The Volunteered Slaves – SpaceShipOne

SpaceShipOne
The Volunteered Slaves
Day After Music
2021
Lucas Biela

The Volunteered Slaves – SpaceShipOne

The Volunteered Slaves SpaceShipOne

The Volunteered Slaves, c’est une formation ne se donnant pas de limites sur le plan stylistique. Même si le socle reste le jazz, gravitent autour de lui l’afrobeat, le funk, la musique électronique ou encore le rock psychédélique. Au nom emprunté à un morceau du regretté saxophoniste Rahsaan Roland Kirk, célèbre pour souffler en même temps dans plusieurs de ses instruments fétiches, c’est son élève spirituel, Olivier Temime qui est à l’origine de ce projet. Ayant perdu son guitariste Jérôme Barde en route, le combo bénéficie néanmoins depuis peu des talents de l’organiste Emmanuel Bex, dont j’avais été subjugué par le jeu il y a déjà 20 ans avec son trio BFG (Emmanuel Bex, Glenn Ferris, Simon Goubert). Ainsi, pour ce cinquième album, autour d’Olivier et d’Emmanuel l’on retrouve les compagnons des débuts. Tout d’abord, Emmanuel Duprey, qui partage avec le nouvel Emmanuel, non seulement le prénom, mais également l’origine (tous deux sont nés à Caen) et la passion des claviers. Ensuite, pour battre le rythme, Julien Charlet, avec ses airs de Ian Paice quand il met ses lunettes, répond présent à la batterie (on a pu ou on peut toujours l’entendre avec la crème de la crème de la scène jazz française mais aussi d’autres scènes françaises). Son acolyte Akim Bournane à la basse l’aide dans cette entreprise (lui aussi, on a pu ou on peut toujours l’entendre aux côtés de nombreux jazzmen de premier plan, en France comme à l’international).

Même si l’on ne connait pas la discographie du groupe, un simple coup d’oeil sur Youtube nous permet de nous rendre compte qu’aux rythmes endiablés de notre quintet s’associaient jadis des voix. Celles-ci ont désormais disparu (pas totalement comme vous pourrez le lire plus loin), au profit d’une musique essentiellement instrumentale. Le groove imparable est toujours là, mais nos cinq larrons se sont pris de passion pour la conquête spatiale. En effet, depuis la pochette avec la mise en scène de la Cène où une sphère armillaire remplace le plateau et la coupe de vin, et où nos explorateurs sont revêtus d’une combinaison, jusqu’aux titres des morceaux et aux échos planants des claviers de l’Emmanuel joueur de Rhodes, tout converge vers la thématique de l’astronomie et de l’infini cosmique. Les pieds sur terre et la tête dans les étoiles, nos astronautes en herbe nous font même revivre les très riches heures de Gong sur le morceau-titre, le spectre de Moonweed hantant les allées de ce vaisseau dans les boucles en spirale de l’Emmanuel des débuts. La palette de sons de ce dernier est très vaste (le Rhodes fait partie d’une large panoplie de claviers et de « gadgets »), et couplée au jeu riche du maître du temps et à l’exubérance des notes qui s’échappent de l’instrument à vent, c’est à un spectacle des plus éblouissants que nous assistons à travers le hublot de notre vaisseau. Par ailleurs, les touches d’Hammond de l’autre Emmanuel enveloppent de velours ce feu d’artifice qui brille de mille feux, là où la basse d’Akim fait reposer l’ensemble sur une assise matelassée bien confortable.

The Volunteered Slaves SpaceShipOne Band 1

Ainsi, aux côtés des hymnes afrofunk à remplir les pistes de danse, le morceau d’ouverture « 24 » (dont une amie bulgare qui l’avait entendu dans une de mes émissions radio du jeudi me disait qu’il passerait crème dans les boîtes de nuit) et sa petite soeur, « Astronaef », l’on ne sera pas surpris d’entendre des ballades. La première, « Ballade Pour Laïka » nous transporte dans un univers embrumé duquel seul un triomphalisme presque soviétique, porté par un saxophone alarmé et un Hammond ébahi, sait nous extirper quand il s’agit de sonner l’hommage à cette chienne rendue célèbre dans la course à l’espace. La seconde, « You », est un dialogue plein de tendresse entre Olivier et Emmanuel Bex. Et c’est là qu’interviennent les voix dont j’indiquais qu’elles étaient encore présentes. En effet, notre organiste se sert de ses vocalises « chromées » comme d’un prolongement de son instrument. Celles-ci maintiennent également le fil spatial de l’aventure SpaceShipOne tout au long de l’album. On pourra apprécier davantage ce lien entre les doigts et la voix du joueur d’Hammond sur l’insaisissable « Alpha Delphini », où s’entrechoquent de nombreux mondes, rythmiques, mélodiques et improvisés. Ailleurs, on pourra également entendre de l’acid-jazz vitaminé. Il en va ainsi de « Dog Down» où les claviers se cherchent puis se trouvent, de « Fuyons J’Adore » avec ses boucles de clavier étourdissantes et sa basse dodelinante, et enfin du morceau-titre, « SpaceShipOne », celui-là même sur lequel plane l’ombre de Tim Blake. Sur ces trois morceaux, on admirera en outre le kaléidoscope de couleurs que crée Julien avec sa batterie.

C’est également la soul-funk qui est à l’honneur sur cette délicieuse production. D’une part, avec « Ursa Major » (ben oui, l’espace, toujours l’espace) s’engage une nouvelle conversation entre l’orgue Hammond et le saxophone, plus animée cette fois-ci que celle précédemment évoquée. D’autre part, le très décontracté « Muni » tangue sur les mêmes mers que le Stratus de Billy Cobham. On y appréciera d’ailleurs les belles notes étoilées des claviers. Enfin, entre nu jazz et jazz plus traditionnel, des bidouillages électro (attention, ne vous attendez pas à de l’électro jazz, Olivier déteste ce style) viendront titiller notre oreille sur l’étonnant « Behind The Walls », où l’humour d’Emmanuel Bex transpire dans les attaques furtives qui accompagnent les notes espiègles de son Hammond. Bien que ces changements de style pourraient faire dévier le vaisseau de sa trajectoire, tout est très bien huilé et s’enchaîne à merveille. A noter cependant que deux titres s’arrêtent de façon brutale, « SpaceShipOne » et « Muni ». Mais peut-être s’agissait-il de couper court à l’appétit sans borne d’exploration de l’infini de l’espace, qui nous aurait conduit bien trop loin dans la galaxie.

The Volunteered Slaves SpaceShipOne Band 2

SpaceShipOne, non seulement par les couleurs mises en avant, mais également par sa maîtrise de nombreux langages musicaux dans un contexte jazz, est assurément un des albums marquants de l’année. Ayant eu l’occasion de voir les cinq à l’oeuvre sur scène avec l’ami Xavier Chezleprêtre (c’est grâce à lui que j’ai pu prendre connaissance de cette formation), cela n’a fait que renforcer l’admiration que je pouvais avoir pour leur musique, en même temps que je pouvais mieux comprendre d’où certains sons provenaient. Cette nouvelle production des Volunteered Slaves est un véritable joyau pour quiconque aime les musiques rythmées où se croisent humour, mélodie et technique.

https://thevolunteeredslaves.com/

 

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