7 weeks – Sisyphus + What’s Next EP

Sisyphus + What’s Next EP
7 weeks
Autoproduction
2020
Rudzik

7 Weeks – Sisyphus + What’s Next EP

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Limoges fait partie de ces villes du centre de la France que l’on qualifie facilement de « belle endormie ». Tout le Limousin est occupé par cette torpeur. Tout ? Non. Un groupe de quatre irréductibles rockeurs résiste encore et toujours à l’envahisseur… Certes ils ne sont pas Bretons mais cultivent depuis près d’une quinzaine d’années, « à l’époque de Myspace » comme ils l’écrivent, un rock hyper puissant plongeant ses racines dans le stoner, le psyché, le grunge, le blues et même le rock ‘n roll. Je veux parler de 7 Weeks dont j’ai ressorti récemment la chronique de l’excellent et prometteur B(l)ack Days de son placard. 7 Weeks fait partie de ces groupes qui ne se sont jamais découragés dans l’adversité, remettant sans cesse l’ouvrage sur le métier au gré des succès et des échecs. La légende concernant leur nom de scène veut qu’il se serait écoulé sept semaines entre la création du groupe et sa première entrée en studio.

Même en cette année très confinée, ces mecs ont refusé de se cloitrer musicalement dans leurs charentaises (décidément, je vous fais faire le tour de France des régions dans cette chronique). Non contents d’avoir accouché fin janvier d’un Sisyphus très charpenté défendu sur les scènes françaises, les voici de retour en cette fin d’année avec l’EP What’s Next, l’occasion de regrouper tout ce travail dans une chronique bien méritée. Il faut dire que 7 Weeks, c’est avant tout la scène au service des albums et non l’inverse, ce qu’il leur a permis de tourner dans toute l’Europe et en particulier d’apparaître au Hellfest.

7 Weeks Sisyphus + What's Next EP BAND 1

Sisyphus est un héros fourbe de la mythologie grecque. Pour avoir osé défier les dieux, il fut condamné à faire rouler éternellement jusqu’en haut d’une colline un rocher qui en redescendait chaque fois avant de parvenir au sommet. L’album n’est pas un concept sur ce thème mais son titre illustre le fait que le groupe estime avoir atteint un sommet avec leur musique et sont prêts à renouveler cet effort indéfiniment. Il faut dire que cet opus montre un groupe qui élargit sans cesse son périmètre musical sans concéder un pouce de terrain au côté punchy de ses compositions et à sa puissance sonore. Les neufs titres de l’album réussisent la prouesse de lui donner de la cohérence tout en explorant des chemins musicaux très différents. 7 Weeks marie toujours aussi astucieusement les courants dont il s’inspire et il est sympathique d’écouter un « Insomniac » rocky/grunge, un « Idols » grunge groovy bardé de ghost notes de batterie ou bien encore le psyché blues « Sisyphus » qui donne des frissons. Le line-up composé de Julien Bernard (chant, guitare, basse), Jérémy Cantin-Gaucher (batterie), PH Marin (clavier, guitare) et Fred Mariolle (guitare) est vraiment d’enfer et la production toute en puissance restitue cependant parfaitement la contribution de chacun. Ainsi « Breathe », le morceau le plus entraînant de l’album, repose sur une basse ondoyante mixée très en avant, ce qui n’est pas pour me déplaire et « Idols » lui fait également la part belle en osmose avec des riffs de guitare fuzzés. On ressortira également le single « Gone » très inspiré du « Love Hate Love » d’Alice In Chains, l’étonnant blues rock « The Crying River » construit autour d’accents de puissants bottleneck un peu façon Jimmy Page. Le groupe cultive-t-il aussi une fibre progressive insoupçonnée ? On peut le penser à l’écoute de l’ultime « 667-Off ». Sa première partie est un R’n’R endiablé devant déchirer sur scène avant de se muer en un mid tempo ambitieux pour reprendre du rythme et de la puissance conduisant à un final explosif. Absolument rien à jeter, même pas un rocher du haut d’une montagne dans ce Sisyphus qui tutoie les sommets. L’idée de poursuivre la démarche en sortant un EP prenait donc tout son sens étant donné le niveau d’inspiration du groupe.

Cependant, un EP est un EP et donc peut constituer un fourre-tout incohérent. C’est le cas ici toutefois sans retenir le côté péjoratif du terme. What’s Next contient deux morceaux issus des sessions de Sysiphus, une surprenante cover de… King Crimson (ha ha ! quand je disais que le groupe devait avoir un côté obscur prog) et trois titres de Sisyphus en verion acoustique. Pour autant, chacun de ces titres démontre une fois de plus la qualité des productions de 7 Weeks avec en prime une délicatesse inattendue pour les trois compos acoustiques. L’obsédant « Intimate Hearts » est emprunt d’une tristesse infinie caractérisée par un riff traînant et un chant déchiré alors que « My Valhalla » est, par opposition, bien rocky mais moins convaincant. Par contre, la reprise du « Cirkus » de King Crimson avec le guitariste Gérald Gimenez en invité est tout bonnement époustouflante. Elle montre que 7 Weeks est capable d’emmener son rocher encore plus haut que précédemment et ouvre des perspectives progressives insoupçonnées pour un groupe qui ne nous avait pas habitué à pareille performance.

7 Weeks Sisyphus + What's Next EP BAND 2

Les trois acoustiques captés sur scène cet été au festival « Des Lendemains Qui Chantent » à Tulle sont incroyables de sensibilité. Ils permettent de juger des capacités techniques à nu du groupe sans qu’elles ne soient occultées par les décibels. Du coup, « Gone » perd de son côté grunge pour se muer en ballade plus légère, « Idols » accentue son côté groovy et « Sisyphus » est un poil moins dramatique, mais plus planant. On note aussi la qualité de la prise de son live et de la réalisation du clip signée Tom Marchand. On le voit, cet EP « patchwork » est très loin d’être inintéressant. Il complète de façon plutôt surprenante et efficace le superbe Sisyphus.

7 Weeks réussit le tour de force de transformer cette année 2020 de lose en grand cru avec un solide et éclectique Sisyphus frisant la perfection dont sa progéniture, What’s Next, hérite tout en mettant en lumière les côtés les moins évidents du groupe. Celui-ci s’extirpe largement de sa catégorisation stoner initiale pour devenir inclassable parmi tous les courants du rock anglo-saxons.

https://7weeks.fr/

https://www.facebook.com/7weeksmusic/

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