Anekdoten – Until The Ghosts Are Gone

Anekdoten Until The Ghosts Are Gone

Quand j’ai décidé de m’atteler à l’écriture de cet article après la vision d’un arc-en-ciel, petit patapon sur un champ, il y a bien fallu que je me replonge dans les affres de la luxure aseptisée de ce truc appelé « prog ». J’y peux rien, mais je crois bien que j’ai contracté une allergie maligne au mot « prog ». Regardez, rien que de l’écrire, j’ai une sorte de mycose abjecte qui me pousse sous la plante des pieds. Mais, qu’est-ce que le « prog » finalement ? C’est vrai quoi bon sang, pourquoi met-on maintenant ce qualificatif à toutes les sauces ? « Metal progressif », « death progressif », « revival-prog », « post-prog », « porn-prog », « crossover-prog », « djent »… On a même droit à du black metal progressif, bordel à foin ! Remplacez par « libéral », ça marche aussi. Mon dieu, mais qu’avons-nous fait pour mériter ça ? C’est quoi ce putain de « prog » ? C’est prendre cet air constipé en jonglant avec son p’tit doigt ? Ou bien jouer dans son jardin comme nous l’explique entre les prochaines parenthèses ce génie incompris du genre ? (Allez, cliquez-moi donc ça en urgence pour enfin vous prosterner devant la quintessence ultime du rock progressif : « Euphorie » d’Euristène ! Un gros Big Up mec, ainsi qu’au département son, c’est du grand art ! Clap ! Clap! Clap ! « Accolades, bises, succions »…). À moins que ce ne soit simplement de trouver le saint-glinglin chez la roulette russe Prog Archives avec son design tout moche, et revendiquer que, finalement, nous sommes tous « prog » en patriotes fanatiques frétillants du kiki au moindre son de clavier ?

Tagada-bing-zou ! Ouah ! Attends, je sens le « prog » monter en moi, jeune padawan, et tu n’es qu’au début de ta formation. Étrange fascination envers un genre, s’étant transformé avec le temps en label qualité digne d’une distinction de l’Académie Charles Cros, à mettre bien en évidence sur le CV musical (à l’époque, c’était « Psychédélique »), et où rien n’a évolué depuis plus de.. euh… quarante ans. Régression Civitas ? Attaque facile ? M’ouais bof, mais faut bien amener le chaland vu que je suis plongé tout nu et sans coutelas en pleine jungle hostile, où des hordes de fans hystériques se transforment en trolls culs-bénis bien trempés dès qu’on écorche à peine leur sainte relique. Sérieux, les « progueux de base », c’est pire que des black metalleux et les true beumeuh !!

Anekdoten Band

Mais pourquoi je parlais de ça, au fait ? Ah oui, pardon ami lecteur, je m’égare. Après tout, je suis ici pour passer en revue le dernier Anekdoten, groupe scandinave qui sort quand même du lot de mélasses suggérés ci-dessus. Mais la première question serait : pourquoi j’apprécie Anekdoten ? Pourquoi j’ai harcelé mon rédac-chef ? Pourquoi a-t-il d’aussi grosses lunettes gâchant son beau visage angélique au regard fier et pétillant ? Le charme désuet d’une estampe japonaise peut-être, la sonorité dite « revival » en mode pas dégueux, ou le chant sympa mais pas très folichon non plus ? Perso, je pencherais plutôt sur cette ambiance de film d’épouvante romantique. Maison aristocrate perdue sur une colline, lourd secret, disparitions inexpliquées, meurtres sanglants hors-champ… Anekdoten a tout d’un classique bis de Mario Bava. Un climat humide, fantomatique, une flûte dont on se demande ce qu’elle fout là, un contraste champêtre cueillette avec des recoins sombres à l’abandon, ouvrant les portes sur l’au-delà de Fulci.

Bon, le dernier opus en date, « A Time Of A Day », c’était pas du très frais, plus avancé que le vacherin même, bourré de longueurs et chiant, mais d’un chiant… Pourtant, le tout démonstratif, c’est pas franchement la quenelle préférée de nos suédois. Mais alors, pourquoi cette cuvée 2015 marche sur le cortex de votre serviteur ? À vrai dire, j’en sais trop rien. Parce que, niveau inspiration, « Until The Ghosts Are Gone », c’est un peu la même chose, « Le changement ? C’est PAS maintenant ! ». Peut-être est-ce l’effet nostalgie ? C’est régress… « prog » ? Et ce final piqué à Morte Macabre en plus mou? Pfff… J’explique pas, je l’attendais, je l’ai vu et j’ai entendu. Pas de surprises à l’horizon bruineux, et pourtant le charme opère à 70%. C’est d’ailleurs la note que je mettrais à cet opus. No surprise, no buzz.

Pour tout dire, le machin a accompagné mes retours nocturnes du boulot en bon compagnon de route, à faire oublier le son des pots d’échappements. Ses mélodies et son mellotron entêtant m’ont même fait sourire. C’est plaisant. C’est « prog », hein ? Ça frétille du kiki ? J’aime avoir toute l’attention. Parce que, au final, il n’y a pas grand chose à dire sur « Until All the Ghosts Are Gone ». C’est mieux et c’est bien (enfin, c’est pas « From Within » non plus hein ? Vous l’aurez compris). Chouette disque d’été en Camargue en sirotant une citronnade en bonne compagnie. Mais alors, qu’en pensera le « prog-addict » aux cheveux longs grisonnants avec son indéboulonnable vieux sac Decathlon bien craspec sur le dos ? Oui, celui que vous croisez régulièrement à Paris chez Joseph Gibert, ou en solitaire devant les bacs à CD’s au fond de la librairie Parallèles ? Lui consultera Prog Archives, Big Bang, Koid’9 ou Highlands, sans oublier Facebook et ses multiples groupes d’épanchements compulsifs. Et il sera content, car après tout, c’est là qu’il se croit exister.

Moi-même, je suis content. Si si ! Anekdoten n’a pas bougé d’un poil de fesses et finalement ça me va, même si le groupe semble s’être enfermé (définitivement ?) dans sa propre logique. Bref, il ne faut pas espérer ici un retour de l’esprit Dario Argento, malgré la classe évidente d’un Nicklas Barker. Poussez pas non plus. Ça reste au niveau, en moins ridicule que les pages sombres de l’histoire du genre. Evolution ? Rhooo ! Ce que je n’ai pas dit…

Jérémy Urbain (7/10)

http://www.anekdoten.se/

Until The Ghosts Are Gone
Anekdoten
2015
Virtalevy

7 commentaires

  • Lucas Biela

    euh, comment dire, ce morceau est vraiment nul. Si tout l’album est comme ça, je comprends l’irritation de Jérémy !

    • Philippe Vallin

      Ce n’est pas le meilleur, mais j’ai fait le choix de publier un morceau de la chaîne « officielle » du groupe. Trop souvent, nos vidéos disparaissent car les comptes des youtubers ferment pour diverses raisons, et souvent l’absence de droits.

  • Jean-Luc

    Que de clichés et de caricatures ! On croirait lire les Inrocks !
    Mais si tu n’aimes pas le prog, n’en écoute pas (plus) et passe à autre chose !

    • Philippe Vallin

      La respiration est primordiale dans la pratique du yoga.
      Nous respirons de façon mécanique et inconsciente, en absorbant l’oxygène qui nous est vital et en rejetant le CO2. Il existe plusieurs façons de respirer :
      la respiration abdominale : se fait surtout au niveau du ventre,
      la respiration costale : se situe plus au niveau du thorax,
      la respiration claviculaire ou respiration supérieure.
      Le yoga et d’autres formes de thérapies de bien-être utilisent la respiration consciente qui a de multiples effets bénéfiques sur le corps et l’esprit.
      Bref, il faut respirer ! 😉

  • Jérém

    Cher Jean-Luc,
    Merci et encore merci pour ton commentaire concis. Cela me touche. Si, si, franchement, je ne peux qu’apprécier que cet article provocateur (comme il est spécifié la teneur dans la chronique) fasse quelques remous. Aurais-je, par mégarde, touché une corde sensible ? Tudieu, je me dois de me repentir à l’instant et intégrer l’équipe des Inrocks, fissa. Cruel dilemme, écrire ce que je pense (quand j’en ai le temps) en forçant à la bombe le trait d’un style (ou d’un terme) ou bien de parler seulement de ce qui ne va pas défriser la moumoute du fan.
    Triste époque. Nombre ont rigolé, de bon cœur, et en mangeant des crackers de cet article mais alors pourquoi ? Oui, pourquoi Jean-Luc ? Ça fait mal ? Je te trouve bien susceptible. Tout d’abord, ne te fais pas de mourons, je suis bien passé à autre chose. La musique est suffisamment large pour que chacun trouve pantoufle à son pied. Tu peux respirer, je n’écoute que peu (ni pas, ni plus) de « prog ». On trouve ce mot partout, je dois bien en écouter sans le savoir même si cela n’a rien à voir. Ah, les clichés, je suis sur que tu peux en sortir autant sur le metal, le jazz, la musique électronique ou le hip-hop, ce dont je suis particulièrement friand par ailleurs.
    Jean-Luc, Ô Jean-Luc, comme je te comprends, que de couardises et autres vilenies dans ce papier juste bon au bûché. On en oublierai (presque) que je parle du dernier Anekdoten, un combo que j’apprécie beaucoup quand j’y pense. Un peu de blasphème, pardi !
    Jean-Luc, cher Jean-Luc, reçoit toute mon affection en ces moments difficiles.

    Jérémy

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