Yes – The Quest

The Quest
Yes
Inside Out Music
2021
Thierry Folcher

Yes – The Quest

Yes The Quest

Oyez, oyez braves gens, un nouveau groupe de rock progressif débarque avec son tout premier album intitulé The Quest et croyez moi, ça va faire du bruit. Le combo s’appelle Yes – on ne pouvait pas faire plus simple, plus positif et plus percutant comme blaze – et se compose de cinq garnements bien décidés à faire parler d’eux. L’artwork est superbe et la musique d’une rare maîtrise technique pour un galop d’essai. C’est totalement original, plein de trouvailles et superbement chanté par le tout jeune Jon D. On ne s’ennuie pas une seconde avec plusieurs titres de grande classe qui mettent en avant la belle dextérité du guitariste Steve H, la frappe appuyée d’Alan W, les caresses de la basse de Billy S et le symphonisme des claviers de Geoff D. Un ensemble remarquable qui promène l’auditeur entre ritournelles pop et envolées lyriques, le tout exécuté par des musiciens bourrés de talent et promis à un bel avenir etc…etc…

Bon, vous l’aurez compris, ce petit subterfuge n’avait pour but que de permettre d’analyser ce vingt-deuxième album studio de Yes (décompte officiel) pour ce qu’il vaut réellement et de ne pas faire de comparaison avec les monuments du passé. Personnellement, je pense que pour n’importe quel dinosaure, il faudrait agir de la sorte. C’est donc l’esprit dégagé de références encombrantes que j’ai découvert The Quest dans son emballage rutilant signé une fois de plus par Roger Dean. Une pochette où certains ont entrevu Chris Squire en bas à droite en forme de rocher. Si c’est voulu, tant mieux, sinon le hasard d’une silhouette aura rendu un hommage mérité au légendaire bassiste, absent pour la toute première fois d’un disque de Yes. Si cette musique n’était pas soumise au pesant passé du groupe, c’est sûr que l’on trouverait d’énormes qualités à The Quest. A commencer par l’enregistrement d’une propreté incroyable. Tout se détache, se combine et s’offre à nos oreilles avec un rendu d’une grande précision. C’est Steve Howe qui est aux manettes et que l’on aime ou pas le personnage, il faut bien reconnaître son indiscutable expérience dans le domaine. L’écoute est confortable et le fan de rock progressif va trouver de quoi se régaler. Cela commence par des claviers grandioses (« The Ice Bridge ») transformés en cuivres féodaux prêts à annoncer une bonne nouvelle. Le retour de Yes se fait en grandes pompes avec Geoff Downes qui prépare le terrain à Jon Davison de plus en plus crédible. Autant vous prévenir tout de suite qu’il n’y aura pas de comparaison avec l’autre Jon, sinon le discours ci-dessus ne tiendrait plus. La basse de Billy Sherwood suit les traces de son illustre prédécesseur et se porte, ma foi, pas trop mal. Seuls les « backings » si caractéristiques de Chris Squire font cruellement défaut (mince, je ne devais pas faire d’allusion au passé).

Yes The Quest Band 1

« The Ice Bridge », écrit par la paire Downes/Davison est une réussite. La bataille guitare/clavier remporte la mise sur ce titre traitant des conséquences néfastes du changement climatique. Cette même paire conclura The Quest par « A Living Island », une jolie chanson dont le sujet est similaire, mais avec un discours beaucoup plus optimiste. Cela vous paraîtra un peu foutraque de passer du début à la fin comme ça mais ces deux morceaux sont intimement liés et montrent deux aspects très différents du Yes 2021 avec une conclusion légère et aérienne qui vient en contrepoids d’une entame plus martiale et rentre dedans. Sur « A Living Island », les vocaux sont superbes et les paroles font inconsciemment sourire. Ce message d’espoir est tellement prenant que l’on oublie qu’on est avec Yes et qu’il faudra à un moment ou un autre reprendre ses esprits. Mon premier constat est surprenant. Je n’ai pas l’impression d’écouter du Yes classique et ça ne me manque pas. Au contraire, je trouve cette équipe très attachante et capable de m’émouvoir, bien plus que le tiède Heaven & Earth de 2014 que j’ai fini par oublier. Du coup, mon introduction fantaisiste n’était pas si bête que ça. C’est donc un Yes tout neuf qui pointe le bout de son nez et ce n’est pas plus mal. Bon, on entend quand même la guitare de « Soon » sur le popisant « Dare To Know » dont la mélodie accrocheuse vous rentre dans la tête imparablement. On n’est pas dans l’inconnu c’est sûr, car les sons et les schémas classiques du groupe vont venir régulièrement nous rappeler à qui l’on a affaire. Ensuite, tout n’est pas parfait, à commencer par un « Minus The Man » un peu faiblard où seul Jon Davison tire son épingle du jeu. Les claviers et la guitare ne sont pas très inspirés et semblent vivre chacun de leur côté, à moins que je n’y comprenne rien, enfin j’adhère pas. Heureusement « Leave Well Alone » va remettre de l’ordre dans la baraque. Excellent morceau, plein de rebondissements et de fausses pistes. Steve Howe s’amusant même à créer une version allégée du « Wurm » de « Starship Trooper ». L’association vocale Davison/Howe est convaincante et fera partie des belles trouvailles du disque.

Tout comme le chant de Billy Sherwood et de Jon Davison sur « The Western Edge » où le néo-bassiste se lâche carrément par moments. Je n’aime pas particulièrement sa voix mais il faut reconnaître que la magie du mixage l’a rendue acceptable et bien adaptée au timbre de Jon. Du coup, c’est tout le disque qui en profite devenant ainsi plus varié et plus digeste. Je le dis et je le répète, on est dans un autre univers et les fantômes du passé s’estompent pour nous laisser avec un Yes inédit mais qui fera débat, c’est inévitable. La douce romance intitulée « Future Memories » est vraiment délicieuse, faisant la part belle aux arpèges de Steve et au chant de Jon de plus en plus irrésistible. Enfin, juste avant « A Living Island », le dansant et quelconque « Music To My Ears » ne va pas atteindre des sommets mais il offre malgré tout une belle prestation de Steve, assurément le grand gagnant de The Quest et véritable pilote du projet. Une aventure à laquelle il faut associer Jay Schellen aux percussions et Oleg Kondratenko à la direction orchestrale pour être complet. On aurait pu en rester là sans crier au scandale, mais le quintet prolonge la fête avec trois titres bonus comme s’il s’agissait d’une réédition. Cette suite de 14 minutes ne s’imposait pas et ressemble à n’en pas douter à une manœuvre bassement commerciale. Double LP, double CD, le profit en est bien plus juteux. Ça commence par « Sister Sleeping Song », une chanson pop assez jolie mais sans grand intérêt. Puis on continue avec « Mystery Tour », une bluette convenue en forme de clin d’œil aux Beatles. Et on termine par « Damaged World », un titre banal, très mal chanté par Steve Howe et qui renvoie cette deuxième partie aux oubliettes, ou pas loin.

Yes The Quest Band 2

Je me contenterai des huit chansons de la première partie et croyez-moi, c’est amplement suffisant. Il y a du lourd, du passionnant mais aussi du moins convaincant. Dans l’ensemble c’est un bon album, assez différent du répertoire habituel mais finalement très attachant. Yes est coutumier des changements de direction et des prises de risque. En 1980, lorsque paraît Drama avec les deux ex-Buggles, les critiques et les interrogations allaient bon train et pourtant, ce n’était pas si débile que ça. Pour en revenir à The Quest, je trouve le travail de Steve Howe à la hauteur de ses ambitions et pour une fois, Jon Davison au niveau de qui vous savez. Entre nous, on est bien d’accord, si cet album n’était pas de Yes, on pourrait partir sur des propos élogieux, vous ne croyez pas ? Alors on va faire comme si c’était le cas et profiter de cette musique peu commune, très agréable et vraiment accessible. Cela fait un bon bout de temps que je vis avec Yes et même si j’ai toujours des frissons en réécoutant « Awaken » ou « Gates Of Delirium », je n’ai pas honte de ce dernier épisode, bien au contraire. L’aventure continue.

http://yesworld.com/

 

Un commentaire

  • Maisiat

    Yes est un groupe qui a aggloméré en son sein de très nombreux musiciens sur plus d’un demi siècle, chacun ici sait cela. Aussi, il n’est pas raisonnable d’attendre de ce groupe fabuleux, la musique qu’il a créée naguère, et de surcroît, à travers diverses incarnations. En revanche, la transmission d’une certaine idée de la création a bien eu lieu, malgré le changement perpétuel du personnel. Et c’est bien l’essentiel pour moi : « l’esprit Yes » perdure.
    Sur le fond, je suis d’accord avec la chronique, à ceci près que j’apprécie beaucoup l’aspect catchy de « sister sleeping soul » qui n’est pas sans intérêt selon moi. Mais peu importe, Yes est toujours là, si différent et toujours le même, pourvoyeur d’une musique si singulière.
    Vivement la suite !

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