Tears For Fears – The Tipping Point

The Tipping Point
Tears For Fears
Concord Records
2022
Fred Natuzzi

Tears For Fears – The Tipping Point

Tears For Fears The Tipping Point

Tears For Fears fait partie des groupes qui ont marqué mon enfance et mon adolescence. Dès que j’entends les premières notes de « Head Over Heels », je suis en joie. Toute une époque ! Beaucoup de formations des années 80 sont une madeleine de Proust. Cependant, peu ont survécu à l’épreuve du temps. Tears For Fears est un groupe qui a compté et en peu d’albums, a marqué cette décennie. Si l’on se replonge dans The Hurting (1983), Songs From The Big Chair (1985) ou The Seeds Of Love (1989), force est de constater à quel point ce duo britannique a écrit des chansons new wave et/ou pop aux arrangements sophistiqués qui tiennent la route trente ou quarante ans plus tard. Roland Orzabal et Curt Smith se sont imposés dans nos vies avec des morceaux qui peuvent être exigeants comme accessibles, aux thèmes reposant essentiellement sur la psychologie, du moins pour les deux premiers opus. Curt Smith prenant le large au début des années 90, Roland Orzabal, toujours sous le nom de TFF, accouchera de deux albums splendides, dont le fabuleux Raoul And The Kings Of Spain (1995) qui reste, pour moi, un sommet de la décennie, rien de moins. Reformation avec Curt pour Everybody Loves A Happy Ending en 2004. Les TFF cherchent à retrouver la recette d’antan et y arrivent parfois malgré les références trop présentes à Paul McCartney. Il n’empêche, le plaisir est immédiat. S’ensuit une tournée avec Nick D’Virgilio à la batterie. Il faudra attendre un nouveau best of, Rule The World en 2017, pour retrouver notre duo avec deux titres inédits et une tournée mondiale qui les remet au centre de l’attention. Et enfin, en 2022, un nouvel album voit le jour, The Tipping Point. Roland & Curt n’ont pas voulu briguer les charts à tout prix avec cet album et ont choisi de laisser leur inspiration voguer au gré des morceaux. L’opus n’est donc pas le plus immédiat et renoue avec une certaine recherche du meilleur son, du meilleur arrangement, avec quelques regards sur le passé, pour notre plus grand plaisir.

Tears For Fears The Tipping Point Band 1

L’album débute étrangement par un single folk, style relativement inédit pour le groupe. En effet, « No Small Thing » ressemble plus à un titre pour The Lumineers que pour TFF ! Pourtant, la chanson nous embarque et évolue dans une mélodie typiquement TFF, avant un final beaucoup plus pop. Une belle réussite comme entrée en matière qui ne sera pas démentie par l’autre single, l’imparable « The Tipping Point » où la voix de Roland brille comme jamais. Orzabal possède cette voix qu’il peut moduler à l’envi, se fondant invisiblement parfois avec celle de Curt. Rien n’a changé, Orzabal est magnétique, profond, sa voix est une des grandes voix de la pop anglaise et il le prouve à nouveau pendant tout l’album tandis que celle de Curt retrouve celle plus émotionnelle et fragile qui le caractérise. Cette association fait la force du combo, ajoutée aux arrangements uniques qu’ils proposent et la recette TFF fonctionne à plein régime. Une recette peut-être, mais eux ont cette tendance à aller chercher ailleurs que dans le tube facile. Ils savent en faire, oui, mais ils aiment aussi expérimenter et aller chercher ailleurs. « Long, Long, Long Time » montre bien la recherche sonore du groupe, dans une belle ballade qui décolle dans une seconde partie aérienne. Du grand art. On se retrouve propulsé à l’époque Songs From The Big Chair avec « Break The Man », sauf que la new wave laisse place à la pop. Les sons de l’époque sont pourtant là et on passera sur un refrain un peu facile pour TFF, l’emballage sonore du reste étant suffisamment solide.

Tears For Fears The Tipping Point Band 2

« My Demons » surprend au début avec son vocoder dont Roland n’a absolument pas besoin, mais la chanson à la fois electro et rock possède de beaux arrangements et se pose aussi comme la plus dynamique de l’opus. « Rivers Of Mercy » contraste avec le morceau précédent puisqu’il prend le temps d’installer une atmosphère à travers la voix fabuleusement expressive de Roland. Une sorte de « Woman In Chains » croisé à « Mercy Street » de Peter Gabriel. Très beau moment.  Au tour de Curt de porter une certaine mélancolie avec « Please Be Happy » au refrain proche d’un Blackfield et aux magnifiques arrangements de cordes. Blackfield (le groupe d’Aviv Geffen et Steven Wilson) me revient aussi en tête avec « Masterplan » où là encore les cordes font merveille, ajoutées aux strates des instruments. Mélodie classe, orchestration parfaite, on voit bien ici l’influence qu’à pu exercer Tears For Fears sur bon nombre de formations. « End Of Night » relance la machine pop à plein régime et on reconnaît bien là les auteurs de tubes comme « Head Over Heels » ou « Advice For The Young At Heart ». « Stay » clôture l’album calmement avec un titre qui démarre en acoustique et moins joyeux que le précédent. Là aussi, les senteurs d’un « I Believe », par exemple, se révèlent, on retrouve un TFF plus expérimental, avec plein d’arrangements sophistiqués. Une version précédente figurait sur le best of Rule The World. Pour les acquéreurs de la version deluxe, un titre bonus y figure, c’est « Secret Location ». Un titre entraînant, une récréation pour le groupe avec un son qui fait penser à une chanson d’été. On se demande bien pourquoi ce morceau ne figure pas sur l’album alors que « Stay » existait déjà sous une autre forme. But wait… there’s more ! Comme si cela n’était pas suffisant, il existe deux autres bonus tracks. Disponibles sur la version japonaise de The Tipping Point, « Let It All Evolve » est encore une fois superbement composée et « Shame (Cry Heaven) » avec son magnifique piano se développe d’une manière surprenante. Ces deux morceaux auraient pu tout aussi bien figurer sur l’album.

Tears For Fears The Tipping Point Band 3

Un nouvel album des Tears For Fears, au vu du nombre d’années qui sépare chaque sortie, est un événement. Chacun y trouvera son compte, de l’amateur de tube sophistiqué au nostalgique des années 80, de ceux qui préfèrent le côté sombre du groupe à ceux qui cherchent les arrangements classieux et surprenants. The Tipping Point n’est pas parfait, mais vous pouvez faire confiance aux Tears For Fears pour sortir un album de haute tenue. Et puis retrouver ces deux voix emblématiques fait un grand plaisir, en attendant de les revoir en live un de ces jours.

https://tearsforfears.com/

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