Air – Virgin Suicides

Air Virgin Suicides

Virgin Suicides est le premier long métrage de Sofia Coppola, sorti sur les écrans en 1999. Et pour un coup d’essai, c’est un sacré coup de maître ! Bâti à partir du roman éponyme de Jeffrey Eugenides, le film narre l’histoire tragique des cinq sœurs Lisbon dans le cadre d’une banlieue huppée de Détroit durant les seventies. En proie à un indicible mal de vivre et soumises à l’autorité ultra possessive d’une mère qui finira par les enfermer dans la demeure familiale, elles sont épiées jour et nuit par quatre garçons, amoureux éperdus qui tenteront par tous les moyens de leur venir en aide afin qu’elles échappent à leur issue finale et fatale : un suicide collectif ! La bande originale de ce film désespéré (neurasthéniques s’abstenir !) a été confiée au duo électro pop français Air, déjà très en vogue à la fin des nineties avec ses deux albums à succès « Moon Safari » (1998) et « Premiers Symptômes » (1999). Loin de toute tristesse sur-jouée, nos deux frenchies Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godinont ont écrit onze titres floydiens en diable qui constituent la trame d’un chef d’œuvre de mélancolie.

A la fois futuriste et nostalgique, cet opus majeur (NDLR : disque de chevet du claviériste de Marillion Mark Kelly pendant de longues années), qui se situe juste derrière « Moon Safari » au top des réalisations du groupe, sonne comme un véritable rêve éveillé. A l’instar du fabuleux « You All Look The Same To Me » (2002) des londoniens d’Archive, elle recycle, entre autres, tout un pan du rock psychédélique et planant des seventies. Le sublime titre d’ouverture « Playground Love » (interprété par le versaillais Thomas Mars sous le pseudonyme de Gordon Tracks, par ailleurs époux de Sofia Coppola) est ainsi un hommage à peine déguisé aux œuvres solo du John Lennon de cette même époque bénie par les dieux de la musique.

Toutes les compositions s’enchaînent à merveille durant une quarantaine de minutes pour tisser une œuvre émouvante en diable qui s’avère en totale osmose avec la tonalité du long métrage (« Bathroom Girl » et « Highschool Lovers ») et dont les climats sombres et étranges sont finement ciselés par notre duo perfectionniste (les délicieusement vintage « Clouds Up », « Cemetary Party » et « Empty House »). Le point d’orgue est atteint avec « The World Hurricane », un (trop) court morceau d’une rare puissance émotionnelle qui baigne littéralement dans une mer orgasmique de mellotron et nous ramène ici plus que jamais vers la matrice Pink Floyd (« Highschool Lovers », « Dirty Trip » et « Suicide Underground » naviguent aussi dans les mêmes eaux, pour notre plus grand bonheur !).

« Virgin Suicides » est une merveilleuse pièce d’orfèvrerie romantique qui s’écoute indépendamment du film et de son illustration scénaristique, constituant ainsi la bande originale de vos propres moments de blues et de grisaille intérieure (comme quoi la tristesse a parfois du bon !). Voilà donc, au final, un opus au caractère intemporel qui s’avère absolument indispensable à tout fan d’électro pop mâtiné de « Meddle » ! La séance de rattrapage est maintenant terminée, alors à vous de jouer…

Bertrand Pourcheron & Philippe Vallin (9/10)

http://www.aircheology.com/

Virgin Suicides
Air
2000
Virgin Records

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