Weedeater – Goliathan

Goliathan

Autant être clair, le sludge, c’est un gros truc de bouseux et encore plus de feignasse. J’te le pose direct. Allez, on est entre nous. Ouais, de ceux qui laissent leur cul vissé sur la chaise en rotin, buvant la p’tite gnôle maison avec trois glaçons, faisant apparaître une dentition poissarde que la morale réprouve alors que la paroisse appelle ses fidèles à la messe. Le sludge ce n’est PAS un truc de pro mon pote. Bon parfois si, je ne dis pas. Mais quand même, c’est sale comme le cul d’un rat, ça refoule des aisselles (velues), ça ne se prend pas le fion et ça laisse dégueuler la boue des amplis alors que le tee-shirt « Sabbath Bloody Sabbath » colle sur la bouée. C’est le dilemme d’un son poutraque qu’on attend la bave aux commissures, c’est un rythme lent d’une mollesse… Putain, j’crois que j’ai abusé du gingembre. Ça oublie ses lignes de basse pour laisser le batteur s’amuser, il est trop défoncé de toute façon, pendant que je vais chercher mon banjo, parce que le blues on a ça dans la peau, cramée sous le cagnard.

Ça fait peut-être cliché, oui, mais dans ce cas, les gars de Weedeater le cultivent comme je fais pousser mes tomates cerises sur le balcon. Pourquoi ? Parce que la pochette est putain de moche, parce que t’as l’impression que l’album est inachevé, parce qu’il est putain de mou comme une arthrose de la hanche et que tu te dis que ça sent un peu quand même le foutage de gueule. C’est qu’on ne va pas télécharger et encore moins acheter pour une demi-heure, faut pas pousser, je suis trop bien dans mon fauteuil, moi. Et dans tous ces défauts (multiples) où on a l’impression d’avoir affaire à une bande de branleurs même pas foutus de pondre des titres de plus de trois minutes, j’ai trouvé la parfaite définition du sludge de pecnot.

Goliathan Band

Franchement, j’ai rarement vu une telle prise de position je-m’en-foutiste, une interlude de banjo, un final de basse enregistré un lendemain de cuite. Et pourquoi l’album se termine comme ça ?! Une intro au clavier Bontempi. Et pourquoi ça commence comme ça !? Tout respire la non-prise de tête. Il est aussi mauvais que profondément génial. Il repose autant sur ses acquis, et Weedeater n’est pas en manque sur la question, qu’il n’en a strictement rien à foutre. Et c’est là, que je le trouve fendard. J’imagine Dixie Collins, revenant de sa journée, en fier vendeur de godemichets, boire une bière et se demander s’il faut brancher sa basse ou si sa voix de crotale poncée au chalumeau est encore au clair.

J’imagine le soleil écrasant de la Caroline du Nord qui empêche tout le monde d’avancer, j’imagine le regard sur le vide, le vide dans le regard, la prise de son à l’insu de l’intéressé, le nettoyage du fusil qui fait perdre un orteil au même intéressé. Plus que ça, j’ai l’impression d’assister à une tranche de vie qui ne se remet pas de sa biture de l’avant-veille. Et ce sera le cas, on rigolera comme des cons, trop bourrés et défoncés, à l’écoute de ce « Goliathan », qui n’a de Goliath que son nom mais rigolo à la longue et quelque part, ben c’est sublime…

Hein, quoi ? Non, j’ai fini là.

Jéré Mignon

http://www.weedmetal.com/

Goliathan
Weedeater
2015
Season Of Mist

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *