M83 – DSVII

DSVII
M83
Naïve
2019
Thierry Folcher

M83 – DSVII

M83-DSVII

Voilà un album qui devrait plaire à beaucoup de monde. Aux nostalgiques des claviers analogiques, aux compilateurs de musiques de jeux vidéo (j’en connais), aux inconditionnels de BO de films, aux fans de Ryuichi Sakamoto et de Brian Eno, aux consommateurs d’ambient, aux curieux de tout poil ou plus simplement aux amateurs de musique électronique mélodique. Les seuls qui pourraient trouver à redire, ce sont peut-être les inconditionnels de la pop facile et « pubesque » de Junk (2016) le précédent ouvrage studio. C’est vrai qu’avec DSVII, M83 va bien brouiller les pistes et son approche plus cérébrale de la musique risque d’en laisser plus d’un au bord du chemin. M83 (du nom d’une galaxie lointaine), c’est Anthony Gonzalez, un jeune français talentueux dont le projet musical a commencé à l’aube des années 2000 et va vite déborder des frontières de l’Hexagone pour atteindre une belle renommée outre-Atlantique. Les albums et les succès vont s’enchaîner et en 2010 Anthony s’installe à Los Angeles pour enregistrer Hurry Up, We’re Dreaming (2011), porté par son single retentissant « Midnight City ». Un méga hit international dont l’intro pêchue va servir de support publicitaire, de jingle pour émission sportive et même d’illustration musicale pour une campagne politique. Du coup, M83 va passer dans une autre dimension et le monde de l’image va faire les yeux doux à notre gars d’Antibes qui signera en 2013 la BO d’Oblivion et fournira régulièrement de la matière musicale pour des films et séries comme Divergente, Invincible ou Versailles. Un travail de studio de grande qualité qui ne doit pas masquer l’activité d’un classique groupe de rock, capable d’enchaîner les scènes pour rencontrer le public et promouvoir la sortie des albums. Anthony Gonzalez est un chanteur multi instrumentiste de talent doublé d’un showman qui sait faire bouger les foules. Ses prestations scéniques calibrées pour les festivals font bien sûr penser aux formations des années 80 et à l’enthousiasme d’Arcade Fire mais aussi à l’héritage plus ancien d’Electric Light Orchestra.

DSVII (Digital Shades Vol.2) qui sort en cette fin d’été 2019 est en fait l’écho de Digital Shades Vol. 1 paru en 2007. Un apaisant virage ambient entre deux sorties synthpop forcément codifiées et pétulantes. Pour ce deuxième volet, Anthony nous explique avoir voulu créer une œuvre plus profonde et débarrassée des contraintes pop habituelles. C’est donc une vision plus expérimentale de son univers musical qui nous attend. Les quinze titres de DSVII ont été écrits sous le grand soleil de la Côte d’Azur et enregistrés par Ken Andrews, bien connu pour ses collaborations avec Beck, A Perfect Circle ou Nine Inch Nails. Ce retour à la maison, conjugué par une belle consommation de vieux films et de jeux vidéos des années 80 va imprégner DSVII d’une coloration forcément rétro. La première écoute nous fait penser à une BO d’une autre époque où les Belmondo, Ventura et autre Delon squattaient les écrans et façonnaient un cinéma à la fois naïf et de grande qualité. Du cinéma qui remplissait à merveille son rôle d’évasion du banal quotidien. Les partitions des Morricone, Jarre ou Delerue avaient cet aspect chatoyant et porteur d’images que l’on perçoit dans les compositions d’Anthony Gonzalez. Sur DSVII vous allez retrouver une collection de petits moments jouissifs qui vont aussitôt évoquer des paysages, des rencontres, des moments d’extase ou d’élévation spirituelle. La pochette signée Franck Quitely, un dessinateur bien connu pour ses travaux chez Marvel, apporte une touche supplémentaire à l’ambiance surannée de l’album. C’est un joli voyage plein de souvenirs qui va susciter l’émotion chez l’auditeur. Un voyage en douceur mais façonné avec tout l’arsenal d’un groupe de rock. Les claviers bien présents sont épaulés par une belle brochette de musiciens dont Andrew Boyle à la batterie, Justin Meldal-Johnsen à la basse et Joe Berry en inamovible touche à tout.

M83-DSVII Band1

L’album se déguste du début à la fin sans temps mort et éveillera pour certains des souvenirs nostalgiques. Pour ma part, voici quelques vignettes sonores qui ont retenu mon attention. A commencer par les premières notes de « Hell Riders » qui vont prendre leur temps pour lancer le morceau avant que tout ne devienne plus alerte et mette en place des chœurs surgis du passé. Une construction comme savait le faire le Alan Parsons Project de la grande époque. On est dans l’illustration musicale du septième art et on va y rester la plupart du temps. Pour preuve l’intro de « Goodbye Captain Lee » qui nous rappelle au bon souvenir du fameux thème de Furyo « Merry Christmas, Mister Lawrence » (1983). Les titres semblent issus d’une BO imaginaire dont les images seraient à inventer. Les atmosphères très variées vont nous faire passer du contemplatif minimaliste (« Colonies ») à des séquences plus dynamiques (« Lune De Fiel »), en ajoutant aussi du romantisme charnel (« A Word Of Wisdom ») avec la voix chaude de Suzanne Sundfør. Il faut souligner aussi la belle écriture de « Feelings », un titre phare de l’album qui nous fait penser à Bertrand Loreau, un autre magicien des claviers de grand talent et régulièrement chroniqué dans Clair et Obscur. Les titres sont particulièrement évocateurs comme « Oh Yes You’re There, Everyday » et son ressenti enthousiaste, comme « Jeux d’Enfants » et son piano puéril ou comme « Mirage » et ses nappes de clavier aériennes. L’album s’achève avec « Temple Of Sorrow », autre temps fort de DSVII. Une longue mise en place toute en douceur qui fait espérer un épilogue grandiose. Les chœurs tout d’abord, puis les claviers, vont se charger de lancer cette grande scène finale tonitruante et majestueuse. Une vraie réussite.

M83 - DSVII band 2

Anthony Gonzalez s’est fait plaisir. Certainement lassé de son costume électro-pop assez pesant, il est retourné vers ses souvenirs d’enfance et la bande son qui va avec. L’intérêt de DSVII est de faire la part belle à ses talents de compositeur mais aussi de récupérer au passage un tout autre auditoire. Les nombreux fans de musiques de films vont peut-être découvrir M83 et sûrement se contenter de ces Digital Shades. Un album qui est accompagné par une fort belle illustration visuelle nommée Extazus, dirigée par Bertrand Mandico et composée de trois titres de DSVII. Je me devais donc de l’associer à cette chronique en vous la proposant ci-dessous.

http://ilovem83.com/

 

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