Steve Hogarth – S.P.Q.R.
earMUSIC
2026
Fred Natuzzi
Steve Hogarth – S.P.Q.R.

Cela faisait quelques temps que Steve Hogarth n’avait pas sorti d’albums live en solo. En effet, il fait régulièrement des tournées seul, sans Marillion, son groupe depuis 1989, pour faire plaisir à ses fans. Pour lui, c’est également l’occasion de se détendre, de quitter un temps ce paquebot qu’est ce fabuleux groupe de rock. J’aime l’atmosphère qui se dégage d’un concert de Steve Hogarth. La dernière fois que je l’ai vu, c’était à l’église Saint-Eustache de Paris. Un moment fabuleux pendant lequel l’on se sent privilégié. Une connivence s’installe immédiatement, un lien unique, intime, qui relie un artiste avec son public, une famille d’âmes cherchant à partager des émotions, celles qui visent le beau. Ce nouveau cd / blu ray a été enregistré à Rome avec le groupe RanestRane (celui de l’excellent Riccardo Romano qui fait aussi partie du Steve Rothery Band) et les chœurs de Flowing Chords. RanestRane a déjà joué avec H en 2015. L’alchimie avait été si forte que H a voulu retrouver ces sensations en invitant les Italiens à le rejoindre à nouveau. Il n’est donc pas seul tout le temps de ce concert et déroge à la règle en se retrouvant entouré de douze artistes (+ la cheffe de chœur). Sur scène, la set list fait la part belle aux titres de Marillion.
Comme à son habitude, Mister H annonce qu’il ne sait pas ce qu’il va faire du tout, pendant le concert. Il est vrai qu’il répète un certain nombre de chansons, puis fait ce qui lui passe par la tête. Il va même jusqu’à prendre des idées du public qui ne se prive jamais de le challenger. Ici, il ment un peu, car la présence de RanestRane oblige à avoir une structure à respecter. Seule la première demi-heure sera donc sur le format du hasard. Il attaque avec une magnifique version parlée chantée, très tendre, de « Thank You Whoever You Are ». Un moment suspendu, qui marque le ton de la soirée, et qui permet de redécouvrir la chanson. « Afraid Of Sunlight » suit avec son élégance mélancolique et magnétique. Ambiance recueillie, solennelle, magique. Toujours du côté de Marillion, H pioche « White Paper », une autre chanson délicate que certains pourraient qualifier de plaintive. Pourtant, elle suspend à nouveau le temps. Le classique « Famous Blue Raincoat » de Leonard Cohen est souvent joué par H qui n’a jamais caché son admiration pour le Canadien. Ce titre narratif lui convient très bien tant il sait canaliser les émotions de ce morceau. Alors qu’il demande s’il y a des propositions de chansons, le public italien y va de ses suggestions et c’est « Cover My Eyes » qui est retenu par H. C’est tant mieux car elle permet de dynamiser la set list. En grande forme vocale, il nous régale. « 3 Minutes Boy » n’est pas forcément un titre que Marillion adore jouer. H, lui, l’aime beaucoup, et c’est l’occasion de faire participer le public tout en digressant sur « All You Need Is Love » des Beatles. Une fantaisie appréciée par ses fans, aux anges.

« The Deep Water » provient de Ice Cream Genius, le seul véritable album solo de sa carrière. Ce titre atmosphérique est fabuleux d’émotion et de beauté. Au milieu de la chanson débarque le groupe RanestRane qui emporte le morceau vers d’autres rivages orientaux. De nouveaux arrangements ont été créés par ce combo italien de prog symphonique pour accompagner H. Ainsi, « Sounds That Can’t Be Made » prend une autre couleur, plus acoustique et le solo de guitare de Rothery est transformé par l’harmonium ! Une version plus douce, surprenante et bienvenue. Une harpe est sortie pour le rare « Waiting To Happen » que l’on est ravi de retrouver dans une magnifique version. Séquence nostalgie lorsque l’on réalise que ce titre a déjà 35 ans ! La teneur solennelle de « Estonia » prend une autre ampleur, plus acoustique, avec les arrangements de RanestRane et sa mandoline omniprésente. Très beau. Les huit choristes de Flowing Chords, en provenance de Rome, arrivent sur scène et complètent l’assemblée de musiciens pour interpréter « The Crow And The Nightingale ». Coup de génie, ce morceau, qui peut s’avérer exigeant, devient aérien et fluide, avec un très beau solo de guitare acoustique, tandis que la voix de H tutoie les étoiles. Splendide. Mon titre préféré de Ice Cream Genius, « Nothing To Declare », est ici fidèle à son arrangement génial d’origine. Un pur plaisir agrémenté des superbes chœurs et d’un très bon jeu de basse. H exhume « Acid Rain » qui date de l’époque des Europeans, son tout premier groupe. La chanson se prête bien à l’exercice d’appropriation par le combo et les chœurs italiens qui ne boudent pas leur plaisir. « Go ! », une autre de mes préférées (qu’avec mon ami Philippe Vallin nous avions réintitulé à l’époque dans nos délires de réinterprétation « Un McDo, Un Coca Et Des Frites » à chanter à la place de « Wide Awake At The Edge Of The World »), est admirablement restituée, avec un final où la communion est totale. Émotion garantie. Rappel avec tous les artistes sur scène pour un énorme « Man Of A Thousand Faces », puis un « Easter » des grands soirs. Forcément, ces deux titres fédérateurs comblent le public, mais l’attention portée aux chœurs et aux arrangements de « Easter » montre à quel point les morceaux ont été retravaillés pour l’occasion.

Un concert très particulier donc pour Steve Hogarth qui a eu bien raison de sortir ce témoignage de cette soirée. Les musiciens de RanestRane sont excellents et donnent envie de découvrir leurs albums. Le travail de Flowing Chords magnifie les titres auxquels ils participent. Les nouveaux arrangements sont tous réussis. Et que dire de la voix de H, puissante, émotionnelle, vraiment au top. Si vous n’avez pas (encore) porté une oreille aux efforts solo de Steve Hogarth, c’est le moment, ce concert vaut absolument la peine, ne serait-ce que pour les nouvelles versions des titres de Marillion. Une soirée enchanteresse que l’on aurait aimer voir se prolonger au-delà de ses deux heures déjà bien remplies.