Gabriel Keller – Clair Obscur

Clair Obscur
Georges Keller
Bad Dog Promotions
2022
Rudzik

Gabriel Keller – Clair Obscur

Gabriel Keller– Clair Obscur

Il y en a qui feraient n’importe quoi pour être chroniqués dans votre webzine préféré comme… donner son nom à leur album. Alors la rédaction a décidé d’attaquer Gabriel Keller pour usurpation d’identité après la publication de son album solo Clair Obscur. Mais, avant de céder à ce genre de pulsion réactionnaire (laissons ça à certains électeurs crédules), j’ai décidé d’accorder le bénéfice du doute à ce guitariste auteur compositeur lyonnais apparu de façon anodine sur mon radar. Et wow !!! Quel album mes aïeux ! Et puis d’abord, il n’y a pas le « & » dans son titre, donc pas de plagiat. Laissons tomber les poursuites et profitons-en au contraire pour accoucher d’une chronique élogieuse et surtout méritée.
Je ne ferais pas un bon scénariste, car je viens de directement spoiler cette écoute en vous en exposant d’entrée son dénouement. Gabriel est un éclectique des genres musicaux dès son plus jeune âge, attentif à la pop internationale et française, des Beatles à Bashung, puis aux metal et rock progressifs classieux (Porcupine Tree, Pink Floyd, Opeth) en passant par le jazz, une belle brochette d’influences perceptibles dans ses compositions (surtout pour le dernier nommé). De celles-ci se dégage une dualité, celle qui a généré le nom d’un album (hé hé ! Tout comme pour nous, mais on y avait pensé avant lui !) écartelé entre des mélodies lumineuses dans sa première partie et des accords lourdingues et sombres pour la seconde.

Gabriel Keller– Clair Obscur band1
Gabriel Keller sait pratiquement tout faire… sauf chanter. Là où il se démarque totalement de ses influences, c’est qu’il a fait appel à des voix féminines (au nombre de quatre) pour habiller sa musique et quelles voix ! De plus, dans un souci de complétude musicale, il s’est également entouré de pas moins de onze musiciens, une section de cordes et une autre de brass au fil des dix plages qui constituent Clair Obscur. Réellement très impressionnant, surtout que tout cela est utilisé avec beaucoup de discernement et sans surenchère. Il évite ainsi de succomber au péché mignon de ceux qui ont recours à autant d’invités, tel un Arjen Lucassen dont le dernier Star One donne une impression de remplissage jusqu’à la gueule particulièrement indigeste et peu inspiré. Alors, chaque titre est le fruit d’une collaboration avec un ou plusieurs artistes avec qui Gabriel a tissé des liens particuliers pour sa composition. Impossible de les citer tous et s’il faut quand-même couvrir cet aspect de son projet, je le ferais assurément concernant ses quatre fabuleuses chanteuses (et pourtant, je ne suis pas particulièrement sensible aux voix féminines), toutes très différentes et dans un rôle qui correspond parfaitement aux caractéristiques des titres sur lesquels elles officient. Certes « Tumulte » est un premier titre qui est instrumental et dont la rythmique est solide bien qu’ornée de claviers et d’arpèges de guitare éthérés. Mais les chœurs qui apparaissent et qui sont rejoints par un solo de guitare majestueux sur son final augurent de vocaux prometteurs. Effectivement, quand Emy B pose son chant à la Stevie Nicks sur les titres les plus légers de la première partie de l’album, on se retrouve sous le charme de cette voix légèrement nonchalante qui exploite toute la profondeur des cordes vocales, mais je ne vais pas vous faire l’injure d’essayer de vous décrire le timbre de Stevie Nicks quand-même ! Cela donne une merveilleuse triplette «  Time », «  Train To Resolution » et «  Open Arms » aux accents lumineux de guitares branchée et débranchée (mon dieu, quels soli !), aux nappes de clavier nimbées de cordes d’une douceur angélique et à une basse de velours. Du grand art.

Le groove, c’est plus le style de Charlotte Gagnor tout au long du blues alangui et classieux de « Melancholia » avec une basse funky qui supporte une étonnante vague aérienne de chœurs, de brass, de claviers et de guitare. Avant de passer à la partie musclée de l’opus, Gabriel ou plutôt son pianiste, Clément Barou nous propose une « Sonate Au Clair Obscur » instrumentale d’abord délicate puis plus charpentée pour nous entraîner insensiblement vers les rivages d’Opeth lorsque les riffs et les chœurs se font plus présents et puissants. Cette transition est idéale pour les deux titres suivants, bien implantés dans le répertoire des Scandinaves qui sont clairement l’influence la plus perceptible sur cette seconde partie de l’album. C’est le domaine de la voix tout à la fois claire (mais non obscure) ainsi que torturée de Maïté Merlin, mais aussi du batteur cogneur Lucas Biguet-Mermet plus en lumière que son alter-ego des premiers titres. Pour « Honey », le pesant mid-tempo oriental avec des riffs aux harmoniques artificiels puissants, Marine Poirier nous gratifie d’un chant bicépĥal tour à tour inquiétant sur les couplets puis éclatant sur le refrain renforcé par quelques surprenants growles sur son final. Pas de doute, le côté sombre est fort bien représenté, même si on aurait pu en douter sur un morceau comme « accalmie » avec sa rythmique acoustique à la « Il Est Libre Max » en moins dépouillé du fait de chœurs très profonds et d’un solo gilmourien.

Gabriel Keller– Clair Obscur band2
Ainsi, vous comprendrez aisément que devant un pareil tableau musical, nous nous sommes sentis obligés de réfréner notre armée d’avocats prêts à traîner Gabriel Keller et son Clair Obscur devant les tribunaux dans le sens où sa musique aurait fait fondre le cœur du plus dur à cuire et insensible des juges. Alors si c’est pour un procès perdu d’avance, j’ai préféré moi aussi défendre la cause du Lyonnais inspiré et inspirant.

https://gabrielkeller.bandcamp.com/album/clair-obscur
https://gabrielkeller.fr/
https://www.facebook.com/GabrielKellerMusique

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