://fatherjohnmisty.com/

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