Ian Nyquist – Endless, Shapeless

Endless, Shapeless
Ian Nyquist
Laaps
2021
Jéré Mignon

Ian Nyquist – Endless Shapeless

Ian Nyquist Endless Shapeless

Ce sont des souvenirs. Pas si lointains que ça, assez récents au final, mais des parcelles de mémoires quand même… Ce sont des pas dans la mer, le regard rivé sur l’horizon, le brouhaha des vagues d’une marée ascendante ou descendante dont on répond par des clapotis dans un dialogue étrange et intime. C’est la perte de repères, la déconnexion au réel pour ne laisser que l’immensité d’un rivage, la colorimétrie d’un paysage qui invite à l’évasion autant qu’on y cherche une signification. Perdu dans une réflexion forcément solitaire et qu’on n’a pas envie de partager mais dont on ressent le besoin d’échanger des fragments au son du vent, des voix alentours et de la distance entre nous et les autres, nous et le sol, nous et la mer, nous et la vie.

Ce sont ces moments passés aux abords d’une terrasse, scrutant l’horizon, l’écume sur la plage, mon verre pas assez rempli, un œil sur les nuages mouvants, gris ou bleutés, menaçants, le pas des serveurs reprenant un semblant de vie, l’air qui touche les sens. Des instants de solitude voulus et acceptés. Des enfants jouent sur une plage. L’un creuse un trou de ses mains et regarde le fond comme s’il voyait son propre reflet. Une autre gorgée et vient l’image de vagues s’entrechoquant sur les rochers, la fraîcheur de l’eau salée sur les mollets alors qu’on parcourt une étendue bleutée, une plage cachée où se mêlent algues, mousses et eau.

Ian Nyquist Endless Shapeless band 1

Ce sont ces instants où l’ingurgitation d’une bière, sur le sable, en fixant un horizon métaphorique devient source de pensée et de mélancolie face à ce qu’on a laissé de côté, l’espace d’un instant, quelques heures, quelques jours… Oh ! Et puis… On s’en fout… Reste ces instants suspendus dans le temps où le paysage environnant devient une fresque picturale, une aquarelle sur laquelle on appose des taches, des rainures, un renouveau d’humidité et de sentiments. C’est une beauté éphémère qu’on contemple autant qu’on la vit dans une harmonie élégante. Peut-être que ces images resteront gravées à jamais, peut-être seront-elles oubliées dans les jours et semaines qui viennent… Mais ces fictions resteront là, quelque-part… dans un coin de notre subconscient et de nos émotions.

Ces moments où on a réfléchi sur soi-même, où les soubresauts de vagues et de marées deviennent échos de nos vies (visions) entre désillusions, promesses, contraintes, passages à l’acte et remises en question. Aussi informe que sans fond… Tel est le leitmotiv de Ian Nyquist. Tel violon deviendra des ressacs, à moins que ce soit le coucher d’un soleil dont on se refuse de perdre une miette. Telles touches de piano se transformeront en un panoramique émotionnel avant que les tournures électroniques donneront une patte plus irréelle, fantasmagorique où on se laissera se perdre et plonger.

Toucher l’eau, ressentir ses affluents sur notre main. Attraper une poignée de sable et laisser les grains glisser entre nos doigts tel un sablier commandant le complot temporel dans un regard contemplatif et béat. Puis, vient la présence, la valeur haptique. Celle qui fait frémir les pores de la peau, qui nous ramène à des souvenirs d’enfance, images fugaces de moments de bien-être et de mémoires améliorées qu’on ne peut effacer ou dissoudre. Parce que c’est peut-être la meilleure image qu’on veut, en notre être, garder et protéger dans un cocon protecteur.

Ian Nyquist Endless Shapeless band 2

Endless, Shapeless est d’une d’une dignité rare. Que ce soit dans ses arrangements, ses diffusions tactiles, son agencement naturel, sa granularité comme ses intervalles de silences, entendus et lourds de sens, il y respire un vent frais d’introspection qui nous laisse porter dans une danse maritime dont on se plaira à y apprendre les pas pour mieux les reproduire dans un sourire entendu et secret. C’est fermer les yeux et voir apparaître dans l’obscurité, d’abord un mouvement abstrait. Puis des altérations de couleurs deviennent des panoramiques qu’on serait infoutu de reproduire en photo (et pourquoi faire d’ailleurs…). L’image photographique est en nous, pulsative et vivante, demandant le respect du promeneur ainsi que sa sollicitude.

Endless, Shapeless est un souvenir personnel. Un moment qui m’a fait du bien, déconnecté d’un monde dont je ne veux plus appartenir dans sa paranoïa, sa médisance et sa propension à la dénonciation bien trop humaine. Ici, ne restent que les flots, la salive salée et une vision toute romantique du monde. Et, quelque-part, ça me suffit amplement…

https://iannyquist.bandcamp.com/

 

Un commentaire

  • Chris

    Je voudrais remercier Jéré Mignon pour sa chronique qui m’a permis de découvrir cet artiste. Cette musique « ambient » est assez introspective mais j’aime beaucoup. Et le fait que les sous donnés sur bandcamp vont directement à un foyer pour SDF est tout à son honnaur et assez généreux pour être signalé. C’est pas un artiste français qui ferait ça!!!

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