Triptykon – Melana Chasmata

Triptykon – Melana Chasmata

Triptykon est le projet que Thomas Gabriel Warrior a mis sur pied après avoir donné un nouveau souffle, certes de courte durée, à Celtic Frost. Tel le phoenix renaissant de ses cendres, il se veut être une nouvelle incarnation de Celtic Frost, après la dissolution définitive de ce dernier. Il s’inscrit cependant dans la droite lignée de la nouvelle mouture de Celtic Frost, associant la violence sonore d’un doom/death metal sombre et d’un thrash metal fulgurant avec des ambiances mystico-tribales et méditatives. Les guitares sont sinistres à souhait, « dronées » dans les sections lentes et survoltées dans les passages plus rapides.

Que ce soit dans les séquences violentes ou plus calmes, l’idée était de créer des ambiances sonores résolument glauques et apocalyptiques, ce que le groupe a réussi à merveille, comme vous le verrez plus loin dans mon analyse détaillée. C’est également sur le plan graphique que le monde crépusculaire de Triptykon s’exprime, puisque H.R. Giger (ayant déjà contribué à la pochette du présoucédent album, et rendu fameux dans le monde du rock avec sa pochette de l’album « Brain Salad Surgery » d’Emerson, Lake & Palmer) a été à nouveau sollicité ici.

Le CD commence sur les chapeaux de roue avec un titre aux accélérations thrash metal fulgurantes, tempérées néanmoins par des passages plus lents. La voix est dans un style musclé « hardcore » avec un accompagnement « death » (à la limite de l’imploration) dans le refrain. « Boleskine House » nous présente des rythmes tribaux avec une guitare acoustique, une guitare rythmique « dronée » en fond sonore, laquelle semble présager un immense malheur. Des vocaux masculins, mais aussi féminins, tour à tour funèbres puis plus enjoués mais à caractère néanmoins mélancoliques, appuient le côté rituel. Ils alternent avec une voix death-metal, à l’aura telle qu’elle donne l’impression d’un fléau se répandant sur un village (à l’image du tableau de 1898 ‘la peste’ d’Arnold Böcklin), et accompagnée par des guitares « énergiques » dans un contexte doom metal. Puis les passages tribaux et metal se rejoignent, et la voix presque agonisante et comme murmurée de Thomas, mêlée a la voix douce de la bassiste, Vanja Slajh, jettent un léger soupçon de lumière dans cet abîme de détresse.

« Altar Of Deceit » est un titre résolument doom, lors duquel Thomas déverse sa rage de manière incantatoire, avec des vocaux se rapprochant cependant davantage des premiers Celtic Frost. Un break où la batterie et la guitare font feu de tout bois, permet de rompre la monotonie marquée par des guitares lancinantes et une batterie qui « traîne la patte ». Puis vient « Breathing », au titre trompeur car le rythme y est soutenu tout le long, que ce soit dans les accélérations thrash metal comme dans le pastiche de metal guerrier à la Manowar ou encore dans les passages doom metal, certes lents mais aux guitares bien acérées.

Avec « Auroræ », on respire vraiment, on sent les grands espaces autour de nous comme nous nous y a avait habitué Devin Townsend sur le phénoménal ‘Terria’. La guitare « aquatique » et ses effets d’echo nous rappelle les très riches heures des Fields of the Nephilim. Thomas chante lentement et bas à la manière d’Andrew Eldritch des Sisters of Mercy ou de Ronny Moorings de Clan of Xymox. Dans « Demon Pact », une batterie rituelle avec la voix funèbre toujours dans un registre bas, alterne avec un passage « coup de tonnerre » porté par une voix maléfique du meilleur effet (encore une fois on n’est pas loin de l’image d’un fléau s’abattant sur un village). Des incantations rituelles scandées en latin ponctuent cette alternance dans le pont. Au loin et tout du long, une petite mélodie inquiétante et répétée en boucle (tel le chant d’une baleine…à l’agonie) donne le sentiment d’être dans un cauchemar.

« In the Sleep Of Death » est un morceau avec un gros travail sur les voix, trois sortes s’y succédant: une première rageuse et maléfique type death-metal, une seconde gothique/darkwave, et enfin une troisième implorante (la même que l’on retrouve sur le morceau « mesmerized » de l’album ‘Into The Pandemonium’ de Celtic Frost). Quant à la musique, elle reste confortablement vautrée dans un fauteuil doom atmosphérique, sauf quand elle se lève et va faire un peu d’exercice dans le break. « Black Snow » présente une voix rageuse dans les couplets, entrecoupée d’un chant incantatoire dans le refrain. La batterie s’aventure par moments dans des eaux troubles et tribales, mais le courant la ramène dans les mers plus fréquentables d’un doom funéraire. Le final présente un côté gothique/darkwave avec sa voix basse et sa guitare alarmée.

« Waiting » voit le retour de la voix douce de Vanja. Elle est accompagnée de voix incantatoires dans un contexte plutôt tribal. Un pont « ambiant » fait la part belle à une guitare scintillante et un rhodes méditatif.

Avec ses différents tempi (fulgurants, lents), ses voix multiples (rageuses, mélancoliques, funèbres, incantatoires) et enfin ses changements d’ambiance (metal, darkwave, tribal, ambient), cet album sait capter l’attention de l’auditeur et démontre que Thomas Gabriel Warrior est loin d’avoir dit son dernier mot.

Lucas Biela (9/10)

http://www.triptykon.net/

 

Melana Chasmata
Triptykon
2014
Prowling Death Records/Century Media Records

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