Secret Machines – Awake In The Brain Chamber

Awake In The Brain Chamber
Secret Machines
TSM Recordings
2020
Fred Natuzzi

Secret Machines – Awake In The Brain Chamber

Secret Machines Awake In The Brain Chamber

Ce qui a toujours été étonnant chez Secret Machines, ce sont leur son à la fois terrien, grâce à la frappe énorme, lourde et métronomique du batteur Josh Garza (impressionnant en live) et la voix aérienne de Brandon Curtis (basse, claviers) qui survolait les chansons passant à travers des couches de guitares à la fois éthérées et puissantes de Benjamin Curtis, son frère. Une combinaison magique qui avait révélé un groupe unique. Je les avais découvert il y a une quinzaine d’années lors d’un concert de… Foo Fighters ! Alors qu’une première partie assez punk et énergique avait mis en joie les parisiens du Zénith, Taylor Hawkins, le batteur des Foo s’avance sur la scène et annonce une seconde première partie. Un groupe qui lui tient à coeur et qu’il veut nous faire découvrir avec une musique extraordinaire, Secret Machines. Alors le trio américain se met en place et commence à jouer dans la pénombre (une constante chez eux) qui ne sera qu’à peine entrecoupée de quelques instants de flash de lumière. Une intro longue et planante, une rythmique lourde et hypnotique ainsi qu’une voix aérienne m’emportent alors et ce pendant 20 minutes, je suis ailleurs. La musique, épique et construite, contraste fortement avec l’énergie foutraque punk rock du groupe précédent et il semble que tout le monde déteste et s’ennuie. Moi j’adore ! Et je le fais savoir à mon voisin en lui disant, un peu provocateur : « Je crois que de toute la soirée, on n’entendra pas mieux que ce son-là ». Je ne me suis pas fais un copain ! Et pourtant, j’adore les Foo Fighters. Mais là, on ne jouait plus sur le même plan, on aurait même pu qualifier la musique des Secret Machines comme du progressif, ce que les médias ont fait en disant qu’ils étaient le croisement de Led Zeppelin et Pink Floyd. Eux préfèrent dire qu’ils font du space rock et du krautrock « mais avec des refrains ». C’est vrai, mais ce n’est pas seulement ça. Les Secret Machines ont aussi ouvert pour Interpol (Brandon Curtis est également devenu leur claviériste sur scène), U2, Oasis, joué avec les Kings Of Leon et David Bowie en était fan. C’est dire que ce groupe, absent des radars depuis 2010, a une aura de culte.

Petit retour en arrière : on peut dire que cela aura été court mais intense. Premier EP en 2002, cinq titres pour 28 minutes de musique mêlant le rock, le psychédélique, l’expérimental et… la pop sophistiquée. September 000 pose les bases de ce que va devenir le groupe avec en point d’orgue le morceau « Marconi’s Radio ». Le son se resserre dès le premier album Now Here Is Nowhere en 2004, notamment avec les titres « First Wave Intact », grosse baffe sonique, et l’entêtant et dynamique « Nowhere Again ». L’EP qui suivra en 2005, The Road Leads Where It’s Led, présentera le titre éponyme tiré de l’album précédent, un inédit et quatre reprises pour plus de 35 minutes ! Un EP indispensable pour la reprise de 7 minutes de « Money (That’s What I Want) », lente et envoûtante, relecture culottée, les textures de « Girl From The North Country » de Bob Dylan qui s’étirent sur 9 minutes et transforment la chanson en morceau post rock et « (De Luxe) Immer Wieder » du groupe allemand Harmonia qui montre bien les racines kautrock du groupe.

Secret Machines Awake In The Brain Chamber Band 1

Le second album, Ten Silver Drops, sort en 2006 et possède un son plus propre, changeant légèrement la sensibilité du groupe. Citons le très réussi « Alone, Jealous And Stoned », « All At Once (It’s Not Important) » proche d’un Bowie et « Daddy’s In The Doldrums », long voyage hypnotique pas loin des Doors. Puis, coup de semonce, Benjamin Curtis quitte le groupe pour School Of Seven Bells à la démarche plus électronique. Malheureusement, il décèdera en 2013 d’un lymphome. Phil Karnats reprend la guitare à sa place et un troisième opus, sobrement intitulé Secret Machines, voit le jour en 2008. Même sans être mauvais, c’est une déception, aucun des titres n’arrivant à retrouver la puissance charismatique des précédents. Retenons quand même « Last Believer, Drop Dead » et les 11 minutes du sonique « The Fire Is Waiting ». Un quatrième album devait voir le jour en 2010, The Moth, The Lizard And The Secret Machines mais jugé trop dépressif, il a été rangé au placard malgré deux titres sortis à cette époque. Brandon Curtis continua a écrire et à partager ses démos avec son frère avant qu’il ne décède. Il a développé certaines chansons au sein d’un nouveau groupe, Cosmicide, mais rien n’aboutira. Ce sont ces morceaux qui forment la base du nouvel opus, Awake In The Brain Chamber, le groupe se réduisant à un duo.

Alors, Secret Machines, douze ans plus tard, cela donne quoi ? C’est tout simplement réjouissant, le duo reprend là où il s’était arrêté, en gardant ses fondamentaux. Les huit morceaux ne s’étirent plus sur la longueur comme par le passé. Le propos est ramassé mais le son Secret Machines est bien au rendez-vous. On pense à Mercury Rev ou à David Bowie très fréquemment pour cet opus. « 3,4,5 Let’s Stay Alive » ouvre l’album sur une rythmique lourde puis vient la voix inchangée de Brandon, aérienne et maîtrisée. Un pur plaisir proche d’une dream pop. « Dreaming Is Alright » nous ramène vers les morceaux les plus efficaces du groupe à l’époque du premier album. Dynamique avec un très bon riff, le morceau cavale et rafle tout. « Talos’ Corpse », single de l’album, ralentit la cadence pour un titre quasi cold wave. La batterie et le chant dans « Everything’s Under » forment un tunnel sonique que l’on adore parcourir, si typique des Secret Machines. « Everything Starts » caresse le côté le plus pop du duo, comme un Tears For Fears Orzabalien, référence parsemée sur tous les disques du groupe. « Angel Come » aurait pu convenir à un Bowie par exemple, comme « A New Disaster » d’ailleurs , morceau plus « accessible ». Enfin, « So Far Down » achève l’album sur une note moins sonique, mais ne fait pas pour autant dévier l’album de sa course.

Secret Machines Awake In The Brain Chamber Band 2

Avec à peine plus d’une demi-heure de musique, Awake In The Brain Chamber prouve que les Secret Machines sont toujours passionnants et ont encore quelque chose à dire. Aucun remplissage, aucune faute de goût, l’album remet le groupe en selle de bien belle manière. Reste à espérer que les plans pour sortir l’album secret The Moth, The Lizard And The Secret Machines et un EP d’inédits tirés des sessions d’AITBC se réalisent et que les fans de la première heure reviennent pour supporter un groupe au son assez unique que je vous encourage à découvrir, notamment en allant écouter l’album sur leur bandcamp.

https://www.thesecretmachinesofficial.com/

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