Dr John – Things Happen That Way

Things Happen That Way
Dr John
Concord Records
2022
Fred Natuzzi

Dr John – Things Happen That Way

Dr John Things Happen That Way

Malcolm John Rebennack Jr, alias Mac Rebennack, alias The Nite Tripper, alias Dr John, est une figure emblématique de la Louisiane et plus particulièrement de la Nouvelle-Orléans, reprenant à son compte le folklore vaudou et créole de la région en le mélangeant au blues, au funk, au R’n’B et au jazz afin de créer un gumbo fusionnel et passionnant qui l’a porté du début des années soixante jusqu’en 2019, à son décès. Écouter un disque du bon docteur, c’est se retrouver avec une prescription de bonheur, s’échapper au travers des notes de son piano envoûtant, sa bonhomie et son jeu absolument fabuleux et aller visiter des répertoires connus mais réappropriés ou s’installer dans son univers où le bayou est roi. L’alligator n’est jamais loin, prêt à mordre, mais on est toujours en bonne compagnie. Le dernier album de Dr John était un hommage (réussi) à Louis Armstrong et on pensait en rester là. Eh bien pour notre plus grand plaisir, ce n’est pas le cas. Un dernier album a été enregistré par le bon docteur quelque temps avant sa mort, et c’est un opus orienté country qui nous est proposé. Bien entendu, il ne s’agit pas de country pure et simple, ce serait mal connaître notre bon docteur. Ce sont des morceaux qu’il a toujours voulu reprendre, mais à sa manière, histoire de nous surprendre une dernière fois. Mêlés à des titres originaux, Things Happen That Way offre une dernière échappée dans l’univers de Dr John, avec cette voix inimitable et ce touché miraculeux.

La reprise de Willie Nelson, « Funny How Time Slips Away », ouvre cet ultime recueil et passée l’émotion de retrouver la voix de Dr John, on est happé directement dans un mélange jazz gospel qui aurait si bien convenu à Harry Connick Jr, lui aussi originaire de la Nouvelle-Orléans. Le sax, la trompette et le trombone nous ramènent à cette chaleur du sud américain où le temps s’arrête. Et pourtant, c’est drôle la façon dont le temps nous échappe comme le chante si profondément Dr John. Hank Williams Sr est mis à l’honneur avec « Ramblin’ Man » au groove totalement Dr John. Un bonheur. Quitte à reprendre un de ses titres, autant l’inviter ! Willie Nelson (qui sort A Beautiful Time, son 72ème album à 89 ans !) chante donc avec Mac sur « Gimme That Old Time Religion » un chant traditionnel retravaillé ici à la sauce New Orleans. Son fils Lukas est aussi présent avec son groupe Promise Of The Real pour la reprise de « I Walk On Guilded Splinters » qui apparaissait sur le premier album de Dr John, Gris-Gris. Toujours aussi hypnotique, ce morceau nous emmène faire un tour auprès des zombies des bayous.

Dr John Things Happen That Way Band 1

Hommage à nouveau à Hank Williams Sr avec « I’m So Lonesome I Could Cry », cette fois-ci réellement reprise façon country. Dr John n’a jamais chanté autant dans les graves et on pense inévitablement à Johnny Cash. « End Of Line » retrouve ce feeling nonchalant du sud en compagnie d’Aaron Neville et Katie Pruitt pour une chanson à la base écrite par George Harrison, Jeff Lynne, Bob Dylan, Roy Orbison et Tom Petty, excusez du peu, qui formaient les Travelling Wilburys dans les années 80. Place aux compos originales avec « Holy Water » où la voix de Katie Pruitt apporte ce feeling country très complémentaire au son New Orleans, avant un fantastique « Sleeping Dog Best Left Alone » où le mélange country, R’n’B et New-Orleans est en tout point réussi. « Give Myself A Good Talking To » l’est tout autant, montrant un Dr John serein et groovy. Enfin, « Guess Things Happen That Way » clôt cet ultime album par une émouvante reprise country où le docteur parle de l’inexorabilité des choses. Une belle manière de refermer le livre d’une carrière pleine de rebondissements personnels et musicaux, qui aura marqué l’histoire de la musique américaine.

Dr John Things Happen That Way Band 2

Things Happen That Way est donc un hommage à la musique que Dr John écoutait dans les années cinquante et soixante mais aussi une manière de synthétiser tout ce dont il a été capable de créer au fil de ces années. À la fois country, blues et jazz, imprégné de la culture de la Nouvelle-Orléans, cet opus montre à nouveau l’importance qu’a eu Dr John pendant quasi soixante ans. Méconnu en France, il mérite d’être (re)découvert. Avec un back catalogue impressionnant, nul doute que ses albums vous feront tomber amoureux de cette culture et que vous irez piocher quelques pépites dans l’un de ses opus.

Coup-de-Coeur

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