Spheres – Helios

Helios
Spheres
M & O Music & Spinoza Records
2022
Rudzik

Spheres – Helios

Spheres - Helios

Est-ce un traumatisme provoqué par de trop nombreuses nuits au contact d’un conjoint bruyamment ronfleur ? Mais, je n’ai jamais aimé les growls, ou bien, il faut qu’ils soient utilisés avec parcimonie, tous mes proches le savent (les ronflements aussi). Alors, qu’est-ce qui m’a fait zoomer auditivement sur Helios, le second opus de mes compatriotes de Spheres ? La musique bien sûr, avec un retour pour moi vers des… oserais-je l’écrire… sphères métalliques progressives que j’ai peu écoutées depuis pas mal de temps, mais quand même, des parties chantées versatiles et donc absolument pas inintéressantes malgré mes goûts précités.
Le groupe, en fait un duo à l’époque emmené par le guitariste auteur-compositeur et producteur Jonathan Lino, a sorti en 2019 un premier album nommé Iono plutôt bien accueilli par la critique, quoiqu’un peu linéaire. Helios est beaucoup plus versatile en termes de compositions avec une multitude de contrastes, mixant différents genres musicaux, opposant des ambiances éthérées à d’autres sévèrement burnées, ces dernières étant cependant prédominantes. Son leader omniprésent a fait de la place à d’autres protagonistes, à commencer par Olivier Moreau, son alter-ego guitariste, crédité de la portion congrue d’un titre pour la composition et rejoint aussi par Clémence Santé (basse), Jesse Haddad (percussions) ainsi que Marco Walczak (claviers) pour l’exécution.

Spheres - Helios band1
Ainsi, Spheres nous invite à un voyage très sombre d’environ trois quarts d’heure sur fond de désespérance de la trajectoire actuelle suivie par l’humanité, bien qu’Helios ne soit pas un concept album. Il est des moments où j’aime me plonger dans des ambiances dark et dépressives, qu’elles soient violentes (comme c’est le cas ici) ou non. OK, il vaut mieux ne pas s’y noyer, car une migration vers la dépression est toujours aux aguets. Alors, j’ai navigué avec précaution et lucidité sur ce Styx musical, bien qu’étant régulièrement surpris par ses méandres. Spheres entame cet album par ses deux singles, peut-être une façon de convaincre d’entrée avec cependant, le risque de ne pas pouvoir assurer sur la durée. Ce qui surprend avec « Algorithmic Sentience » c’est la dose d’émotion que l’on prend d’entrée de jeu grâce à un chant clair d’une tristesse infinie (il y a du Klone là-dedans), une solide martialité et une complémentarité rythmique infaillible entre les riffs, les percussions, la basse bien sûr, mais surtout les séquences de claviers qui magnifient le tout. Ceci est extrêmement convaincant, mais pas d’une originalité folle. « Spiritual Journey » survient fort judicieusement pour combler ce léger constat, proposant une étonnante alternance de chant grungy sur les couplets avec des refrains « growlés » et puissants. Il se pare d’une ambiance orientale dont la violence, au départ maîtrisée, se déchaine sur son final. Sa très longue montée instrumentale est vraiment bandante et constitue un des moments de bravoure d’Helios. Il faut bien l’admettre, il s’agit d’un point de non-retour qui interdira de décrocher de son écoute, car, heureusement, il ne s’agit pas d’un feu de paille. Le pavé de onze minutes que constitue « Pandemia » se profile à l’horizon avec un refrain death dans le plus pur style du metal extrême (et que j’ai donc eu du mal à digérer !), mais surtout, c’est une ode aux polyrythmies sur une rythmique étonnamment plutôt bluesy alors que les chœurs qui font leur apparition sur sa seconde partie sont totalement gothiques. Je pense que c’est à ce moment que j’ai succombé devant tant d’audace, même si certaines parties extrêmes, peu envahissantes cependant, demeurent difficilement accessibles pour mes goûts. Mais comment enchaîner après une telle claque ? Par un « SCS »… parfois… disco sur fond de chœurs tour à tour death et gothiques et avec des parties de batterie épatantes. Absolument m’sieurs dames. Amateurs masos, c’est le moment d’éprouver des frissons comme sous les coups de lanières d’un fouet Rammsteinien.

Spheres - Helios band2
C’est le moment de revenir sur le choix initial de frapper très fort avec les deux singles en début de galette. En effet, il faut alors noter que les trois dernières plages d’Helios montre un tantinet d’essouflement. « Running Man » manque d’inspiration sur les parties chantées, y compris sur le pont de chœurs alors que ses parties musicales sont remarquablement réussies. Le mid-tempo très syncopé « Take Me Higher, Ailleurs » peine à convaincre. « Do you agree ? » redonne de la couleur au final de l’opus, si je puis dire, car il confine au black metal en fait. Quelque part, il représente la synthèse de mes impressions sur cet album : j’ai détesté ses growls et kiffé le chant clair ainsi que les ambiances mystérieuses développées musicalement avec d’excellentes parties de basse et un formidable solo de guitare. Il est clair qu’avec ce titre, Spheres ne m’a pas donc réconcilié avec les growls. Pourtant, mes sentiments contrastés à l’écoute de cet album ne sont pratiquement liés qu’à mes goûts très tranchés en matière de chant. La qualité et la versatilité des compositions ainsi que de leur exécution m’ont permis de passer outre ces réticences, finalement plutôt facilement. Ceci est clairement la preuve qu’Helios est bourré de qualités et peut être grandement apprécié par des oreilles ayant peu d’accointances avec la scène extrême. Alors, imaginez le nirvana auquel vous accèderez si vous être proches de celle-ci. Vous pourrez succomber encore plus que moi avec une seule pensée en tête : « je me laiSpheres ». OK, je sors !

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https://spheresofficial.bandcamp.com/

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