Complot contre le Vinyle

Complot contre le Vinyle
1983
Pascal Bouquillard

Complot contre le Vinyle

complot contre le vinyle band2

On nous ment !! On nous cache la vérité : La terre est plate, les Américains ne sont jamais allés sur la lune, 9/11 a été fomenté par le gouvernement, les démocrates mangent des bébés et les Italiens ont modifié les votes des dernières élections américaines en empruntant les rayons laser qui servent à déclencher les feux en Californie. Bon, tout ça, je ne suis pas sûr, y paraît que c’est possible. En revanche, en ce qui concerne les disques Vinyles et les CDs, là, je suis certain de ce que j’avance ; j’étais là, j’ai tout vu : on s‘est fait rouler ! Je m’explique :
En 1983, Yves Mourousi ou Roger Gicquel ou Pépé des Haches ou une autre de ces têtes de listes qui sévissaient sur nos petits écrans nous annonce fièrement que le 21ème siècle est à nos portes et que l’industrie du disque ne sera jamais plus la même, car Phillips a mis au point un nouveau média de la plus haute fidélité et absolument indestructible (engagez-vous, rengagez-vous qui disait). C’est nouveau, ça vient de sortir, c’est de la science fiction. Y’a qu‘un petit problème : le lecteur coûte la peau des fesses et il faut racheter toute ta discothèque «  au fur et à mesure de l’usure des sillons » (je cite l’extrait retrouvé sur You Tube que tu trouveras ci-joint). Moi, un peu couillon, je regarde ma collection de vinyles avec un dépit mâtiné d’amour contrarié et je résiste quelques années (toi aussi ?). Jusqu’en 1987 exactement, après la sortie de Big Generator de Yes. Il faut dire que je ne devais pas être le seul à résister parce que vraiment mon gars, tu vas pas me faire croire que les pochettes microscopiques et donc illisibles, le boîtier en plastique auto-pété dans lequel se promène et s’abîme le disque laser, avant même que tu aies enlevé la cellophane de « protection », c’était ton truc toi ?! Bin non, évidemment. Fallait donc nous convaincre. Pas de problème qui z’on dit dans les hautes sphères, on a la solution pour convaincre les vieux ringards (à l’époque je n’étais pourtant pas si vieux). Note bien que, là aussi, j’ai les preuves, même si je n’ai pas les noms des escrocs, car les étiquettes de la FNAC font foi : Jusqu’en 1980 un album coûte entre 37,5 francs et 50 francs, après 1983 il coûte entre 58 francs et 88 francs. (Petit cours d’économie pratique appliquée : si t’es trop jeune pour avoir connu les francs, tu remplaces francs par euros et t’auras une idée, car le coup de la vie a été multiplié par un peu moins de 7, depuis.). Rhoooooo t’exagères, c’est l’inflation, le choc pétrolier, l’arrivée au pouvoir de Mitterrand ! Arrête de maltraiter ces pauvres mouches avec ton appendice reproducteur ! (tu te rends compte, la vie de ces pauvres bêtes !).

complot contre le vinyle band1

D’accord. Mais alors l’épaisseur ridicule de mon vinyle Big Generator de Yes sus-cité, c’est quoi ? La pénurie de matière première causée par la hausse du prix du pétrole ? Et les CDs, ils sont fait en bronze je présume ? Quoiqu’il en soit, entre le son merdeux de mon album de Yes aussi épais qu’une feuille de PQ simple couche et le son du CD de la 2ème symphonie de Rachmaninoff que ces traîtres de la FNAC me laissaient écouter avenue Wagram, j’ai fini par craquer. J’ai acheté mon lecteur CD avec mes pauvres économies et l’enregistrement de cette symphonie pour la modique somme de 120 francs (ouais mon tout beau, l’équivalent de 20 euros, et dans les années 80, ça fait mal 120 francs). Ensuite tout est à l’avenant. Quand tu as mis le doigt dans l’engrenage, t’es comme moi, hein ? T’as tout racheté et puis tu continues, en oubliant les vinyles sur une étagère. Progressivement tu ne sais plus qui joue, qui a enregistré, qui a produit et quelle est l’histoire ? Progressivement, l’obscurité prend le dessus. Le CD t’a laissé hébété, car il n’a pas la noblesse du vinyle. Il est comme une magnifique fleur sans sa tige et sans odeur. Il lui manque la racine, le support, la parure. Ajoute à ça, la fragilité (car, oui, too bad ! Il n’est pas indestructible ton CD et quand il est rayé, il faut le foutre à la poubelle) et le fait que la grande majorité des enregistrements est analogique (vendu avec souffle donc), tu verras qu’il ne reste pas grand-chose de l’extraordinaire avancée technologique qu’on t’avait vendu. L’erreur a été de poursuivre la course en avant au lieu de revenir sagement en arrière : Nous voilà à l’air du MP3. Encore une invention géniale qui te pète à la gueule pour pas un rond. Ah bin oui, c’est pratique les MP3, tu convertis tes CDs, tu les transfères dans ton lecteur et tu as toute ta discothèque à disposition, partout où tu es. Bon, faut acheter l’ordinateur et un nouveau petit lecteur qui va avec (merci Apple et son IPod) et le tour et joué. Mais encore une fois, c’est à toi qu’on a joué un tour mon Pascalounetichon car tu sais que les MP3 sont 10 fois moins fidèles que le support CD, mais tu t’en fous, parce que tu ne te souviens plus que tu avais opté pour le CD à cause de la qualité sonore, au détriment de tout le reste. (Il est pas mignon à écarquiller les yeux en tirant la langue et en donnant la patte !).

complot contre le vinyle band3
Je passe sur le streaming au son de merde qui sous-paye les artistes et doucement t’impose ses choix, pour en venir au tout nouveau format, «  le streaming haute fidélité » des Tidal et bientôt Apple music. Je te jure que j’ai encore failli me faire avoir, j’y ai pensé, j’ai failli considérer un abonnement « pour voir ». Ah ça mon vieux, quand on est con, on est con et ce n’est pas moi qui le dit, c’est le grand Brassens sur un de mes vieux vinyles. Tiens, en parlant de mes vieux vinyles, ils sont où ? Et ma vieille platine Technics ? La vache dit donc, elle fonctionne toujours ! Bon, mes albums craquent un peu, surtout les derniers pressages des années 80 (bande de voleurs !), mais globalement ça le fait et puis mettre un disque, écouter une face, ça a quelque chose d’humain, aux antipodes des playlists interminables qui te « Spotify au forceps les découvertes de la semaine dans la tête ». J’ai remis mon matériel hifi à l’honneur dans le salon, j’ai repris les chemins de mon disquaire et figure-toi que celui-là a survécu. Ils n’ont pas tous eu cette chance, mais il te reste toujours Discogs si tu n’as rien aux alentours.
Pour finir, permets-moi de partager deux bonnes nouvelles : grâce au regain d’intérêt du public pour le vinyle, les compagnies de disques recommencent à presser des albums en qualité «  audiophile ». Ça s’invente pas mon vieux, nous revoilà aux pressages 180 grammes / 200 grammes sur des vinyles qui sont rigides et aussi épais que ceux des années… 60 ? C’est ça, le progrès mon bonhomme. Et la deuxième bonne nouvelle ? En 60 ans, la qualité des lubrifiants a aussi beaucoup progressé : ça fait moins mal.

https://www.discogs.com/

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.