Cydemind – Erosion

Cydemind - Erosion

Le groupe de Montréal Cydemind est le fruit d’une rencontre particulière. Comme ses membres l’annoncent eux-mêmes, il s’agit de la rencontre d’un violon avec le métal progressif instrumental ! Voilà une belle singularité qui force la curiosité. Imaginez en effet, le croisement de Symphony X, Dream Theater ou Haken avec Kansas, un soupçon d’Apocalyptica (en format réduit, les violoncelles étant ici remplacés par un unique violon), mais aussi d’un zeste de jazz, et d’une bande de musiciens à la formation classique avérée (en particulier le claviériste Camille Delage et le violoniste Olivier Allard). Formé en 2011, le combo québécois sort son premier album, Erosion, après un EP (Through Mists And Ages, 2014) et un single (What Remains, 2015) qui ouvre d’ailleurs cette première œuvre complète. Si Through Mists And Ages ne restera pas dans les annales, notamment à cause d’un enregistrement et d’une production loin de mettre en valeur la qualité des compositions, le titre « What Remains » (voir la vidéo ci-dessous) donne une bien meilleure impression et constitue une superbe entrée à cet(te) Erosion.

Cydemind rassemble bon nombre des caractéristiques du genre « metal », avec notamment l’utilisation de guitares 7 cordes, basses 6 cordes, etc. Mais il y ajoute une singularité héritée du rock progressif avec un violon (électrifié et non électrique) qui remet en mémoire quelques illustres prédécesseurs : Kansas, bien entendu, mais plus encore King Crimson, Roxy Music, UK, Curved Air (tiens, quatre groupes avec Eddie Jobson, vous comprendrez ainsi ma curiosité), et chez les Français, Atoll, Magma ou Mona Lisa (ce qui augmente encore mon intérêt). Ajoutez-y le Mahavishnu Orchestra, Frank Zappa et, en cherchant un peu, une kyrielle d’autres formations ayant adopté l’instrument de Stéphane Grappelli, et vous comprendrez que nouveauté ne rime pas forcément avec primauté !

Cydemind - Band

Néanmoins, le talentueux quintet nous offre une bien belle galette, riche en vitamines, pétrie à l’inspiration, saupoudrée de ces parcelles d’originalité qui font la différence avec les productions stéréotypées qui abondent en ces temps musicaux manquant souvent de souffle. Qui plus est, Cydemind a eu la bonne idée de confier l’enregistrement, le mixage et la coproduction à un de ceux qui montent dans le monde du metal, Chris Donaldson (également guitariste dans Mythosis, puis Cryptopsy), et cela s’entend ! Le son est puissant, équilibré, faisant bien ressortir toutes les nuances des compositions. Autre élément important : la qualité de l’artwork avec cette belle pochette réalisée par le batteur, Alexandre Dagenais. Et comme le garçon est décidément bourré de talent, on trouve à l’intérieur du livret ses petits textes poétiques qui donnent une possible interprétation de chacun des six titres de l’album. Riche idée, et de belles tournures qui invitent à se plonger dans le monde imagé de Cydemind (« Le souffle est brûlant, fiévreux, mouillé / Il suinte des perles acides, des larmes belliqueuses », sur un « Derecho » montant lentement en puissance). D’ailleurs, l’ensemble des textes, et donc de l’ambiance, a quelque rapport avec une réflexion profonde de Cydemind sur notre civilisation (et la réflexion que nous pouvons mener sur nous-mêmes), mais surtout sur la persistance de la nature à travers le temps. Ainsi, « What Remains » et son développement sur un monde post-civilisationnel et sans doute post-humain. Ou encore « Tree Of Tales », dont on se demande s’il n’évoque pas l’arbre de la connaissance du Livre de la Genèse…

« Red Tides » permet à Camille Delage de montrer ses talents (notamment grâce à un synthétiseur aux sonorités futuristes), de même qu’à Kevin Paquet et ses judicieuses interventions aux guitares. Le violon d’Olivier Allard et le piano de Camille distillent de belles mélodies sur « Stream Capture », accompagnés par une guitare acoustique chatoyante et la basse ronde et suave de Nico Damoulianos, avant que la guitare électrique de Kevin ne vienne apporter une touche plus métallique à l’ensemble. Enfin, l’épique « Erosion », avec ses 27 minutes et 19 secondes, vous emportera dans une succession de styles et d’ambiances qui prouvent la maestria du groupe (Alexandre Dagenais montre ainsi que metal prog ne rime pas forcément avec double pédale de grosse caisse à outrance), du prog metal de haut-vol susceptible de ravir les progheads !

Avec Erosion, Cydemind réalise un premier album réussi. Pourtant, quelques défauts mineurs peuvent être relevés : ici ou là, quelques longueurs (et pas forcément sur l’épique final), des sons de claviers futuristes que certains n’apprécieront pas forcément (personnellement, ils me conviennent parfaitement et font preuve de l’ouverture musicale du groupe), l’absence d’un chant qu’on aimerait entendre apparaître à certains moments (même si le violon est un peu le lead singer de Cydemind). Rien de grave au final, juste des pièges éventuels dans l’optique d’un deuxième album dont on attendra forcément beaucoup, vu le niveau qualitatif de ce premier véritable essai transformé : Erosion.

Henri Vaugrand

https://www.facebook.com/Cydemind/

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