Rolf Zero – Poseidon

Poseidon
Rolf Zero
Autoproduction
2025
Palabras De Oro

Rolf Zero – Poseidon

Rolf Zero Poseidon

S’il fallait créer une catégorie de groupes au parcours très atypique, Rolf Zero y aurait largement sa place. Ce groupe touche-à-tout s’est constitué à Brisbane en Australie en 1998 sous la forme d’un projet studio. Il est composé de Cris Van Anderson (guitare et claviers), de Cecu Pauta (batterie) et de Dani Leero (basse). À la base, ce trio underground ne visait que le plaisir de jammer ensemble avec les moyens du bord dans un studio de fortune. Il me faut vous conter leur étonnante genèse les ayant amenés à sortir Poseidon en janvier 2025.
Au début, leur fond de commerce reposait sur des reprises de classiques de hard rock seventies épiques, genre Deep Purple, Creedence Clearwater Revival ou Led Zeppelin. Très rapidement, leur soif de s’améliorer les amena à s’inspirer des schémas progressifs de la même époque et tout particulièrement ceux médiévaux, spatiaux et symphoniques. Était-ce un incroyable manque de confiance en leurs moyens ? Toujours est-il que nos Australiens mirent une bonne quinzaine d’années avant de se lancer dans des compositions personnelles complexes. Plus étonnant encore, ça n’est que lors du triste hiatus dû à la Covid 19 qu’ils prirent véritablement conscience de la qualité de cette montagne de compositions amassées. Un véritable trésor de guerre en soi.

Rolf Zero Poseidon band1
Ils décidèrent d’exhumer tout ce travail pour s‘atteler à la difficile tâche de séparer le bon grain de l’ivraie afin d’être en mesure de publier en totale autoproduction des albums aboutis. Ainsi, ces deux décennies de sessions confidentielles a donné naissance à pas moins de neufs albums, dont un live et deux EP, en seulement trois années ! Ces douze travaux d’Hercule furent tellement confidentiels, y compris dans leur publication (uniquement en streaming), que je n’ai découvert Poseidon, leur dernier album, que juste un an après sa sortie. Avouez que ce parcours n’est vraiment pas banal. Leurs choix de production ne le sont pas non plus. Certains titres ont été peaufinés et sont parfaitement produits alors que d’autres sont restés pratiquement tels quels, afin de garder le son brut des jams avec leurs accordages imprécis ainsi que le côté parfois un peu naïf de leurs premières compositions. Sans des infos précises de la part du groupe (on peut se demander si eux-mêmes en disposent), il est impossible de déterminer de quelle époque provient chaque titre édité. De plus, leur passion pour les jams sessions ne s’est pas éteinte, donc la matière continue à émerger de celles-ci. Leurs albums sont des patchworks instrumentaux (excepté Peenah Duture’s Cosmic Voyage qui est leur unique œuvre vocale) que l’on ne saurait toutefois appeler « bazar brouillon ». Tout au plus peut-on les qualifier de très hétérogènes.

Assurément, Poseidon l’est, bien qu’il ne soit composé que de nouveau matériel progressif instrumental. Le trio nous entraîne dans un labyrinthe d’ambiances sombres et éthérées imbriquées grâce à un savant mélanges de sonorités à dominante vintage. Leur objectif était de créer des atmosphères propices à susciter l’esprit de la mythologie grecque antique, comme le nom de l’album nous le suggère. C’est une vraie réussite, le piège si tentant du pompeux ayant été évité au profit d’incessants changements de climats musicaux d’où les turbulences ne sont pas absentes. À cet égard, les deux premiers titres sont de véritables kaléidoscopes. En particulier, l’initial « Poseidon » est un diamant à mille facettes, enchaînant une rythmique endiablée avec un passage floydien doté d’une basse aventureuse comme je les aime tant. Son « faux » final psyché rock sur fond de tonnerre de Zeus est un surprenant « faux »  redémarrage metal prog presque avorté. Déroutant ! La symphonique « Medusa » apparaît plus sage avant de basculer vers un propos metal prog, cette fois-ci pleinement assumé. Les claviers sont épatants, la basse toujours aussi active, la batterie au service d’un groove formidable et la guitare fournissant une trame infaillible. Son final, après un superbe pont, déverse une tonne d’émotions, démontrant que le groupe peut s’émanciper du chant pour les faire passer. Le premier bilan après ces deux premiers coups de semonce montre que Rolf Zero possède l’inspiration créatrice des introductions mystérieuses et classieuses non redondantes. Dans les morceaux suivants, il cultive une ambivalence faisant régulièrement se succéder deux ambiances opposées. On remarque que « Elysium (part I) » se lance dans une rythmique syncopée complexe impulsée par son batteur avant que la guitare ne hausse le ton pour ralentir le tempo. Nos Aussies s’y entendent… aussi… (pas pu m’empêcher de la faire celle-là, désolé) en matière de délicatesse. « Beneath the Scæan Gate » est une ballade d’une sensibilité extrême, genre le “Us And Them” des Pink Floyd, car habillée par des slides de guitare éthérés. Et que dire de cet échange presque continu entre le piano Hector et la guitare Andromaque sur… « Hector And Andromache » dont les deux parties (quand je vous parlais de bicéphale plus haut) sont d’une beauté inouie. Changement de décor pour « Elysium (part II) » qui, lui, fait s’opposer une partie syncopée avec une autre renvoyant au hard rock 70’s de leurs débuts grâce à une rythmique d’orgue Hammond. Nous ne sommes pas au bout de nos surprises avec « Metaxa Hungover » , une ballade mi-country sur fond d’harmonica, mi-prog, mi-classique (je sais, il y a trois « mi », et alors !) Sur « Waltzing Matilda », on retrouve Hector (comprenez le piano) et une Andromaque gilmouresque pour une superbe ballade joliement introduite. « Ailurophobia » termine cette galette de façon épique. Une certaine martialité en émane jusqu’à sa seconde partie (j’espère que vous avez compris maintenant qu’il y a presque toujours deux parties, comme pour le nom du groupe : Rolf Zero) qui marque une accélération sur une joute guitare / Hammond avec des parties psychées digne des grands albums live de hard rock des seventies. Sans doute est-ce sur cet ultime morceau que l’on retrouve le plus la fibre hard rock épique des 70’s imprégnant les jams sessions qui furent les fonds baptismaux de Rolf Zero. À croire que l’énergie qui transpire de « Ailurophobia » provient d’un enregistrement dans les conditions du live. Mais d’où tiennent-ils toute cette énergie ? (toute ressemblance avec un politicien est purement fortuite… quoique). Zeus pique une nouvelle colère pour conclure Poseidon alors qu’on se dit qu’il devrait, au contraire, être flatté qu’une telle œuvre soit un hommage à la mythologie grecque. Mais il est vrai que Zeus, tel un mégalomane US (toute ressemblance avec un politicien est purement fortuite… quoique), piquait des colères pour n’importe quoi.

Rolf Zero Poseidon band2
Il me fallait un truc qui sorte vraiment de l’ordinaire pour qu’il me prenne l’envie d’accoucher de ma première chronique en cette année 2026 débutante. Même si c’est un reliquat de l’année dernière, ce Poseidon de Rolf Zero remplit parfaitement son office, autant par son propre propos éclectique en diable que par l’histoire réellement très particulière du groupe. Celui-ci maîtrise l’art culinaire d’accompagner les restes, mais désormais, celui d’imaginer les recettes d’un futur que l’on imagine créatif et brillant.

https://rolfzero.bandcamp.com/album/poseidon
https://www.youtube.com/watch?v=391wR53kBkI

 

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