Hommage à Zakir Hussain (1951-2024)

Hommage à Zakir Hussain (1951-2024)
2024
Lucas Biela

Hommage à Zakir Hussain (1951-2024)

Hommage à Zakir Hussain

Que de remous autour de la mort de Zakir Hussain ! D’abord démentie par son neveu le soir du dimanche 15 décembre, la nouvelle est tombée le lendemain. L’un des plus grands musiciens indiens ne fera en effet plus résonner ses tablas. Rien ne laissait pourtant présager une fin aussi précoce, puisque le 26 novembre, le percussionniste venait de boucler au New Morning une tournée européenne passant par 15 salles. Revenons cependant un peu en arrière. Lorsque John McLaughlin, alors au fait de sa carrière après les années Miles Davis et Mahavishnu Orchestra, s’est intéressé de plus près à la musique classique indienne, c’est un jeune joueur de tablas du nom de Zakir Hussain qui l’a rejoint dans l’aventure. Avec son père Alla Rakha, celui-ci était déjà bien connu des cercles de musique indienne, et son art avait déjà infiltré l’Occident. On pourra en effet noter sa participation dès le début des années 70 à des albums de George Harrison et Mickey Hart des Grateful Dead. Shakti, le projet qui est né de sa collaboration avec l’ancien compagnon de Graham Bond, a produit trois albums d’une fusion révolutionnaire et a permis au percussionniste de gagner encore en popularité.

Tout au long de sa carrière, le tablaïste est certes resté fidèle à Mickey Hart et à ses compagnons de jeu de Skakti, mais le fameux label ECM l’a accueilli à bras ouverts lorsqu’il s’agissait de colorer ses productions. On retiendra ainsi les albums Song For Everyone (avec cet autre percussionniste de talent, Trilok Gurtu) et Making Music, sur lequel il retrouvait le guitariste anglais. Véritable savant des rythmes, Zakir pouvait aussi bien emplir de joie les cœurs qu’étourdir les têtes. Célébré dans le monde entier au même titre que Ravi Shankar ou Vasant Rai (deux noms qui figurent dans sa discographie), Zakir Hussain n’a jamais cédé aux compromis commerciaux. Cela le distingue de cet autre comparse, L. Shankar, qui, lui, n’a pas hésité à franchir le Rubicon. Ayant rejoint dans le Svarga ses anciens compagnons de jeu, Vasant et Ravi, le maître des tablas va laisser un vide dans le monde des musiques jazz et world. On pourra néanmoins continuer à apprécier son jeu au travers des albums qui portent son empreinte ainsi que dans les vidéos de ses prestations scéniques.

 

4 commentaires

  • Roy Boy

    Such joy,in his heart in his playing… we should all aspire to be such a caring , sharing human being… I love you maestro… one day I will count how much music I have with you involved. It will be high triple figures low quadruple numbers, because everytimevi saw you you never ceased to amaze,delight,inspire your audience… you did well here, and the next part of your journey will be lit up by your soul and presence… enjoy your day and journey and thank you my friend I am in awe still

  • Chris

    Rip maître du tabla. Il ne reste que Trilok gurtu, à mon avis le plus grand maître des percussions existant, capable de jouer un rythme de tabla ultra rapide d’une main et un rythme de batterie très complexe et enjoué de l’autre. Je le sais je l’ai vu. Mais il restera dans l’ombre de Zakir Hussain. Pourtant les 2 ont joué avec Mc Laughlin…. Rip Shakti.

  • Dufafa

    Rectificatif : Zakir Hussain n’a pas joué à Paris le 26 novembre 2024…

    J’avais pris mon billet pour ce concert, comblé d’avoir enfin l’occasion d’écouter le virtuose du tabla que j’apprécie énormément depuis les disques de Shakti écoutés avec émerveillement pour les premières fois aux alentours de 1978… longue attente !

    Hélas ma déception fut grande quand, en me rendant au New Morning pour le concert je constatai, effaré, que celui pour qui j’étais là, était remplacé par un autre musicien, Eric Harland, à cause d’un problème de santé touchant Zakir Hussain, trop atteint pour continuer sa tournée, et de ce fait hospitalisé (https://www.newmorning.com/20241126-6052-dave-holland-eric-harland-chris-potter.html).

    Son décès n’a pas tardé, à peine trois semaines plus tard, le 15 décembre suivant, sa mort était annoncée.

    Restent les enregistrements de ce très grand musicien qui a distillé son immense talent à travers le monde pendant plus de quarante ans. Infini respect pour ce pourvoyeur de merveilles, maître incontestable de son art, pratiqué par ce magicien avec une incroyable dextérité, tout en finesse et vivacité. Grand respect envers l’artiste, et bonheur de le réécouter (ce que je viens de faire) grâce aux nombreux enregistrements disponibles de certaines de ses meilleures prestations. Ici par exemple, à Istanbul en 2013 avec les non moins immenses Jean-Luc Ponty (mon premier concert à Nantes en 1977) et John Mc Laughlin https://www.youtube.com/watch?v=HDyfFNJGRDA&list=RDvGGbp88ziXU&index=3

    À noter que les responsables du New Morning, très dignement et sans aucune discussion, m’ont intégralement remboursé mon billet, comprenant parfaitement que l’ayant acheté avant tout pour entendre et voir Zakir Hussain, je n’avais plus de raison d’assister à ce concert. Il est tellement rare de nos jours de trouver un tel respect pour un client lambda comme moi, que ce geste élégant mérite d’être salué.

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