Phil Manca – Dancing Spirits

Dancing Spirits
Phil Manca
Trémolo Editions Productions
2020
Rudzik

Phil Manca – Dancing Spirits

Phil Manca Dancing Spirits

Je ne me suis jamais remis de la disparition de Gary Moore, ce guitar hero irlandais d’airain capable de transformer la plus banale des ballades (« Parisienne Walkways ») en un hymne à la guitare inoubliable. Peu de musiciens peuvent se targuer d’en être les héritiers, surtout dans notre beau pays. Phil Manca est clairement de ceux-là. Le natif de Colombes a été nourri dès son plus jeune âge aux arpèges décapants des maîtres vintage que sont Messieurs Clapton, Moore, Schenker, Gallagher, Page, Young ou Beck. Il n’a cessé de suivre leurs traces tout au long d’une carrière entamée avec TNT dans son garage pour ensuite rejoindre Sortilège.
Par la suite, ses aspirations plus personnelles l’ont conduit à écrire de la musique de film et de comédies musicales avec un certain succès dans le cadre du projet Era. Il a surtout écrit et produit l’ambitieux opéra rock Ypse et tutoyé le succès pendant une dizaine d’années avec la comédie musicale rock pour enfants Jack Et Le Haricot Magique (Olympia, Casino de Paris). Ensuite, notre infatigable guitariste a mené une tournée hommage à… Gary Moore pendant deux ans – d’où mon introduction – qui fût très convaincante au contraire de beaucoup de groupes de cover et qui lui a surtout permis de (re)découvrir l’étendue de son propre talent de guitariste. Il devenait temps pour lui de mettre sur galette ses compositions originales, ce qu’il fit sur un premier album solo, Signs en 2018. Et voici que son nouveau rejeton, Dancing Spirits, sonne comme une confirmation (s’il en fallait une !). Les dix titres de l’album sont une revue en règle du savoir-faire de Phil en matière de blues rock. Il s’est entouré de David Jacob (basse), d’Eric Lafont (batterie) et de Josselin Jobard (chant, guitare et claviers sur scène).

Phil Manca Dancing Spirits band1
Les codes du genre sont évidemment bien honorés et la Lespaul de Phil se taille la part du lion mais pas que. On remarque aussi beaucoup le chant de Josselin, un alter-ego de qualité, indispensable pour illuminer les compositions originales de notre guitar hero. Son blues rock est vraiment très charnu et donne naissance à des mid-tempi lourdingues à souhait et ce d’entrée pour un «  Crying For Freedom » introduit par les premiers arpèges guitaristiques de l’album. La puissance des riffs apparaît maîtrisée, un peu comme si Phil avait voulu en garder un peu sous la pédale avant de nous jeter en pâture l’énorme «  Dancing Spirits », le single extrait de l’album, un uppercut terrible sur lequel la basse ne rechigne pas à s’exposer au grand jour, pour mon plus grand plaisir. Le déluge de notes délivrées par une Lespaul bouillonnante est effarant d’efficacité avec parfois des distorsions à la Van Halen. Les réminiscences du « Parisienne Walkways » précité sont perceptibles sur les deux blues indolents «  Betty Blue » et « Someone Cares For Me ». Elles éveillent une émotion qui rappelle à quel point un excellent guitariste peut en susciter sans avoir besoin de mots pour l’exprimer. Pourtant des mots, il y en a fort heureusement (je ne suis pas fan des albums 100 % instrumentaux). Ils sont l’œuvre de sa compagne Frédérique Arguello et décrivent l’injustice, la dégradation de l’environnement et la difficulté à faire son deuil après la perte de proches.
De l’originalité dans les compositions, il y en a aussi, surtout avec « Talia » dont les accords semblent volontairement légèrement dissonnants ce qui le rend judicieusement moins prévisible. Egalement « Sea Of Stone » romp le rythme avec sa longue intro un peu alanguie avant que Phil n’ouvre brusquement la boîte à groove. Les alternances entre ces deux ambiances donnent un titre plutôt progressif qui plaira à ceux qui, comme moi, aiment les commodes musicales, les morceaux à tiroirs quoi ! Voyons voir, nous avons eu les mid-tempi lourdingues, les ballades, les surprises, ah oui, il y aussi l’excellent boogie rock « All Around The World », le blues rock qui balance bien « Got To No », la ballade mi-atmosphérique et pas chiante « Mask Of Snow » et le rockabilly sympa (et non trash, eut égard à son nom) « Motorhead Baby ».

Phil Manca Dancing Spirits band2
Voilà, la messe blues rock est dite et bien dite : nous avons tous les ingrédients pour en faire « avant nos prières du soir » (Eddy Mitchell, si tu me lis…). Il faut dire que la démonstration de Phil Manga est complètement ancrée dans les racines de ce genre et rend un hommage vibrant à tous ces guitar heroes de ces 70’s, des années si bénies de créativité. Comme l’écrit son biographe Christophe Crénel, « la guitare électrique a encore ce superbe pouvoir d’émouvoir les gens en 2020 » et même au-delà. C’est sans doute parce qu’elle est née avec le rock authentique et qu’elle en est tout simplement l’âme.

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