Minimum Vital – Pavanes

Pavanes
Minimum Vital
2015
Musea

Minimum-Vital-Pavanes

Minimum Vital : Rock progressif depuis 1982. Voilà ce que peut annoncer fièrement la page d’accueil du site internet exhaustif de cette formation girondine à la si gironde musique. En effet, qui peut s’enorgueillir de produire une musique si exigeante et si peu médiatisée depuis plus de trente ans ? La discographie hautement qualitative de la bande des jumeaux Payssan (Jean-Luc aux guitares et autres instruments à cordes, Thierry aux claviers, accompagnés par l’excellent bassiste Eric Rebeyrol) prouve qu’en France il existe encore des groupes singuliers, sachant créer un univers unique, des musiciens qui ont su s’affranchir de la trop haute évidence des Trust, Téléphone, Ange ou autres Noir Désir. Ainsi, à l’instar de Lazuli, Alifair ou autres NeBeLNeST, Minimum Vital a su, et avec quelle maestria, inventer un style qui lui est propre et dans lequel il a forgé, à force de travail et d’abnégation, un matériau noble, pur et sophistiqué.

Certes, les ambiances développées dans ce double album instrumental magique pourront faire voyager l’auditeur dans des contrées pas si éloignées de celles foulées par Malicorne et Motis ou même par les Yes et Mike Oldfield d’avant leur posture aphasique actuelle. Il faut rappeler que les classiques de la troupe atlantique (« Sarabandes » en 1990 et « La Source » en 1993) ont d’emblée posé les règles du jeu. Des compositions audacieuses mais très construites, parfois proches d’un jazz-rock heureusement toujours mélodique, magnifiées par le jeu fluide et démoniaque du six-cordiste averti.

Minimum Vital Band

La dernière livraison en provenance d’Aquitaine vaut son pesant de vieux Saint-Emilion. Une production dorée à l’or fin étreigne la petite vingtaine de titres qui se pavaneront avec délice dans vos écouteurs, vous replongeant dans un Moyen Age magnifié, pas celui de l’heroïc fantasy pour adolescents attardés. Mais plutôt celui d’une certaine beauté complexe qui prouve à elle seule l’incurie du cliché qui voudrait que cette période historique recouvre à elle seule les temps les plus ténébreux et obscurs de l’histoire de l’humanité.

Pour ne rien gâcher, l’équipe n’adopte jamais une posture hautaine ou suffisante. L’amour de la beauté et l’humour partagé leur servent d’écuyers. Pour vous en convaincre, jetez un œil sur le très étonnant clip du superbe morceau d’ouverture « Javary & Montago », un manifeste animalier que n’auraient renié ni le grand Frank Zappa, ni les Monty Python.

Une sorte de pendant sonore au très incongru roman « Du Vent dans les saules » du britannique Kenneth Grahame. L’univers esthétique et sonore de Minimum Vital a plus à voir avec celui façonné par Alexandre Astier, le père de la série culte Kaamelott, excellent musicien lui aussi, qu’avec le snobisme éculé de certaines formations de rock progressif que nous ne nommerons pas.

L’ours grincheux grognera que ce disque ressemble fort aux précédents. C’est vrai. Et c’est bien pour cela qu’il est si beau. Les sirènes de la modernité n’ont jamais su attirer nos Ulysses progressifs. Pour notre plus grand bonheur.

Christophe Gigon (8/10)

http://www.minimum-vital.fr/

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