Torquem – Sarah Anne

Torquem - Sarah Anne

C’est le deuxième volet d’une mystérieuse trilogie que nous présente le trio parisien Torquem. Après Ansiktet paru en 2013 et pour lequel le regretté Philippe Vallin avait fait une chronique enthousiaste dans les colonnes de Clair & Obscur (http://clairetobscur.fr/torquem-ansiktet/), le trio épaissit l’énigme de son triptyque musical. En effet, si Ansiktet signifie visage en norvégien, cette figure porte désormais le nom de Sarah Anne, peut-être le personnage, allez savoir, que l’on découvre sur la très belle pochette de l’EP sorti le 15 décembre dernier… Torquem s’autoproduit et propose sa musique en version numérique, mais également en CD partiellement fabriqué à la maison. Au regard des conditions pratiquées et du caractère confidentiel de la chose, le curieux désinvolte passerait sans doute trop vite en se disant que tout cela flaire trop le DIY et l’amateurisme branchouille. Erreur ! Certes, il n’est pas facile de percer les arcanes de nos trois esthètes. Néanmoins, ils se dévoilent un peu plus pour qui veut prendre la peine de parcourir le site Internet spécialement dédié à Sarah Anne.

Fabien Lobleau (saxophone alto), Nicolas Goussot (batterie, percussions) et Benjamin Vergès (guitares, chœurs) ont su s’entourer de musiciens invités apportant les couleurs de leurs divers instruments: basse, piano, Fender Rhodes, vibraphone, violon, violoncelle, harpe, hautbois, voix et chœurs. Comme sur Ansiktet, les titres viennent des langues scandinaves, à l’exception de « Höflichkeit » (courtoisie, ou politesse, en allemand) et de « Nossa Senhora » (Notre Dame, en portugais). D’ailleurs, ces derniers titres résument bien l’ambiance générale de l’album, un disque courtois, quasiment au sens moyenâgeux du terme, peut-être plus porté sur le jazz que son prédécesseur (le doux swing de « Rosenje »), avec ces boucles répétitives et ses métriques alambiquées (« Törst ») chères à Robert Fripp et consorts, comme sur l’excellent « Zdorj » ou l’introductif « Verbëri Borë ». « Nossa Senhora », avec son poème discrètement déclamé par Benjamin Pereira nous emmènerait d’ailleurs bien vers les époques des grands navigateurs, tout comme le mystère des coordonnées indiquées sur le site dédié nous plonge en plein océan Pacifique, quelque part entre Honolulu et Papeete, à cheval sur l’Equateur, près de la République des Kiribati. Afin d’épaissir le rébus de Sarah Anne, Torquem propose sur le site dédié des textes en anglais et espagnol d’une certaine Sarah Tabor écrits en 1848 et 1851. Ces textes ne sont pas constitutifs de paroles des six titres de l’opus, mais permettent d’entamer une sorte de voyage initiatique à la recherche de Sarah Anne, périple qu’il est tout à fait agréable d’effectuer en écoutant l’album dans le même temps. Ainsi, la musique vous pénètre, vous enveloppe, vous intrigue et vous berce, un peu comme les flots plus ou moins apaisés font tanguer le frêle esquif du découvreur de mondes que vous voilà devenu.

Vous y êtes ? La musique de Torquem est envoûtante, mystérieuse et cinématique. Proche des senteurs glacées d’un post-rock doucereux, elle est néanmoins réchauffée par des ambiances jazz aux finesses onctueuses. Sarah Anne vous portera sur les océans de votre imaginaire sans crier gare, sans appel ou effet tapageur, juste par le velouté de mélodies savamment concoctées et patiemment tissées, par l’apport de voix majestueuses et/ou fragiles, via enfin une diversité instrumentale et percussive enjouée. Torquem poursuit ses explorations sans nous offrir de boussole ni de cap. Qu’importe, sur le fil, le trio pose les jalons d’une belle œuvre dont on attendra avec patience et sérénité le troisième et ultime volet.

Henri Vaugrand

https://sarahanne.xyz/

https://torquem.bandcamp.com/album/sarah-anne

https://www.facebook.com/torquemproject/

Sarah Anne
Torquem
Autoproduction
2016

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