Ulver with Tromsø Chamber Orchestra – Messe I.X-VI.X

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Y’a pas à dire, ils sont quand même énervants les gars d’Ulver. Entre les attitudes hipster de pseudo-complexification de leur musique, (ce qui peut donner au final des étrons comme « War Of The Roses », qu’ils rattrapent in extremis avec un album de reprises « sixties ») et une recherche étrangement palpable et, pour tout dire, sincère, c’est bien simple, depuis un moment, je suis partagé. En fonction des jours, on perd la bille devant ce casse-tête Chinois. Comment écouter Ulver maintenant, avec l’âge ? Il faut être dans l’humeur. Ce n’est même pas de la stase concomitante où je ne sais quoi, c’est qu’on est contraint de faire avec. Personnellement, ça fait six ans que j’écoute Ulver sans trop y croire. Et pourtant, je suis le premier à pister news et sorties du groupe. Paradoxal dites-vous ? Ulver c’est l’énormité contradictoire justement. La merde sur la rose, le neuf avec l’ancien, le kitsch dégoulinant et l’expérimental dosé. Et puis, n’enlevons pas aux Norvégiens ce sens du défi à monter des projets intrigants mixant théâtre, art sonore et cinétique.

« Messe I.X-VI.X », à la première écoute, je l’ai pris comme une excuse, celle à plus de cinq ans de grand n’importe-quoi. Soyons franc, ce dernier album, outre son attente, est le meilleur depuis un bon moment, plus recherché, plus fouillé. Ah, mais je saute les étapes ! « Messe », c’est, avant toute chose, une série de concerts donnés par le groupe (en formation électronique minimale) avec le Tromsø Chamber Orchestra. Au lieu de reprendre le concert tel quel, Garm et ses compagnons se sont rendu complices d’un jeu de collages, de retransformassions sémantiques sentant bon Steve Stapleton (Nurse With Wounds), drone enveloppant sur l’épique première piste minimaliste, ambiance tendue, travaillée, millimétrée même. On ne se fout pas de notre gueule.

Eh oui, « Messe », ça ne sent pas le travail de sape. Son climat cinématographique est par ailleurs attractif. « Glamour box (ostinati) », très Hans Zimmer, se case sans problème dans le « Inception » de Christopher Nolan (cherchez l’extrait). Non, depuis longtemps, il n’y a pas de titres en trop. Chacun à son atmosphère, sa raison, son placement. Alors oui, on peut bien tiquer sur certains passages kitsch sur les bords, un final bien en deçà de son ouverture, mais on ne peut mettre de côté le travail véritable sur les textures (enfin !), la spatialisation des différentes sources sonores, la voix de Garm qui arrive à ne pas être envahissante (ou horripilante).

« Messe » est un album instrumental, un objet sonore non identifié dans sa capacité à mettre sur le devant des sons qui ne sont quasi jamais passés dans la vie courante. Ambient, drone, classique, électro se mélangent. Je retrouve même le Ulver de « Perdition City », celui qui fait déambuler et rêver en scénario. Les Norvégiens ne sont jamais aussi bons que quand ils touchent à l’image intérieure, à l’érotisme, au spirituel, au fantomatique et au diaphane.

Les loups sont à nouveau sortis des murs et Ulver retrouve grâce à mes oreilles. « Messe I.X-VI.X » mérite sa place en virant « Shadows Of The Sun » et surtout « War Of The Roses ». « Messe I.X-VI.X », la fin d’un passage à vide ? On prend les paris, foi de soignant.

Jérémy Urbain (8/10)

http://www.jester-records.com/ulver/

Messe I.X-VI.X
Ulver with Tromsø Chamber Orchestra
2013
Neuropa/Jester Records

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