The Bug Ft Dis Fig – In Blue

In Blue
The Bug Ft Dis Fig
Hyperdub
2020
Jéré Mignon

The Bug Ft Dis Fig – In Blue

The Bug In Blue

Cela se passe durant ces trajets à l’avant d’une rame de transport. Après la descente d’escalier, l’imposition d’un pass à l’année et d’un temps trop long sur un quai. La vision d’un tunnel défile, inlassable, mécanique, contrôlé, millimétré. Un quotidien morose en une seule image animée. C’est le poids de la profondeur sur les épaules, la crainte d’un voyage journalier, banal mais délétère. Le confinement dans un confinement (l’album ayant été finalisé durant la première vague) et toujours ce terme que je ne peux m’empêcher de sortir à tout bout de champ, celui d’errance… Question de contexte. La solitude, coupée par une notification insignifiante sur un smartphone tout aussi quelconque, dans un trajet asservi et maîtrisé. On se sent seul(e) durant In Blue. Perdu, lessivé, peut-être soumis… Kevin Richard Martin se révèle comme un véritable cartographe d’un inconscient bitumeux et vide.

The Bug In Blue Band 1

In Blue, c’est un plan de métro qui prend un semblant de forme, illusoire, c’est naviguer à travers des émotions maussades, des croisements hasardeux qui donnent le cafard. La musique composée par Kevin Martin n’a jamais porté au sourire, même une esquisse. C’est que le bonhomme a vécu des choses. Il a même exorcisé ses peurs primaires, sauf que voilà, comme tout le monde, il fait face à ce dérèglement qu’on vit tous au quotidien. À lui d’y mettre les formes dans son dub semi-cotonneux, tangible, avec ses basses jamais trop agressives mais toujours présentes, fusionnant avec les nappes et drones de synthés, rappelant sur quel sol le quotidien est foulé des pieds de mortels. Jamais avare dans ces ambiances aussi claustrophobes qu’elles appellent à une sorte d’élévation inévitablement bloquée, l’anglais s’amuse ici des codes de la trip-hop pour mieux l’écorcher, la décharner. Parce que si l’album se nomme In Blue, on pense plus à une couleur métallique, froide, déshumanisée, plus proche d’un gris renfrogné que d’un azur à perte de vue… C’est que le Monsieur n’a jamais fait montre d’optimisme et ce dernier opus enfonce le clou d’avantage. Si Martin a demandé les services à Dis Fig (Felicia Chen), c’est pour y donner un aspect plus ouaté, fantomatique et suspendu, faussement rassurant. En effet, la poétesse, ayant déjà collaborée avec le producteur sur King Midas Sound, laisse planer sa voix, légèrement au-dessus des têtes, presque apaisante, susurrant par instant aux oreilles, si ce n’est l’aspect crispant, crasseux et anxiogène toujours à l’affût sur l’aspect globalement vaporeux de l’album.

The Bug In Blue Band 2

C’est ce genre de trajet, celui d’errance quadrillée, de regard vissé au sol dont on cherche un recoin, même microscopique, où se cacher, se calfeutrer. In Blue est une piqûre de rappel, un dépit plus qu’une échappatoire. Oui, nous vivons cela. Oui, nous cherchons à nous en extraire. Oui, nous sommes comme perdu et oui nous sommes nos propres inquisiteurs… Reste plus que la vision de ce tunnel qui semble s’éterniser… Imprimé dans nos mémoires dans une ligne de fuite enfouie…

https://thebugmusic.bandcamp.com/album/the-bug-ft-dis-fig-in-blue

 

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