Art In America – Cloudborn

Cloudborn
Art In America
Autoproduction
2018
Pascal Bouquillard

Art In America – Cloudborn

Cloudborn - Cover

Tu connais l’histoire de cet acrobate qui assure au directeur du cirque où il travaille qu’il peut sauter depuis un plongeoir de 30 m jusqu’à l’intérieur d’une bouteille de Perrier ? Le directeur, abasourdi, le prend au mot, l’acrobate dépose la bouteille de Perrier en bas du plongeoir, monte jusqu’au plongeoir, saute du plongeoir, et s’explose la gueule par terre. Tout cassé, il est sauvé in extremis et se réveille après deux ans de coma. Voyant le directeur du cirque à son chevet, l’acrobate se lève de son lit d’un bond, salut son public imaginaire, en s’écriant triomphant : « Et voilà ! »
Bin l’histoire d’Art In America ressemble un peu à celle de cet acrobate : en 1983 ils sortaient leur premier album, suivi de 35 ans de silence jusqu’à aujourd’hui, où ils sortent leur second album. « Et voilà ! »

Art In America - Band 2
Et moi je l’aime bien cet album. Il y a 35 ans déjà je l’aimais bien d’ailleurs et ce n’est pas parce qu’il est sorti il y a 35 ans, noooon ! C’est parce qu’il y a 35 ans, le premier album ressemblait déjà beaucoup à celui-là et que vraisemblablement, ce que Art In America a écouté depuis leur premier album, je l’ai écouté aussi. Le groupe transpire de ses influences. C’est sans doute une des raisons qui fait qu’on s’y attache, il nous rappelle alternativement Supertramp, Moody Blues, Tony Banks. C’est de la comfort food pour oreilles de progueux.
Chris Flynn – guitare, chant, Dan Flynn – batterie et percussions, Shishonee Flynn – harpe, koto, tambura, chant, sont des musiciens classiques qui sont tombés dans la marmite prog quand ils étaient petits et ils sont très fiers d’être-le-seul-groupe-à-avoir-une-harpe-à-pédales-sur-scène. Il ne s’agit bien sûr pas d’un nouveau moyen de locomotion pour enfants mais bien du modèle d’orchestre de la harpe traditionnelle de notre inénarrable Alan Stivell. Quand je t’aurais dit, cher lecteur, que le premier album était enregistré par Eddy Offord et que le second est produit par David Hentschel (il y joue même du piano et du mellotron), il ne me restera plus qu’à préciser que Tony Levin y joue un peu de trompette bouchée (c’est ça son instrument ? Je ne me souviens plus bien) et tu en sauras autant que moi.

Art In America Band1
Bon, je t’ai parlé d’influences notoires, il va quand même falloir que je développe. « A Tale Of The Unexpected » est un instrumental qui me fait penser à Mike Oldfield (pan ! Une !) époque « platinum ». C’est jovial, ça a la patate, et les chants militaires à la Full Metal Jacket rendent le tout plutôt viril est très différent du reste de l’album (qui est donc moins viril mais tout aussi intéressant, tu l’auras compris). Dès « I Am I », nous revoilà de plain-pied dans l’atmosphère du groupe : la harpe à pédales « dont de laquelle » ch’te causais précédemment, se fait mélodique et introduit ce joli morceau bien pop, à la structure bien carrée et bien efficace tout ça dans un format minute respectant les impératifs radiophoniques dont les radios se foutent, malheureusement, quand il s’agit de ce groupe.
« Someday » me renvoie directement à l’album d’il y a 35 ans. Même voix délicatement mélancolique, même harpe en contrepoint, même mélodie agréable et ample du couplet. Malheureusement le refrain n’est pas tout à fait à la hauteur et laisse un peu retomber la sauce. Le tout est cependant charmant, difficile de rester insensible même si c’est une recette un peu élimée au niveau des coudes. « Drool », se veut un rien country sur les bords ou en tout cas plus ouvertement rock FM « made in USA » et ce n’est pas si Drool que ça (Ok, je sors).
Dans « The New Swami », nos musiciens classiques s’amusent avec les contretemps à la manière de « Keep It Dark » de nos amis de la genèse, il y a près de 40 ans déjà (mon dieu que le temps passe !), mais ça reste sympa : la harpe et le chant s’organisent pour nous faire croire qu’ils sont sur le temps et paf, ils sont sur le contretemps. Après les 16 pulsations réglementaires la batterie y met bon ordre. Voilà un des morceaux qui me fait penser à du bon Tony Banks. « Someone Called My Name » est dans la même verve. Mais cette fois-ci peut-être un petit peu trop yéyé pour moi. Écoute les chœurs du refrain tu vas voir ce que je veux dire par là.
« For Shelly », de l’arpège de guitare à la mélodie et au timbre même de la voix, me renvoie directement à la douce nostalgie des Moody Blues, et une bonne chanson des Moody Blues, même chantée par un autre groupe, c’est toujours bon à prendre ! (D’ailleurs tu devrais réécouter les Moody Blues, y’a des perles !!) « When We Were Young », c’est Tony Banks II, le retour. Décidément ce chanteur serait parfait pour un prochain album de pianiste de Genesis. Couplet et refrain sont ici du même niveau. L’atmosphère est puissante et lyrique. L’instrumental aurait gagné à conserver ce lyrisme mais la mélodie est douce et agréable et la coda final, enchevêtrement d’arpège à la harpe et à la guitare (ou au tambura ?) est délicieuse. Tiens ce coup là, L’introduction de« Facelift » c’est : Les Moody Blues II. Et puis tout à coup ?  Paf ! Autre chose (« and now for something completely different » comme disaient les Monty Python). Finalement le morceau entier jouera sur cette dualité. Sympa.
« Sorry To Say » est peut-être la chanson la plus personnelle de l’album avec de beaux arpèges de guitares en stéréophonie pour cristalliser nos tympans, une belle mélodie, de beaux accords… après tout, a-t-on vraiment besoin de plus ici ? (Non je ne vais pas dire d’originalité !) « Dont Look Down » sonne méchamment prog FM des années 80 (ça existe ça le prog FM ? Oui mais personne ne l’écoutait vraiment à part Asia mais bon, moi je n’écoutais pas) très proche de leur premier album (CQFD) : Upbeat, solo de gratte, choeurs chiasseux… sûrement efficace en concert. (Note de l auteur) : Si tu écoutes au casque, fais attention, à la toute fin, pendant le fade final, aux arpèges de harpe, à droite du mix… non à droite, tourne ton casque ! Très Anthony Phillips, tu ne trouves pas ? Il est fort cet Anthony !!

Art In America Band 3
« No Wonder » me fait furieusement penser à  de Genesis. Il ne manque que le petit riff de guitare qui tient tout le morceau pour être un clone absolu (d’ailleurs il y est au départ à gauche….. si si, écoute). Absolu, certes mais sympathique au demeurant. Comme son modèle, « No Wonder » est une gentille chanson qui finit aussi bien que les contes de fée. Si tu es musicien, chante un sol aigu sur le rythme de « Pigeons » en voix de tête, tu vas voir, ça marche et c’est joli. (En revanche fais ça sans témoin tu risque d’avoir l’air d’être un peu atteint).
« Goodbye My Love » est sans doute la pièce maîtresse de l’album, en tout cas c’est la plus longue et se présente en trois courtes parties. Une rythmique à la « Everybody Wants To Rule The World » de Tears For Fears. L’instrumental en revanche est très Tony Banks (il finit toujours par revenir notre Tony) avec sa belle basse ronflante genre pédale Taurus de Michael Rutherford qui enchaîne sur une ambiance très… «  Smallcreep’s Day » du fameux Michael justement, malheureusement trop vite avortée ou trop peu développée. Le final me transporte vers les albums de Yes, époque collaboration avec les Buggles : Drama et Fly From Here : même accélération, même basse ronflante. Aaaaah lala, ça ne nous rajeunit pas tout ça !!
Moi, j’aime bien Art In America. Ils aiment bien ce que j’aime bien et ils le refont bien. Merci les gars ! Et vous les mélomanes, vous allez me faire le plaisir d’acheter leur album hein ? Parce qu’ils sont tellement raides que la harpiste a dû m’envoyer SON CD et je vais devoir me taper de lui renvoyer pour qu’elle puisse répéter pour les concerts qui approchent. Vous vous rendez compte la misère dans laquelle sont réduits nos musiciens préférés ? A bas Spotify !! A poil Shazam et mort au téléchargement illégal !!

https://www.artinamericamusic.com/

2 commentaires

  • GILLES

    Ravi de constater que mon coup de coeur d’il y a quelques mois se traduise par cette élogieuse et méritée critique. Il y a en effet du yes/genesis/t. banks/a. phillips/etc… et bien d’autres influences prog dans cet album très réussi. Je ne connaissais pas ART IN AMERICA et j’ai donc découvert également l’album de 1985 excellent lui aussi. Difficile de croire que 33 ans séparent ces 2 réalisations.
    Dommage que ce groupe n’envisage pas à priori d’autre album ou mieux encore une prestation scénique.
    Et encore bravo pour vos contributions à mon genre de musique préféré.

    • Pascal Bouquillard

      Tout le plaisir est pour nous Gilles et je te remercie de m’avoir appris que ce groupe avait sorti un nouvel album. Détrompe-toi , la harpiste se prépare pour des concerts. Ca va jouer live!! ( surement pas a coté de chez toi..)

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