Sébastien Polloni – Ravines

Ravines
Sébastien Polloni
Les Imprudences, L'Autre Label
2015

Parfois, on est voisins et l’on ne se connaît pas ! Il a fallu un concert pour que je découvre Sébastien Polloni. Avec son groupe, il assurait – c’est le cas de le dire – la première partie d’Archimède à La Puce À L’Oreille, salle de Riom (63) dont je parle régulièrement. Séduit par ce que je voyais et entendais, je n’avais plus qu’à faire le pas, facile et léger, pour découvrir son premier album, Ravines, réalisé en 2015 par Guillaume Cantillon (Kaolin) et Papillon (le complice de Sébastien, sur scène également) pour le label « Les Imprudences, L’Autre Label ». Un premier album, c’est toujours important. On y met beaucoup, on tente d’y poser un univers, un style, une patte. Et c’est bien ce qui se passe avec Ravines.

Les effluves délicates et mystérieuses de l’Auvergne se dégagent de ces pistes qui n’ont pourtant ni creux ni bosses tellement l’album est compact, offrant onze titres d’une égale qualité, phénomène assez rare dans la production actuelle. Sébastien, l’air de rien, se balade dans ses contrées électives, proposant des ballades, qu’elles soient tendres ou plus acérées (ce qui se vérifie d’ailleurs en concert), distillant une poésie simplement tendre quand elle n’est pas tapissée sans façon de jolies tournures. Bien entendu, les ombres délicates de certains musiciens français planent au-dessus de ce disque. Celle du voisin Jean-Louis Murat, bien entendu, mais encore de Dominique A, d’Alex Beaupain ou du premier Luke (La Vie Presque, 2001). Néanmoins, ce ne sont que leurs ombres, et Sébastien Polloni étend les ailes d’un style et une approche qui lui sont propres. Rien d’outrageusement démonstratif, tout bonnement une justesse dans les mélodies, les arrangements et cette curieuse impression de connaître déjà par cœur ces compositions dès la première écoute.

Sebastien Polloni - Photo

Ravines, c’est un disque qui vous met de tendres frissons et ponce avec légèreté votre spleen (en tout cas le mien !). On se prend à se rêver divaguant dans les trouées de la chaîne des Volcans par un beau ciel de printemps, une guitare acoustique à la main, avant qu’une averse soudaine et familière ne vienne vous surprendre. C’est un verre que l’on prend, solitaire, à la table d’une terrasse, place de Jaude, l’œil attiré par la démarche d’une femme dont la robe légère suit l’énergie délicate de son pas décidé mais léger. On déguste ses chansons comme un bon vin dont les parfums réveillent votre mémoire, celle des hauts, des bas, des sommets, des entailles… On y côtoie des personnages réels ou imaginaires (« Les Cowboys Et Les Fées ») au creux de petites histoires (parfois acerbes comme « Les Hommes Au Revolver ») savamment distillées, sans en avoir l’air. Mélancolique et léger, triste et amusé, délicat ou plus direct, ce premier disque est un voyage (« les horizons en fuite, les rivages inhumains et les mers interdites » sur « Les Étendues »), une sucrerie acidulée (« Le Pont Des Arts »), avec une dose de folk à la Bashung (« Ravines »), une violente tendresse vengeresse (« La Promesse »), des souvenirs amoureux (« Appartement En L »), du mystère nébuleusement allégorique (le magnifique « Rose-Croix »)…

Quoi qu’il en soit, des premiers accords de « Dis-moi » aux dernières notes de « Si Simple », laissez-vous tirer l’oreille par Sébastien Polloni, il vous emmènera pour une virée, « les poches vides, les artères pleines » de ses notes et de ses mots, dans les sous-bois odorants et colorés et jusque « Dans La Pénombre » de ses épures mélancoliques. Et comme un bonheur si simple n’arrive jamais seul, Sébastien Polloni revient bientôt avec un nouvel album, Métamorphose(s), dont le financement participatif via Microcultures (voir lien ci-dessous) se termine à la mi-juillet.

Henri Vaugrand

http://www.sebastienpolloni.lesimprudences.com/

https://www.facebook.com/SebPolloni/

http://www.microcultures.fr/fr/project/view/metamorphoses

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