The Tangent – The Slow Rust Of Forgotten Machinery

The Slow Rust Of Forgotten Machinery

Peut-on encore parler de side-project pour The Tangent après quatorze années d’existence ? Certes, seul Andy Tillison (Parallel Or 90 Degrees) est désormais à la barre. Le groupe initialement très coloré par The Flower Kings n’en abrite plus qu’un seul représentant au lieu de trois, à savoir le bassiste Jonas Reingold. En tout cas, le combo fait preuve d’obstination en sortant son huitième LP dont le nom, The Slow Rust Of Forgotten Machinery, est à lui seul tout un programme. À vrai dire, l’album également, lui qui ne comporte que cinq plages épiques pour une heure et quart d’écoute, excusez du peu !

Le line-up a cependant évolué avec l’intégration de la claviériste et vocaliste Marie-Eve de Gaultier que Luke Machin a amené dans ses valises de Maschine. Machin, fort de la qualité de ce qu’il réalise avec son propre groupe, a pris les commandes de la production de ce CD, un choix fort judicieux alors qu’Andy Tillison semble s’être définitivement glissé dans la peau (de batterie ?) du drummer. On y retrouve aussi le fabuleux Theo Travis (Bass CommunionGongPorcupine Tree, Soft Machine Legacy, Robert Fripp) aux saxos et flûtes dont les gènes jazzy transpirent abondamment sur cette galette.

The Tangent Band

The Tangent a toujours fait preuve d’engagement dans ses textes, aussi The Slow Rust Of Forgotten Machinery ne fait pas exception à la règle. Cette fois, le manifeste est dirigé contre le nationalisme exacerbé qui gagne notre monde, générant des guerres fratricides et jetant sur les routes et les mers des populations entières, de quoi réalimenter les foyers xénophobes de nos sociétés de consommation. Le morceau ultime, « A Few Steps Down The Wrong Road »,  illustre le plus ces propos engagés où l’esprit insulaire britannique est notamment très singulièrement mis à mal.

Mais diantre, voici que je commence par la fin ! Or si l’on relate les choses dans l’ordre, The Tangent démarre cet album fleuve plutôt gentiment avec « Two Rope Swings » où l’on remarquera surtout la basse slappée de Jonas et le duo assuré que forment Luke et Marie-Eve avec quelques chœurs « maschinesques ».

Par la suite, le propos oscille entre jazzy, rock et planant sur le monumental instrumental « Dr. Livingstone (I Presume) », avec même quelques riffs flirtant avec le hard rock.

Le groove fait une entrée remarquée sur les morceaux suivants, montrant là une progression efficace d’un album qui se dénude petit à petit tel une stripteaseuse lascive toute dévolue à sa lap-dance.  Par exemple, on a droit à un passage style « Echoes part 3 » du Flamand Rose sur « A Few Steps Down The Wrong Road ».

Chaque musicien tire son épingle du jeu alternativement avec beaucoup de respect et de cohésion sans que tout cela ne vire à la démonstration technique bancale.

Theo Travis tire de sa flûte des envolées à la Jethro Tull tandis qu’Andy se fend même d’un solo de batterie sur « The Sad Story Of Lead And Astatine ». En revanche, au niveau du chant, sa performance reste comme souvent plutôt perfectible. Certes, les incursions régulières de Marie-Eve apportent beaucoup plus de consistance à l’ensemble. Finalement, c’est quand il s’essaie au chant rappé ou déclamé qu’Andy semble le plus convaincant bien qu’il n’atteigne pas dans ce dernier domaine le niveau d’un Roger Waters, l’un de ses mentors.

Impossible également de passer sous silence l’artwork génial de la jaquette réalisé par le graphiste de comics Mark Buckingham dont les dessins sont en symbiose avec les propos de l’album.

The Tangent signe donc un album excellent et pratiquement exempt de défauts qui devrait ravir tous les mélomanes des genres progressif et jazz rock, un opus qui mérite de faire date dans sa discographie déjà bien fournie.

Rudy Zotche

http://www.thetangent.org/

 

The Slow Rust Of Forgotten Machinery
The Tangent
Inside Out
2017

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