Aidan Baker – Aneira

Aneira

Aidan Baker, c’est toute une histoire. S’attaquer à sa discographie gargantuesque, c’est faire du saut à l’élastique (sans élastique) dans un puits (sans fond). Bref, quand on tend la main, on ne sait pas si ce qu’on va pêcher c’est un bon disque, une découverte ou une croute. Autrement plus connu pour son projet Nadja, compilant ce qu’il y a de mieux et de pas mieux, Aidan Baker plait, fascine, répugne par sa démarche hérité des Swans ou Sonic Youth en mode shoegaze minimaliste. Traitement guitaristique poussant les portes du drone, de la contemplation et de la répétition. Seul quelques mélomanes avides, ou un peu givrés, et autres chroniqueurs sont capables de percevoir toutes les facettes de son style, ses doutes, ses albums loupés ou réussis. Moi, j’en suis incapable. Alors je fais quoi ? Je prends ce qui se présente comme un tout et advienne que pourra.

« Aneira », nouvelle sortie (aux milieux de plein d’autres) a de quoi tirer son épingle du jeu. Certes l’exercice n’a rien de nouveau, mais c’est là pour moi l’occasion d’y faire une sorte de comparaison. Le bonhomme a atteint une maitrise de son instrument, à tel point qu’on ne le reconnait plus. Sur un titre unique de plus de quarante minutes, ce dernier façonne une sculpture qui, au premier abord, semble nébuleuse, sans début ni fin, parvient à créer un climat accrocheur refusant obstinément de lâcher la main, comme l’enfant, terrifié à l’idée qu’on l’abandonne. L’impression d’une corde qu’on tire, étire, et qui se répercute en écho sur un fond opaque grossissant ostensiblement. Aidan s’éloigne des marais boueux, sans trop l’être, pour une pièce posée, travaillée avec minutie et finalement avec modestie (compte tenu d’un format pouvant paraître prétentieux).

Quelqu’un pense qu’on peut s’endormir ? Peine perdue. On est maintenu, perturbé par ce fil tendu, qui nous montre un chemin dont on ne connait pas l’issue. Et nous, on le suit. Après tout, c’est notre seul lien. Il transporte une émotion, difficile à éclaircir certes, mais suffisamment captivante pour que notre curiosité soit soumise à un choc électrique. Il n’y aura pas de réponse. C’est brutal, ok, mais c’est parce que chacun s’y fera sa propre interprétation. On trouvera bien des notes, oui des notes, apparaissant, ballade folk au ralenti forçant une concentration qu’on croyait désuète, levant le voile sur un paysage contemplatif et incertain. Aidan Baker ne propose rien, il donne, et c’est ce pourquoi certains le flinguent à la moindre occasion.

« Aneira », plus qu’une pièce drone finement ciselée, et qui perso, me fait plaisir, est à prendre comme un poème sans mot (d’ailleurs, un texte que personne ne lira accompagne le disque), touchant, sensible, peut-être un poil trop sérieux pour amener une adhésion complète. Et, parfois (et bien souvent), il est préférable de sentir un poème imaginaire ou les sons deviennent des rimes, les drones, des alexandrins… Bref, quand les mots se taisent…

Jérémy Urbain (8/10)

http://aidanbaker.bandcamp.com/
http://glacialmovements.bandcamp.com/

Aneira
Aidan Baker
2013
Glacial Movements

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