Boris Lelong – Incubation

Incubation

Il est assez difficile de parler d’une œuvre dont on connait à la fois les coulisses et le compositeur, les différents moyens d’y parvenir comme les libertés inhérentes au style ainsi que leurs limites propres. Choisir ses mots quand on évoque de la musique électronique à tendance « ambient » revient parfois à se lancer, avec plus ou moins de bonheur, dans de la poésie improvisée du dimanche. Alors quand il s’agit de le faire avec une personne qu’on fréquente depuis longtemps, et avec laquelle on partage un certain bagage culturel et musical, c’est carrément « Voyage au centre de la Terre » ! Même si, avec le recul, il n’est pas pas si bête d’en faire un parallèle. L’univers de Boris Lelong est un monde sur lequel il est difficile de poser des mots, aussi élémentaires soient-ils. Tout simplement que son affaire n’en nécessite pas dans l’absolu. Sa musique est plutôt comme un panorama sans fin, un long et lent traveling sur des paysages imaginaires. On s’en approche, on peut même le toucher, s’y installer pour en ressentir les innombrables douceurs, prendre une profonde inspiration pour mieux y déambuler, avec une flore qui semble s’agiter sur notre passage, et tendre ses doigts végétaux dans notre direction.

On n’enlèvera jamais à Boris sa finesse de composition et d’expression, son travail du détail, du millimètre sensitif. Du field recording soyeux (fait d’ambiances naturelles enregistrées par l’artiste au coeur de Madagascar) au bourdonnement quasi « acouphénique », on ne se sentira jamais agressé par l’atmosphère qu’il génère, mais plutôt accueilli, recueilli presque, invité par des sonorités électroniques qui tiennent davantage de la chaleur humaine que de la rigueur technologique, par ailleurs inutile. C’est une ambient avant tout fine et émotive, un effacement des murs, un relâchement des muscles, un apaisement total. Maintenant, cela étant dit, jamais toi, lecteur, tu ne pourras écouter « Incubation » ou aucune autre compositions de Boris Lelong « normalement ». Ce nouvel album est un plan séquence de presque 80 minutes, sans montage, sans coupure, qui se laisse couler et dont les attaches ou les repères sont absents. On ne sait jamais quand on approche de sa moitié ou de son final.

Tu ne l’écouteras jamais dans les transports en commun, sur ton baladeur MP3 au son compressé, tu ne le feras pas découvrir à tes amis blasés au cours d’une soirée bière. Non, il te faudra prendre le temps de l’immersion en solitaire, de l’écoute attentive ou détachée. « Incubation » est une expérience intérieure et intime. L’ensemble se vit dans sa détente, son délassement, voire sa torpeur, pour voir se révéler la myriade de détails quasi-microscopiques qui apparaissent subitement, en écho, traces haptiques, ou qu’on déduit une fois celles-ci disparues. En cela, « Incubation », ou des pièces antérieures comme les sublimes « Everyday Flower » et « Perdide » (LA véritable bande-son du film « Avatar » !), sont des œuvres complètes et environnementales, douces et néanmoins intransigeantes, tels certains travaux des incontournables Robert Rich ou Alio Die.

Oui, les seuls mots pour retranscrire ce flux continu de liberté cinématique et le lot d’émotions aléatoires qui l’accompagne sont vraiment bien peu de choses. Aussi, nous ne voyons pas l’intérêt de continuer à taper plus longuement sur nos claviers. On s’arrête donc là, seulement à écouter et à contempler, sachant que chacun, tout comme vous, se fera son propre film intérieur. Passionnant !

Jérémy Urbain & Philippe Vallin (8,5/10)

http://www.borislelong.fr/musique/ambient/

Ecouter/télécharger l’album dans son intégralité :

http://borislelong.com/works/incubation/

Incubation
Boris Lelong
2013
Autoproduction

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *