Believe – Seven Widows

Seven Widows
Believe
Music And More Records
2017
Thierry Folcher

Believe – Seven Widows

Believe-Seven Widows

Ces dernières années, certains pays sont devenus de formidables porte-étendards de la musique progressive, bousculant une hiérarchie outrageusement dominée par l’Angleterre et, à un degré moindre, par l’Italie. Les groupes scandinaves et bataves, par exemple, ont su renouveler le genre en amenant une part de leurs cultures et beaucoup d’idées foisonnantes qui ont su convaincre un public de plus en plus large. Néanmoins, il faut bien le reconnaître, on assiste maintenant à un certain essoufflement créatif et à la publication de productions qui procurent plus d’ennui que de plaisir. Donc, c’est depuis d’autres contrées que nos oreilles ont capté des signaux prometteurs qui, sans scrupule aucun, se délectent maintenant de nouveautés russes, ukrainiennes ou polonaises, beaucoup plus innovantes. Les douces mélopées des Iamthemorning, Karfagen, Riverside, Lunatic Soul ou encore Believe, ont su conquérir un public international et sont régulièrement saluées par les médias. Cette chronique est consacrée à l’album Seven Widows enregistré en 2017 par les polonais de Believe, un groupe formé par le guitariste Mirek Gil, déjà présent au sein de Collage au début des années 90, puis de Satellite dans les années 2000. Ce que l’on perçoit en écoutant les albums de ces trois groupes, c’est le sens inné de la mélodie insufflé par les chorus de guitare de Mirek. Notre bonhomme est maintenant un sacré baroudeur de la six cordes et peut avoir sans peine sa place auprès des Gilmour, Latimer ou Rothery.

L’aventure Believe commence en 2006 avec Hope To See Another Day, un honnête album où s’installe aussitôt cette dualité entre la guitare de Mirek et le violon de Satomi. Les disques suivants vont marquer une belle progression tant au niveau des compositions qu’au niveau de la production. On retiendra Yesterday Is A Friend en 2007, beaucoup mieux maîtrisé et The Warmest Sun In Winter en 2013, pour l’instant la référence du groupe avec un formidable « Unborn/Turn Around » où le son plaintif de la guitare de Mirek est éblouissant. Cette référence sera-t-elle contestée par ces fameuses « Sept Veuves » qui débarquent quatre ans plus tard ? Pas vraiment car ce sixième album studio ressemble plutôt à un hommage appuyé aux racines du groupe et même à celles de Collage. Autour de Mirek Gil, on retrouve l’inamovible Satomi qui s’octroie également les claviers ainsi que Przemyslaw Zawadzki (pas mal les noms polonais!) à la basse, tous deux seuls survivants du line-up d’origine. Le chant est confié à Lucasz Ociepa et la batterie à Robert Kubajek. « Sept Veuves », sept morceaux et sept chiffres pour les nommer. A l’instar de la pochette (très belle), l’ambiance est tournée vers le recueillement, l’abandon et même la souffrance.

Believe-Seven Widows Band 1

« I » commence avec des claviers assez inquiétants tout droit sortis de la série Twin Peaks avant que la guitare nous assène un chorus dont Mirek a le secret. Ce n’est pas compliqué mais ces quelques notes de guitare font décoller le morceau d’une façon déconcertante. Pas besoin d’en rajouter pour capter l’attention et c’est là tout le talent du compositeur Varsovien. La voix de Lucasz Ociepa, sans être exceptionnelle, fait le boulot et le violon de Satomi, comme à son habitude, se calque d’abord sur la mélodie avant de proposer un joli solo. Rien de bien nouveau dans la construction et c’est là que le constat risque d’être moins enthousiaste. Une jolie mélodie et un savoir-faire évident ne vont peut-être pas suffire, la suite de l’album devrait nous renseigner. « II » et « III » continuent sans surprise les mêmes développements avec un chant qui rappelle par moment Anathema. Le lyrisme de la guitare est omniprésent et nous fait vibrer à chaque envolée. Alors, avant d’aller plus loin, une mise au point s’impose. Pour les fans de Believe dont je fais partie, la répétition des schémas n’est pas un problème car l’écoute procure toujours autant de satisfaction. Les changements ne sont parfois pas nécessaires et peuvent même devenir risqués. Ne boudons pas notre plaisir et continuons l’énumération. « IV » se veut un peu plus rythmé et laisse Satomi dominer les débats avec à la fin un éclatant solo de violon. Le ton se durcit encore sur « V », Lucasz Ociepa force un peu sur ses cordes vocales, la batterie devient inventive et Mirek sort de sa zone de confort pour nous offrir le morceau le plus innovant de l’album. « VI » revient vers des contrées plus familières où guitare et violon n’ont jamais si bien sonné. Le final très inventif avec le chant en arrière plan est un grand moment du disque. « VII » termine magistralement ce Seven Widows qui s’avère, en fin de compte, une belle réussite à prendre dans sa globalité comme cette histoire des « Sept Veuves » au destin tragique.

Believe-Seven Widows Band 2

Believe fait partie de ces groupes très attachants qui ne seront jamais sur l’autoroute du star-system mais emprunteront plutôt la contre-allée de l’artisanat où beaucoup de monde vient s’amasser et prendre du plaisir. Seven Widows, malgré quelques faiblesses, possède les atouts de la sincérité et du travail bien fait qui nous amèneront toujours à faire preuve d’indulgence. L’avenir de Believe est désormais entre les mains (douées) de son guitariste pour continuer l’aventure ou, pourquoi pas, faire renaître Collage…

https://www.facebook.com/believeband/

 

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