Deftones – Koi No Yokan

Deftones – Koi No Yokan

Pour ma centième chronique (car c’est un fait de la plus haute importance non ?), je fais dans la surprise, celle que je n’avais absolument et vraiment pas vu venir. Ecouter Deftones maintenant, à mon âge, c’est se projeter en arrière, du temps de ma jeunesse, celle du collège ou du lycée, je ne suis plus sûr de rien, celle où on se cherche musicalement en même temps qu’on explore sa tenue vestimentaire et ses « shoes », comme le premier penchant de caractère et d’idéologie. Deftones, ce sont des souvenirs, une manière de se démarquer, un moyen de draguer les filles, enfin bref, l’époque de Korn (Pouah !), Limp Bizkit (deux secondes, je vais vomiiiirrbeuharghl…), du nu-metal et de ces hordes en short/baskets Puma (tu m’étonnes, c’est vraiment être à poil, un truc pareil). Seul Deftones a su tirer son épingle du jeu et proposer quelque-chose de plus mélodique, où l’émotion portait un souffle quasi épique. Souvenirs, souvenirs, mais jamais la bande à Chino Morino n’a réellement déçu. Ils ont gardé le cap, pris des risques, au lieu de se rouler dans la fange la plus crasse et opportuniste. Trop dur pour du rock, trop mou pour du metal aussi.

« Koi No Yokan », dernier en date a soulevé en moi une vague d’émoi teintée de nostalgie, celle d’une production parfaite entre rock, new-wave et metal, d’une symbiose guitare/basse/batterie jamais démentie et frisant ici la perfection, des atmosphères mélancoliques colorées d’électronique discrète. Et puis, il y a Chino, sa voix, chaude, sensitive, palpable, et d’une grande justesse atmosphérique. Une des plus belles performances de sa carrière. On ne retient pas de titres en particulier, « Koi No Yokan », c’est une mélodie générale, un rock alternatif semblant avoir été pistonné et secoué dans un bocal metal. Remarque, une guitare huit cordes sous-accordée, ça ajoute un accent bien lourd comme un frigo.

Mais ces chapes d’ambiance amènent quelque-chose de plus sensuel, d’organique et de subtil. Caresser l’épaule de sa bien-aimée fraîchement dénudée, observer une nudité avec candeur, de la naïveté presque, sentir une peau fraîche, un désir tactile innocent. C’est regarder aussi la pluie s’abattre sur la fenêtre du velux, et dont on ne peut détacher son regard. C’est une beauté simple mais percutante, une manière de sentir et de percevoir la vie. Une timidité qui se brise embrassant l’existence, une poésie qu’on n’arrivera jamais à articuler de manière intelligible. C’est mon entourage, des amours naissant, perdurant, se brisant, se liant, se déchirant, renaissant autour d’un verre, sous un abribus, dans une intimité factice ou réelle. « Koi No Yokan » rappelle ceci à l’esprit en une mosaïque d’instantanés. Il me remémore mon passé tout en me tirant vers l’avenir, au-delà de cette pluie à cette fenêtre.

C’est l’une des plus belles surprises de l’année, en dehors d’un style qui ne m’inspire (vraiment) pas, sauf de la crainte, si on se dit que sa qualité en est presque logique et naturelle. En d’autres termes savants, on appelle « Koi No Yokan » un coup de cœur.

Jérémy Urbain (8/10)

http://www.deftonesworld.com/

Koi No Yokan
Deftones
2012
Reprise Records

Un commentaire

  • Dany Larrivée

    Salut Jéré, en parcourant la catégorie du genre sur lequel j’écris le plus (le djent, le metalcore et le prog metal), j’ai regardé les anciennes entrées du genre. Je suis tombé sur ta revue de Deftones. Je ne peux pas être sans réaction. Je suis un fan fini des Deftones et surtout de cet album. Quel chef-d’oeuvre. Et le prochain album qui arrive dans quelques mois!!!!!!!!!!!!!!! Je suis excité comme un écolier devant son premier soutien-gorge à dégrafer! Ton papier est encore brillant et empli de poésie, ce qu’il faut à la bande de Chino! Tu as saisi l’essence de cet album, totalement. Et puis, pour la petite histoire, je sais un détail qui te charmera sûrement. Sais-tu ce que veut dire «Koi No Yokan»? Cela est l’expression japonaise pour définir «le premier qui tombe en amour au premier regard». Ça tombe sous le sens, n’est-ce pas, lorsque l’on connaît cet album? Surtout lorsque l’on écoute les paroles de «Leather» et qu’on a l’impression que la plus belle femme du monde laisse tomber sa bretelle pour libérer le plus beau sein du monde à notre cerveau charnel et notre cœur sensuel? En ce qui me concerne, savoir ce que voulait dire «Koi No Yokan» m’a fait saisir l’album davantage. La seule déception dans tout ça, c’est que «Eros», l’album qui aurait du suivre celui-ci si Chi Cheng n’était pas mort, n’a jamais vu le jour. J’ai écouté sur YouTube la chanson «Smile» qui devait y figurer : du pur génie (encore). Au plaisir Jéré!

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