Varg – Evanescence (A Love Letter)

Evanescence (A Love Letter)
Varg
Posh Isolation
2019
Jéré Mignon

Varg – Evanescence (A Love Letter)

Varg Evanescence A Love Letter

Avant d’intervenir dans une douteuse tentative de décortication de Evanescence (A Love Letter), il est temps de présenter Varg, alias Jonas Rönnberg, dans la vie véritable. C’est que le suédois pèse son pesant de quintal dans le game. Arrivé comme un cheveu gras dans le bouillon de la musique électronique, ce dernier a posé direct ses burettes sur la table. Tout d’abord par la sortie de Misantropen (2013) où le nordique arrivait à retrouver l’ambiance d’une promenade dans la brume en mélangeant acid, techno et ambient au moyen de synthés analogiques (TB303 et 808 au pif), très en vogue pour celui qui cherche à se construire un élitisme intellectuel… Ayant trouvé des compagnons d’armes, les fashion Posh Isolation et Northern Electronic, enclins à accueillir ses délires, Varg s’est montré pour le moins démonstratif en sortant de la vaporwave tendance drakkar de toute beautée avec Född Död ou poussant ses expérimentations analogiques au paroxysme avec D.Å.R.F.D.H.S. (en compagnie d’un autre suédois Isorinne). Et puis voilà que, comme ça, pépère, avec son pseudo black metal (Varg Vikerness, Burzum, incendies, meurtre, faf, mytho et maintenant survivaliste tout aussi faf et mytho), décide de s’amuser de son image de king de la techno viking DIY. Que ce soit de ses postures bling-bling hors-propos sur Instagram ou en décidant de composer de la musique avec des applis I-Phone et I-Pad, pépouze, Varg se révèle être un troll, authentique. Tout aussi énervant qu’atypique, le monsieur est capable de sortir des albums où dancefloor et rythmes 4×4 ne sont forcément pas les bonnes recettes tout en gardant « cohérence », attitude de sale gosse et qualité… Énervant le gugusse.

Et puis voilà, sans publicité, sorti en début d’année, un jeudi au lieu d’un vendredi, Evanescence (A Love Letter) déboule en cassette (épuisées depuis). Là, Monsieur Varg se tourne vers un mélange d’IDM, de techno toujours et de hip-hop autotuné (Et BAM!). Ah et au passage il prend ses distances avec la techno affirmant que le genre tourne en rond (Et BIM!). Décidément, le suédois est joueur.

Varg Evanescence A Love Letter band 1

Commençant dans une ambient sombre et décousue où les touches cyniques affluent comme le parmesan sur un plat de pâtes, Varg construit Evanescence comme un album urbain et nocturne où les rythmes se font davantage expérimentaux sans y paraître. Il joue avec les ambiances, poses et attitudes, les détourne par détails (visuels et sonores) avec un souci de coquetterie qui prête à sourire à la première écoute. Il faut dire qu’au débarquement de « Perfect Violation » (en featuring avec le compatriote Bladee), on a cette étrange impression d’entendre du PNL à la sauce nordique et je ne peux m’empêcher d’y voir là-dedans un foutage de gueule à demi masqué par un titre de cloud rap imparable. Et c’est là qu’on effleure l’excellence de Varg ainsi que la fascination que son avatar prolifique peut procurer. À mi-chemin des cahiers des charges dûment remplis et d’une expérimentation aussi pernicieuse que discrète, Varg n’hésite pas à interpeller l’auditeur via cette voix féminine, présentant, requérant ou sommant l’attention par discours et fragments de phrases absurdes ou poétiques sur le mal-être, l’addiction aux réseaux sociaux, le paraître, la solitude… Se nommant par lui-même en bon gros maître des lieux et de son univers, Varg prend un malin plaisir à se détacher de ces atermoiements quitte à se montrer arrogant en poseur insupportable dans un jeu de miroir aux multiples facettes. Leurre ? Provocation ? Varg n’en demeure pas moins romantique. Après tout, Evanescence n’est-elle pas une lettre d’amour ? Par l’intervention de guests, le suédois livre un poème par la bouche de Coucou Chloé (protégée de Rihanna) sur le très IDM « I Get Lit », Frederike Hoffmeier (aka Puce Mary et sa noirceur) ou Ruby Aldridge (mannequin et chanteuse) sur le titre final angoissant et d’une intensité plombante laissant juste relents et débris d’une existence fantasmée.

Varg Evanescence A Love Letter band 2

Varg ? Je l’avais bien dit, c’est un troll. Troll de la techno, de la hype, de l’apparence en attendant autre chose peut-être… Ne faisant rien comme les autres, s’en tenant presque à une véritable démarche du haut de son avatar pseudo dark, Jonas Rönnberg n’est pas que le petit malin qu’il cherche à « montrer » mais également celui qui nique le game par ses prises de risque, son affranchissement aux règles qu’il aime tant bidonner et peut-être tout juste sa liberté qu’il s’est construite comme un grand. Si certains peinent, Varg, lui, est en haut et il rigole… N’hésitez pas à parcourir la discographie du bonhomme, spécialement la série des Nordic Flora Series, une mine à creuser goulûment (https://northernelectronics.bandcamp.com/album/nordic-flora-series-pt-3-gore-tex-city). Hé ! Ça peut même en réconcilier certain(e)s avec la « techno ».

https://varg-poshisolation.bandcamp.com/

 

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