SomeWhereOut – The Old Forest

The Old Forest
SomeWhereOut
Autoproduction
2021
Rudzik

SomeWhereOut – The Old Forest

SomeWhereOut – The Old Forest

Si Alan Parsons Project avait dû prendre un virage musical à partir de Eye In The Sky, au lieu de saupoudrer son pop/prog de plus en plus de sucre jusqu’à l’écœurement sur l’indigeste The Secret, il aurait pu nous faire du… SomeWhereOut, le « Project » du guitariste andalou Raúl Lupiañez assemblant avec bonheur pop et prog ainsi que metal et acoustique. Fort de l’excellent Eternity, Infinity EP déjà chroniqué par votre serviteur dans ces colonnes, Raúl est retourné aux fourneaux pour nous démouler son premier LP The Old Forest.
En terme d’inspiration, le virage est brutal puisqu’on passe de l’univers d’Isaac Asimov à celui des contes populaires de l’Europe centrale. La base de ses recettes musicales demeure la multiplicité des chanteurs mais aussi des guitaristes, ainsi qu’un savant dosage de metal et de rock pour des compositions très éclectiques dans lesquelles, eut égard au sujet abordé, s’invite également la musique orchestrale du XIXème siècle. Le propos de SomeWhereOut s’éloigne beaucoup de celui d’Alan Parsons Project qui, il est vrai, était surtout présent de par certaines similitudes de chant qu’on peut encore retrouver fugacement comme sur « Our Promise ». Le rock progressif de Raúl Lupiañez s’est singulièrement musclé. Ses riffs se sont alourdis (« Blood, Bones And Fear » avec son génial double riff alternatif et stéréophonique) et sont régulièrement accompagnés par le violon de Begoña Ramos. J’en profite pour zoomer sur ces parties de cordes omniprésentes sur l’album. Il ne s’agit pas de déferlements d’arpèges à la façon d’un Kansas, mais plutôt d’une rare complémentarité guitare/violon dont le second vise à renforcer l’intensité dramatique des compositions. Il n’est pas pour autant confiné (argh ! Désolé pour l’emploi de ce mot désormais maudit !) aux seconds rôles, mais se retrouve aux avants-postes dans l’émouvant « You And I » et se montre indispensable tout au long du remarquable et épique « The Old Forest ». Ainsi donc, Begoña Ramos se pose en composante essentielle du son de SomeWhereOut. Je pourrais citer aussi la très forte contribution au piano de… Raúl Lupiañez (qui n’est pas que guitariste) tout au long de cet album et de façon grandiose sur « The Old Forest », ainsi qu’à la basse « Mara » et avec Antonio Maña en combinant basse et piano pour une renaissance savoureuse de « The Old Forest » et ce en plein milieu du titre. On remarquera aussi la performance au chant d’Alba Bermejo rappelant par moments les tonalités de Maggie Reilly (celle qui chantait le fameux « Moonlight Shadow » de Mike Oldfield) sur « Someone With No Name ». Cela paraît assez paradoxal de mettre l’accent sur les contributeurs « acoustiques » de cet album qui ne l’est pratiquement pas. Et justement, c’est cette complémentarité entre les parties acoustiques, tour à tour isolées ou entremêlées avec les riffs de guitare qui fait de The Old Forest une galette savoureuse à souhait.

SomeWhereOut – The Old Forest band1

Il ne me paraît pas judicieux de vous infliger une liste « à la Prévert » de tous les contributeurs à ce projet. Ils sont au nombre de… dix-sept dont trois nouveaux par rapport à l’EP et pas moins de huit chanteurs. Même Ayreon ne fait pas mieux ! Pour autant, le chant n’est fort heureusement pas surabondant et ne se résume pas à une compétition machiste du style « qui a la plus longue » ou plutôt « qui a la plus haute » (voix). Par contre, si la réussite est souvent au détour de la chanson (« Blood, Bones And Fear » avec Dante Martin, « The Midnight Bell » avec Abraham Linares, « The Crystal Mountain » avec Jesús Martínez), certaines parties chantées sont plus contrastées (« The Fallen One », « You And I »). Venons-en aux plages de guitares principalement délivrées par Raúl lui-même. À l’instar du maître en la matière, Tony Iommi, ce mec possède le sens des riffs et ne se gêne pas pour le mettre en exergue sur des morceaux comme « The Fallen One » ou « The Crystal Mountain quand ça n’est pas son invité, Dante Martín qui s’y colle (« Bones, Blood and Fear »). Questions soli, là encore le dosage est judicieux malgré la présence de quatre invités adeptes du manche. On remarquera ceux en tapping de « The Crystal Mountain » (Israel Lupi) et surtout celui de Raùl plaqué sur son titre éponyme et qui clôture joliment l’album. Etant donné la qualité de ce dernier, Raúl a t’il réellement besoin d’inviter d’autres guitaristes ? Autre réflexion, après relecture, je m’aperçois que j’ai cité plusieurs fois le titre « The Old Forest », à l’évidence il représente la cerise sur le gâteau de ce bel opus.
Je m’étends, je m’étends… dire que j’avais promis de ne pas tomber dans le piège de la liste à rallonge. Pourtant, il y aurait encore tant à dire sur ce très riche album qui réussit à éviter les pièges classiques de ce genre de projet, à savoir la suffisance, le démonstratif, la surabondance, la complexité pour la complexité, etc. Au contraire, les mélodies sont toujours assez accessibles même lorsque les morceaux sont plus ambitieux et la construction des titres, les plus épiques compris, ne perd jamais l’auditeur en route.

SomeWhereOut – The Old Forest band2
En définitve, The Old Forest crève le plafond de verre des productions actuelles de rock progressif grâce à son ambition maîtrisée et au talent de son mentor, Raúl Lupiañez, un cuisinier musical possédant cette rare capacité d’assembler de multiples saveurs auditives pour en faire un mets raffiné mais pas outrancier, digne des plus grands chefs étoilés.


https://www.facebook.com/Somewhereout-Oficial
https://somewhereout.bandcamp.com/

 

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