David Robert Jones a jeté bas le masque de Bowie

Bowie

David Robert Jones, le mortel qui se cachait derrière les multiples visages de l’arlequin David Bowie, nous a quittés. Son enveloppe terrestre a abandonné un artiste dont la présence, l’aura et le génie auront accompagné près d’un demi-siècle de musique populaire et contemporaine. Bowie allait plus vite que la musique. Véritable éponge – est-ce pour cela qu’il devait participer cette année à la création d’une comédie musicale sur Bob l’Eponge ? – des sons et des modes balbutiants, David les régurgitait sous des formes et des structures sublimées annonciatrices de tendances qu’il avait toujours plaisir à dépasser.

Ziggy Stardust, Halloween Jack, The Thin White Duke, etc., le caméléon Jones change d’apparence comme il transmute son style musical. Aimé un jour, rejeté le lendemain, haï par certains (notamment pendant sa troublante période berlinoise), il irradie également le cinéma et le théâtre : L’Homme qui venait d’ailleurs, Les Prédateurs, Elephant Man (sur les planches à Broadway), Moi, Christiane F. (où il joue son propre rôle, film transcendé par le titre « Heroes »), Labyrinth, l’immense Furyo de Nagisa Ōshima, le rôle d’Andy Warhol dans Basquiat, la comédie musicale Lazarus qu’il venait de créer, sont autant de marqueurs de sa boulimie protéiforme. Touche-à-tout, il s’essaiera également à la peinture, la sculpture et la photographie.

Quel que soit le style musical que l’on apprécie le plus, que l’on aime la pop ou l’avant-garde, le rock ou le jazz électro, le prog ou la techno, la soul ou l’indus, il y a toujours un album de Bowie à associer à ses plaisirs sonores. Qui a vu ce magicien sur scène, toujours entouré de musiciens au talent indéniable et souvent originaux, en gardera à jamais l’image d’un chanteur et d’un showman d’exception.

Se sachant sans doute condamné par un cancer qui le rongeait depuis de longs mois, cet infatigable inassouvi avait récemment resurgi d’un long silence, prenant encore tout le monde à contre-pied avec un dernier album sorti le jour de ses 69 ans, le prophétique Blackstar, tournant « ses compositions vers l’avenir en les revêtant de l’élégance du passé ». De la sorte, David Robert Jones est sorti de scène comme seuls les géants savent le faire, marquant de son passage terrestre les évolutions d’un monde halluciné où seul le temps peut être le vainqueur…

« Time – He’s waiting in the wings
He speaks of senseless things
His script is you and me, boys… »

Henri Vaugrand
Pour la rédaction de Clair & Obscur

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