Dirty Loops – Phoenix

Phoenix
Dirty Loops
Universala
2020
Pascal Bouquillard

Dirty Loops – Phoenix

Dirty Loops - Phoenix

Alléluia, alléluia, il est de retour ! Le messie de la variété, le pape de la pop, le grand chambellan du hit-parade! Et, comme Michel Debré avant lui qui, chacun s’en souvient, était Les Beatles dans le sketch de Coluche, le nouveau Christ des téléchargements, tels les pains de sa biblique chronique, nous revient incarné en un trio d’au moins quatre musiciens. Tais-toi cher lecteur, c’est moi qui raconte ! Et pas n’importe quel trio, un trio de Suédois. Si, si ! Suédois. Il aura donc fini par l’achever cette transformation qu’il l’a vu naître noir… en passant par toutes les teintes de gris (tient ça me rappelle un truc ça). Des Jackson 5 à Phœnix de Dirty Loops, Michael Jackson nous revient en blondinet aryen électrisé, à la voie aussi haut perchée que le corbeau sur son arbre, délivrant une musique puissante, que dis-je, encore plus puissante qu’au temps de sa plus grande gloire, groovy as fuck, harmonisée et orchestrée comme le ferait un apprenti Ravel branché sur 220 volts.

Alors pourquoi quatre musiciens pour un trio te demandes-tu si justement ? Parce que Jonah Nilsson, notre réincarnation du « King of pop » n’a peut être pas les talents de danseur de Bambi mais il joue des claviers comme un leader de « big band » quand il manie les cuivres, un chef d’orchestre quand il imite les cordes, comme Charlie Mingus quand il harmonise sous une mélodie qu’il chante (avec les petits cris, soubresauts et hoquets distinctifs de qui vous savez). Bref il mérite de compter au moins pour deux musiciens ce bougre de suédois. Mais ne te fourvoie pas cher lecteur, les autres ne comptent pas pour autant pour du beurre, c’est peu de le dire; c’est bien simple si tu me demandes quelle est ma section rythmique préférée, je dis sans hésiter : Henrik Linder pour la basse et Aron Mellergård pour la batterie.

 

Dirty Loops - Phoenix Band 1
Voilà le paysage musical établi de ces Emerson, Lake and Palmer des firmaments radio-télévisuels. À présent un peu d’histoire: Tous les trois issues du même bahut et du célèbre conservatoire suédois Royal College Of Music dont tout le monde se fout, Henrik et Aron étaient en section jazz et Bambi Jonah était en classique. Suivra une carrière de musiciens de studio qui facilitera tellement leurs transits intestinaux qu’ils se réuniront régulièrement pour électriser quelques tubes insipides et finiront par créer Dirty Loops. (Tiens ami, écoute ce remake de « Ta Fête » de Stromae et tu comprendras pourquoi le célèbre artiste belge a décidé d’arrêter la musique pendant un moment). Bon Pour être parfaitement honnête, le titre de l’album, Phœnix, n’est pas l’officialisation de la réincarnation de l’ex collectionneur de petits garçons mais l’officialisation de leur retour ensemble après une interruption de six ans. L’album ne réunit que cinq titres ; Pour une si longue période, ça fait moins de un titre par an. Comme quoi les hiatus ne sont pas productifs, faut pas en faire, ça vaut pas le coup.
« Next To You » est sans doute la meilleure illustration de l’influence de Jackson sur le groupe avec l’approche musicale « feel good » de l’original disparu, les syncopes de folie à donner à ton diaphragme des réminiscences de beuveries passées, la chorale finale pour te rapprocher subrepticement du « créateur » et les petits cris de Jonah comme cerise sur le gâteau. Y’a un petit côté Take 5 aussi, un autre groupe génial dans le genre, que je te conseille de visiter pour te laver les oreilles du prog blanc «  à la Neal Morse » qui a une fâcheuse tendance à se mordre la queue. (Déconne pas, je te déconseille d’essayer). En parlant de prog, le très inattendu instrumental de « Work Shit Out » nous permet de mettre le doigt sur les tensions musicales qui ont dû conduire au hiatus de nos trois compères : en plein milieu d’une chanson yéyé, le jazz et le classique tout à coup s’affrontent. Si cette joute inattendue nous rappelle à quel niveau technique ces trois musiciens sont parvenus, la boîte à rythme qui tente de maintenir le tout en cohérence, quant à elle, échoue lamentablement.

Dirty Loops - Phoenix Band 2
« Breakdown » c’est le tube, la chanson triste, le slow avec les breaks lourds de batterie qui vont bien et le refrain entêtant qui te lâche pas de la journée. T’es prévenu. Ce sont « Rock You » et « World On Fire » qui ont encouragé ma chère et tendre à tenter un timide «  C’est toujours un peu pareil, non ? » que j’ai repoussé dédaigneusement du revers de la main comme je fais si souvent et qui lui porte tellement sur les nerfs : «  Absolument pas, c’est simplement très subtil, il faut écouter attentivement ». Après trois jours d’écoute non stop, elle a peu être un peu raison mais ce n’est pas la peine de lui dire, c’est déjà assez compliqué comme ça.
PS : pour tout contact avec le groupe contacter Quincy Jones. Ca me rappelle un truc ça Quincy Jones. T’as une idée toi ?

http://dirty-loops.com/

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