Woe – Hope Attrition

Woe - Hope Attrition

Le monde de Woe, tel le petit manuel du black metal illustré, est d’ébène. Sombre comme la saponification du suif, l’extraction sale du charbon de la mine, bilieuse comme la fumée désengorgeant la cheminée d’usine et les particules en suspension d’un ciel collant.

Woe est comme le cambouis passant de l’état liquide à celui de gazeux. Il se propage de ses riffs tranchants, telle corruption et fanatisme, aussi facilement qu’une infection dans un système immunitaire qui claque. Il laisse bavures, cicatrices, mutations proliférantes, bulles dégueulasses sur un mur touché par un dégât des eaux. Il laisse planer un regard sur le panorama, perdu, aveuglé, asphyxié, obligé de baisser la tête. C’est triste comme constat mais la virulence et l’obscurité de l’âme, quand même, c’est important. C’est qu’on s’emporte dans un environnement si peu stable avec une rapidité d’exécution jamais mise en défaut. Merci de ne pas laisser traîner un regard derrière. L’autorisation n’est pas acceptée d’ailleurs. Une fois passé, le nuage ne reviendra pas mais les relents, eux, resteront bien assimilés dans les cloisons nasales plus noirs que le cul d’une usine de raffinerie bouchée. Merci de ne pas chercher l’apaisement d’une mélodie sur des cordes sèches le temps d’un battement. Non, non, non. Futile, écrasé, envolé. Prendre une inspiration peut-être, hors du masque, rien qu’un instant, pour mieux laisser pénétrer miasmes et molécules corrompues dans le goitre. Diffusion, germe, bourgeon, souffrance, mort et c’est plié

Woe - Band

On se frotte les mains et on passe à autre chose. Qu’importe mélodies, production, exécution carrée et prose branlante de cette chronique. De Woe (pour lequel Hope Attrition est le quatrième album), il restera cette sensation de traverser un cumulus épais, sale et viral. Parce que même les particules ont leur conscience, parce que même la vision la plus manufacturière de l’esprit avec ses exhalaisons qui font tousser et ses préjugés qui font expectorer bile et dégoût ont une raison logique et climato-sceptique. Woe fait du black « actuel » avec du Chuck « pété à la coke » Palahniuk dedans, dans une zone industrielle à la Dennis Lehanne. Autant projection de l’esprit que documentaire ciselé sur une réalité dégueulée en phase terminale, Hope Attrition ne changera rien à l’équation, il n’est d’aucun secours, ne bouleversera pas l’ordre établi, ni la scène, ni quoi que ce soit. Il est là et c’est déjà pas mal.

Jéré Mignon

 https://woeunholy.bandcamp.com/

Hope Attrition
Woe
Vendetta Records
2017

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